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Issaka Sawadogo, Burkinabè en Côte d’Ivoire : L’homme qui fit siffler le train sous la crise

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 : Faire siffler le train en temps de conflit, il faut oser le faire. C’est pourtant l’exploit qu’a réussi un compatriote, sous la guerre civile qui a ébranlé la Côte d’Ivoire. Un héroïsme qui a permis au pont des échanges commerciaux de ne pas se couper totalement entre les deux pays. Il s’agit d’Issaka Komyaba Sawadogo, un Burkinabè patron de plusieurs sociétés, résidant au pays d’Houphouët depuis 1968. L’entretien que nous avons eu avec lui à la faveur du Conseil d’administration extraordinaire de SITARAIL, tenu à Abidjan le 22 juillet 2009, nous a permis de savoir le rôle capital de cet opérateur économique dans les relations économiques entre Ouaga et Abidjan.

Qui êtes-vous pour nos lecteurs ?

• Je suis un commerçant burkinabè, résidant en République de Côte d’Ivoire, précisément à Ouangolodougou, depuis 1968, c’est-à-dire l’âge de 7 ans. Je suis fils d’un ancien combattant et suis né le 6 avril 1961 à Zongo, dans le département de Barsalogo, qui relève de la province du Sanmatenga. J’ai 4 femmes et suis père de 24 enfants.

Parlez-nous un peu de vos activités.

• En ce qui concerne mes responsabilités, je suis le président du Conseil d’administration de la Société de transport ivoiro-burkinabè (STIB) et de la Société de transit ivoiro-burkinabè (SOTRASIB) et président de la Confédération des fédérations nationales des filières bétail viande des pays membres de l’UEMOA (COFENABVI-PAM-UEMOA). Au niveau du Mali aussi, j’ai la Société ivoiro-malienne de transit et de bétail (SIM-TB). La STIB emploie 218 personnes, la SOTRASIB près de 120 et la Confédération environ 1000 personnes.

Pour vous parler brièvement de mon parcours, j’ai commencé mes activités tout petit à Ouangolodougou par la vente de cigarettes à l’époque de la Régie Abidjan-Niger (RAN). J’ai eu à travailler avec la douane pendant des années et, entre-temps, j’ai réussi à ouvrir une boutique. Les choses ont évolué au fil des années, et vers les années 80 je me suis introduit dans l’escorte du bétail de Ouangolodougou à Abidjan. Cela fait bientôt 30 ans que je suis dans ce domaine, si bien que je peux affirmer que j’ai de l’expérience en la matière. Il faut dire que c’est à partir de 2001 que nous avons organisé officiellement nos activités dans le bétail. La cérémonie de lancement officiel de nos activités a même été parrainée par deux personnalités ivoiriennes, dont l’ex-ministre de la Défense, Lida Kouassi, avec la participation d’autorités burkinabè et maliennes.

La crise que traverse la Côte d’Ivoire depuis 7 ans n’a-t-elle pas eu d’impact sur vos activités ?

• Evidemment ! La survenue de la crise, le 19 septembre 2002, a fortement perturbé nos activités. Tout ce qu’on avait entrepris était tombé à l’eau. Mais, Dieu merci, comme l’a dit le défunt président de la République de Côte d’Ivoire, Félix Houphouët Boigny, « découragement n’est pas ivoirien ». Nous avons dû modifier, entre-temps, notre itinéraire pour convoyer notre bétail jusqu’en Côte d’Ivoire. Ainsi, nous partions de Faramana via Ouagadougou pour passer par le Ghana puis Noé pour entrer à Abidjan.

Par la suite, un de nos partenaires, du nom d’Adama Togola, nous a adressé une correspondance pour nous suggérer de prendre contact avec les Forces nouvelles pour négocier le passage dans la zone occupée par elles. Car, quand nous passions par le Burkina, le transport coûtait trop cher et les animaux arrivaient en Côte d’Ivoire tout affaiblis. Nous avons donc rencontré le responsable de la zone, Losseni Fofana, dit Loss, au corridor sud. Nous étions quatre personnes, dont mon directeur de cabinet et moi, à discuter avec le chef de guerre qui nous a conduits plus tard chez le secrétaire général des Forces nouvelles, en l’occurrence Guillaume Soro.

