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Production de pomme de terre : UNE MANNE POUR SIKASSO

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 : La filière, qui regroupe 750 villages producteurs, rapporte entre 10 et 13 milliards Fcfa à la région par an

La pomme de terre est un aliment fortement consommé dans le monde. Elle est certainement la tubercule la plus cultivée sur le continent africain. Ses usages culinaires sont nombreux et variés. En dehors des plats chauds où elle est cuite en ragoût ou tout simplement comme assaisonnement, la pomme peut être conservée, frite ou séchée. Comme dans d’autres pays, la consommation de la pomme de terre augmente sans cesse dans notre pays. Pourtant produire de la pomme de terre demande beaucoup d’efforts. Aimant les terres profondes et riches, sa culture obéit à des techniques particulières.
La plantation se fait sur des lignes distantes de 40 à 50cm. Les techniques de production sont l’aménagement de la terre, la préparation du sol par l’utilisation du cordeau et d’une serfouette pour creuser un sillon. L’ensemencement du sol, la mise en terre des pépinières, l’apport d’éléments fertilisants et leur contrôle sont aussi des étapes de production de la pomme de terre. Ce processus cède la place à la récolte et l’écoulement sur le marché. Parmi les zones de production de la pomme de terre dans notre pays, la 3ème région est la plus importante. Sikasso est la deuxième région industrielle de notre pays.


 La clémence du temps et la fertilité des sols font de la région « le grenier » du Mali. Les productions agricoles sont importantes : céréales fruits et légumes, notamment, la pomme de terre. La région de Sikasso compte plus de 750 villages producteurs de la pomme de terre. A Sikasso, la période de la pomme de terre ne prend pas fin, mais le légume (pomme de terre) est très sollicité de janvier à juillet. Un tour dans la localité nous a permis de faire le constat. Nous sommes samedi 30 avril 2011. C’est le jour de foire au quartier Médine de Sikasso. Très tôt le matin, c’est la grande affluence vers ce marché.


Un camion 10 tonnes chargé de sacs de pomme de terre, conduit par un jeune aidé par son apprenti fait mouvement vers le marché. Un peu plus loin à 100 mètres, un groupe de femmes portent des grands paniers, d’autres tenant des seaux entre les mains se dirigent sur le marché. Les samedis sont jours exceptionnels à Médine. Après avoir parcouru deux kilomètres entre le secteur de Ponpenida à Médine et le marché), nous arrivons à la foire. Amidou Traoré, ressortissant de Bougoula ville (un quartier de la ville de Sikasso), est le premier marchand de pomme de terre que nous avons croisé. Il est installé en plein cœur du marché sous un hangar. Amidou est le secrétaire à l’organisation du marché de Médine. Il est également vendeur et producteur de la pomme de terre, depuis plus de 20 ans. Il nous fait le récit de la création de la foire de Médine.


Ce marché se présente sous forme de foire. Il a été mis en place le 23 février 1988, quand Allamine Maïga était gouverneur de la région et Aguib Berthé, maire de la ville. « Seul les samedis étaient jours de marché, précise notre interlocuteur. Il témoigne que de nos de nos jours la foire a pris une très grande importance. Elle débute depuis le jeudi pour prendre fin le dimanche.


semence chère. Le marché de Médine est un espace qui permet aux vendeurs de 115 villages environnants de Sikasso d’exposer leur produits locaux. Des céréales et légumes, notamment, mil, maïs, sorgho, pomme de terre, patate, l’igname, tomates, avocat, a expliqué notre producteur de pomme de terre.


Chez Amidou, les affaires de la pomme de terre commencent en novembre et se terminent en août. Au moment de la production, il se fait aider par quatre ouvriers qu’il paie 10.000 Fcfa par mois. Il produit trois variétés de pomme de terre : Panima, Clostar et Listat. Il précise qu’il a vendu, cette année, une tonne et 500 kilogrammes de Pamina. Cette qualité donne de gros tubercules, se conserve mieux. Il est très sollicité par les gens. Il a écoulé 600 kilogrammes de Clostar et plus d’une tonne de Lista.


Notre marchand de pomme de terre livre sa marchandise aux clients du Ghana, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Benin et du Togo. Il cède le kilogramme de son produit entre 150 et 250 Fcfa selon la qualité. La grande contrainte relevée par notre interlocuteur est le coût élevé de la semence de la pomme de terre. Une caisse est vendue entre 22.500 et 25.000 cfa chez trois grands fournisseurs dont l’entreprise "la Sikassoise", "Sènèkelan djigui" et "Inter agro". L’envahissement des cultures par les insectes, et le manque de magasin de conservation figurent parmi les difficultés de notre producteur de pomme de terre. Après notre entretien avec Amidou, à quelques centaines de mètres de son stand est installé Karim Sanogo, un autre producteur et vendeur de pomme de terre.


