Anticiper les effets dramatiques d’El Niño
La puissance du phénomène El Niño pourrait être sans précédent dans les mois à venir, s’inquiètent les climatologues. Ses effets vont particulièrement affecter certaines régions du globe, comme l’Amérique du Sud, l’Afrique de l’Est et l’Asie du Sud. De nombreux pays qui subissent déjà des crises humanitaires vont ainsi devoir faire face aux conséquences de ce phénomène parfois extrême. Dans les pays où SOLIDARITÉS INTERNATIONAL agit, les équipes prennent les devants et adaptent leurs réponses pour protéger les populations en fonction des prévisions. C’est le cas en Haïti, en Éthiopie et au Soudan du Sud.
Le phénomène El Niño, caractérisé par un réchauffement cyclique des eaux de l’océan Pacifique, est déjà fortement installé et pourrait s’intensifier jusqu’au mois de février 2027. Selon les données de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la température des courants concernés est montée jusqu’à 2,6°C au-dessus de la normale entre la fin juillet et la mi-août.
Sécheresses, ouragans, pluies diluviennes et inondations… En raison de l’augmentation de la température des océans provoquée par El Niño, les météorologues prédisent une recrudescence des catastrophes. De plus, le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti, au début du mois d’août, que le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë pourrait augmenter de 22%, passant ainsi de 225 millions à 274 millions de personnes d’ici la fin 2027.
Le Soudan du Sud et l’Éthiopie fortement exposés
Au Soudan du Sud, pays déjà lourdement affecté par les inondations et sécheresses à répétition, « des rapports attestant de haut taux de malnutrition nous sont parvenus depuis le comté de Lafon, au sud-est du pays, confronté à une forte sécheresse et où les points d’eau sont dysfonctionnels », informe Sinu Kallupurayidam, directeur pays adjoint pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. On s’attend à ce que le phénomène El Niño ne fasse qu’aggraver la situation. « Les prévisions indiquent une forte probabilité d’alternances soudaines de sécheresses extrême et d’inondations, et nous constatons une situation météorologique bien plus préoccupante que les années précédentes », alerte-t-il. Afin d’aider la population à subvenir à ses besoins en eau et à faire face à la crise alimentaire, des équipes d’intervention d’urgence ont été déployées pour réparer les points d’eau et fournir une aide financière polyvalente.
© SOLIDARITÉS INTERNATIONAL
Selon un rapport de l’ACAPS, un centre indépendant d’analyse humanitaire, El Niño pourrait aggraver des crises humanitaires préexistantes au Soudan du Sud, en Éthiopie ou encore en Haïti. « Dans ces pays, les pressions environnementales liées aux phénomènes climatiques extrêmes viendront s’ajouter aux conflits, aux déplacements de population et aux crises socio-économiques, provoquant des chocs en cascade et augmentant le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire », préviennent les chercheurs.
En 2024, le nord, le centre et le sud de l’Éthiopie avaient déjà été frappés par El Niño dont les effets s’étaient manifestés par de violentes sécheresses, suivies de pluies diluviennes et de fortes inondations. Pour assister les victimes de ces chocs climatiques, l’équipe d’urgence de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a réalisé deux captages de sources dans la région éthiopienne de l’Amhara, balafrée par les conflits des années passées. Au regard d’une pluviométrie plus faible qu’à l’accoutumée et de températures supérieures à la normale, « l’idée est de puiser l’eau dans des sources pérennes en prévention d’éventuelles sécheresses, afin de fournir des points d’eau potable à près de 2 300 foyers. Dans les établissements de santé et les écoles, où aucune solution alternative n’est disponible, un système de récupération des eaux de pluie a été installé pour capter autant d’eau que possible pendant les périodes de précipitations. » explique Amandine Arduin, coordinatrice des programmes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL à Addis-Abeba.
Effets inattendus et manque de financement
Mais l’efficacité des activités est aussi soumise aux aléas climatiques d’El Niño. En Haïti, qui fait déjà face à une sécheresse drastique, des systèmes de récupération de l’eau de pluie, appelés impluviums, ont été réalisés en 2026 sur différents sites de déplacés pour faciliter l’accès à l’eau destinée à l’hygiène personnelle et domestique de ménages. « Mais il n’a pas beaucoup plu depuis la réalisation de ces ouvrages », informe le coordinateur des programmes de la mission, Richard Yoka. C’est pourquoi, les équipes sont aujourd’hui à pied d’œuvre pour « revoir tous les ouvrages d’eau que nous sommes en train de réaliser », rassure-t-il, ajoutant que des comités de gestion de l’eau sont mis en place afin de sensibiliser la population à la gestion et à l’utilisation de cette ressource sur l’île. Ces ouvrages seront d’autant plus nécessaires que le risque de cyclone sera aggravé par l’épisode El Niño.
Dans un tel contexte, il est projeté qu’une augmentation conséquente des prix arrive dans les prochaines semaines, impactant l’accès aux denrées alimentaires pour toute une partie de la population. Les experts prévoient que la situation s’aggrave et il sera d’autant plus difficile, pour les personnes déjà touchées par la crise alimentaire, de s’alimenter décemment.
Face à la baisse de financements nécessaires pour des crises déjà sous-financées, Amandine, Richard et Sinu craignent une détérioration de la situation. Le 3 septembre, l’Organisation internationale pour les migrations a lancé un appel de 110 millions de dollars (94,5 millions d’euros) pour aider à protéger les 4,9 millions de personnes potentiellement exposées aux effets d’El Niño.
Photo d’en-tête : © Hakim George
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