Nos pourparlers ont abouti à la signature, le 29 janvier 2003, soit quatre mois après le début de la guerre, d’un protocole d’accord nous permettant de traverser la zone occupée par leurs forces avec les camions à bétail à Ouangolodougou, en passant par Tiébissou, dans la zone loyaliste, d’où le camion est escorté par l’Action civilo-militaire (ACM). L’ex-ministre de la Production animale, Kobenan Adjoumani, avait même pris un arrêté ministériel pour l’escorte de nos marchandises avec des militaires par voie ferroviaire, en partenariat avec SITARAIL.

Le trafic se limitait à Ferkéssédougou et les camions prenaient le relais. Dans le protocole d’accord signé avec les Forces nouvelles, nous nous sommes engagés à déposer une caution de 30 millions de francs CFA et à payer 30 000 FCFA par camion ou wagon de bétail. Le 27 décembre 2004 à Bamako, nous avons créé la Confédération des fédérations nationales des filières bétail-viande des pays membres de l’UEMOA. Le gouvernement ivoirien nous a beaucoup appuyés en allant même jusqu’à prendre un arrêté pour nous installer officiellement ici à Abidjan.

Les commerçants n’étaient-ils pas inquiétés ?

• C’est là un des problèmes auxquels nous étions confrontés à un moment donné. En effet, nos commerçants qui prenaient les camions pour venir vendre leur bétail étaient parfois, à leur retour, bloqués au niveau des hôtels dans la zone des Forces nouvelles et spoliés de leurs sous. Nous avons donc adressé une lettre à l’ex-DG de SITARAIL, Abdel Aziz Thiam, pour lui demander de nous octroyer deux voitures à lier au train marchandises afin de permettre à ces commerçants de retourner en sécurité dans leurs pays respectifs. Celui-ci nous a laissé entendre qu’avec deux voitures ce n’était pas possible, car le train voyageurs et le train marchandises ne pouvaient pas faire la même route. Il nous a alors proposé cinq voitures pour un essai. Mais j’ai rencontré un certain nombre de difficultés qui ont fait que les choses n’ont pas évolué normalement comme je le souhaitais.

Si ce n’est un secret, peut-on savoir quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

• C’est une histoire qui ne relève pas du secret. En fait, j’ai eu maille à partir avec un monsieur du nom d’Amadou Samba Bocoum. Le problème a commencé au moment où nous venions d’obtenir l’accord de SITARAIL pour le transport de nos marchandises. Un certain Mourmane Fofana et le sieur Bocoum, que je ne connaissais pas, sont venus me voir à Ouangolodougou pour me proposer un partenariat. Après ce premier bref contact, le nommé Bocoum est revenu me voir par l’intermédiaire d’El hadj Seydou Sawadogo, qui était le président du parc à bétail de Bobo-Dioulasso. Nous avons eu un entretien à l’issue duquel j’ai demandé à Bocoum de m’adresser une correspondance dès son retour à Bobo-Dioulasso afin que je puisse prendre en compte ce qu’on a pu arrêter ensemble. Voilà résumée la genèse de notre collaboration.

Il semble que vous l’avez traduit devant les tribunaux.

• Les gens sont mal informés. Ce n’est pas moi qui ai assigné Bocoum en justice. C’est Abdel Aziz Thiam qui a voulu que nous payions du matériel afin de le mettre à la disposition de SITARAIL. Faisant suite à cette requête, je suis allé en Belgique où j’ai payé 30 containers chargés de farine que j’ai fait parvenir à Abidjan. J’ai demandé à Bocoum de payer 50% du montant de l’achat des containers. Il m’a jonglé pendant deux mois, si bien que j’ai fini par les donner en location à SITARAIL. Tous les containers frappés du logo SOCOCIB que vous voyez aujourd’hui, c’est ma propriété. Comme on nous avait aussi demandé de payer des voitures, on a pris à cet effet contact avec la SOPAFER-B.

Cette dernière nous a proposé les anciennes voitures appelées « train gazelle » mais qui, malheureusement, étaient dans un état de délabrement. Pour trouver de nouvelles voitures, j’ai dû donc faire l’Afrique du Sud, la France, la Belgique. Et c’est finalement en Inde que j’ai tr
Article publié le mercredi 12 août 2009
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