Il est un ressortissant du quartier Mankoroni II à Sikasso. Il est dans la production de pomme de terre depuis 1974. "Ici dit-il tout le monde trouve son compte dans les affaires de la pomme de terre : producteurs, vendeurs, propriétaires de balance, vendeurs de sac, charretiers. Les pommes de terre transportées sur le marché sont triées et mises dans un sac pour la pesée. Au marché de Médine, un sac rempli de pomme de terre est pesé à 50 Fcfa/kg. Karim Sanogo travaille sur un hectare de terre. Il produit les variétés Aïda, clostart, Panima et Sahel. Il explique que la qualité Panima a plus de rendement que les autres. Une caisse de semence de Panima peut donner plus d’une tonne de pomme de terre. Par contre l’Aïda et le Sahel sont précoces.


Le champ de pomme de terre de notre interlocuteur se situé à 10 Kilomètres de la ville de Sikasso, à Zanadougou, village natal de son père. Lors de la production, Karim Sanogo se fait épauler par deux ouvriers qui gagnent 7500 Fcfa par mois. Cette année Karim a produit plus de sept tonnes de pomme de terre toutes variétés confondues après avoir utilisé moins de 10 caisses de semences. Il cède un kilogramme de pomme de terre entre 150 et 225 Fcfa selon les qualités.


 Les contraintes tournent essentiellement, autour de la mauvaise qualité des semences, le manque d’équipement de travail et les défis de la conservation. Parmi les vendeurs de la pomme de terre du marché Médine de Sikasso, figurent aussi des femmes. Kadiatou Traoré exerce ce travail depuis plus de 20 ans avec sa fille Awa. Les clients de notre interlocutrice viennent du Burkina Faso et de la Mauritanie. Le jour de notre passage devant son stand, elle recevait une cliente venue du Burkina Faso. Il s’agissait de Sali Coulibaly. Cette dernière était venue acheter plus d’une tonne de pomme de terre. Notre vendeuse de pomme de terre achète le kilogramme aux paysans entre 150 et 200 Fcfa. Ensuite elle ravitaille ses clients aux prix de 225 Fcfa et 250 Fcfa selon les variétés et les périodes. Comme difficulté, elle parle de l’abus de confiance. La marchande Kadiatou a été victime d’escroquerie à deux reprises. Elle raconte ses mésaventures : « J’ai eu confiance à une de mes clientes venues de Bougouni. Elle m’a dit de lui vendre en crédit la pomme de terre pour une valeur de 125. 000 Fcfa. Et une fois la marchandise écoulée elle va rembourser mon argent. Je lui ai remis la pomme de terre et depuis je l’ai perdue de vue. La seconde concerne une autre cliente qui lui a joué le même tour. Cette dernière a pris 150.000 Fcfa de pomme de terre pour aller se réfugier en Mauritanie. Malgré ces mésaventures, Kadiatou s’en sort bien.


250. 000 Fcfa« Au cours de la période de la pomme terre, je peux gagner plus de 250. 000 Fcfa de recettes nous a-t-elle confié. Cette somme couvre tous ses besoins, ceux de sa fille et de ses deux garçons inscrits dans une école privée. Nous nous orientons vers Sali Coulibaly. Cette originaire du Burkina Faso se ravitaille en pomme de terre au marché de Médine. « Je viens m’approvisionner en pomme de terre, chaque samedi au marché de Médine depuis plus de 10 ans. Ici j’achète un kilogramme entre 150 et 225 Fcfa selon les périodes et les qualités. J’écoule ma marchandise au Burkina Faso entre 275, 300 et 400 Fcfa le kilogramme » confesse Sali. "Mon prix est différent des autres", rassure-t-elle. Elle affirme, par ailleurs, qu’elle cherche 25 ou 15 Fcfa de bénéfice. Elle travaille avec trois de ses enfants. Elle ne rencontre pas de difficulté dans ce travail. Elle parvient à couvrir toutes ses dépenses et à nourrir sa famille de huit personnes. Le président de la coopérative des producteurs de pomme de terre à Sikasso est Lassine Koné. Nous l’avons rencontré dans les locaux du projet "Sene Kunafoni Bulon ". Créé en 2006 grâce à l’appui financier d’une ONG Néerlandaise, le projet "Sene Kunafoni Bulon" est un réseau d’appui au renforcement des capacités pour l’amélioration durable des revenus des transformatrices et producteurs des produits agricoles. L’association regroupe 27 coopératives de producteurs de pomme de terre dans les villages de Dialakorola, Zangaradougou et Koufounjela. L’APPS (l’association des producteurs de la pomme de terre de Sikasso) outille les producteurs de la pomme de terre de Sikasso. Elle organise des sessions de formation sur les meilleures techniques de production. Les paysans ont acquis les capacités d’augmenter la production, d’améliorer la qualité et la quantité de pomme de terre. L’APPS bénéficie du soutien de IICD, de l’URT, de l’URPM, et du CFTS. Les producteurs souhaitent une forte implication de l’Etat dans la filière. Ils plaident pour la création d’une infrastructure de conservation. La pomme de terre se conserve mieux dans un endroit frais, sombre et aéré, à une température d’environ 7°C. L’État doit soutenir cette filière car la pomme de terre rapporte à la population de Sikasso, des recettes annuelles d’environ 10 à 13 milliards de Fcfa. Et Sikasso exporte plus de 120 tonnes de la pomme de terre par semaine. Plus de 200 tonnes sont écoulées sur les marchés bamakois.


Seydou Tangara





Article publié le mercredi 11 mai 2011
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