Actualités : Congo

Au-delà de la tribu

(Une pensée pour Bruno Ossebi : mort pour la Patrie)La fausse pudeur et la langue de bois ont permis aux pourriticiens de mener en bateau leurs concitoyens. Tous naviguent dans un océan de mensonges, à l’image du mauvais navigateur génois, Christophe Colomb qui s’est cru en Inde, alors qu’il se trouvait en Amérique. Le monde politique est peuplé d’aventuriers qui rament à contre-courant. La virginité politique n’existe pas.


Fermons la parenthèse tribaleS’il y a un mal qui ronge l’Afrique et cause d’énormes dégâts, au Congo en particulier, c’est bien le tribalisme. A ce jour, il n’existe aucun remède pour l’éradiquer. Celui qui fait de sa tribu un abreuvoir ne peut se sentir citoyen. Le manque d’objectivité et de patriotisme résulte d’une courte vision, puisque le concept de nation échappe au tribaliste qui vit mentalement dans un univers exigu. On ne peut convaincre la grenouille sur la nécessité d’élargir le fond de son puits tarissable. Comme la grenouille, le tribaliste n’éprouve pas le besoin de s’évader du mitard tribal, puisqu’il est claustrophile. La grandeur ne l’attire pas. Lui ne rêve que de folklore et de tout ce qui rappelle son village. Lorsque l’élément de comparaison fait défaut, le péon se glorifie de sa condition servile. Or, la servitude, tout comme le tribalisme sont inconfortables pour tout Homme épris de liberté. Il y a 3000 groupes ethniques en Inde (sans compter les castes), et cela ne freine pas son ascension. L’Inde a fait de sa diversité ethnique une richesse, et non une source de conflit. La principale difficulté de l’Inde, c’est la coexistence religieuse. Le Bagata, le Kondareddis, le Raja, le Jatapus, le Pardhan, le Manna Dhora ou le Nika Dhora se considère avant tout Indien, l’identité tribale est reléguée au second plan. Au Congo, c’est tout à fait l’inverse, pays qui a l’avantage de ne pas connaître de conflit religieux ni de caste (à part celle des voleurs). Toute la population est bantuphone grâce à la parenté linguistique ; les Congolais sont majoritairement des adeptes d’un syncrétisme religieux (mi- chrétien, mi animiste), deux atouts qui peuvent cimenter l’unité nationale. Mais le Congo n’a pas encore de dirigeant de taille capable de souder le peuple. Au Congo comme en Inde, il y a des « Intouchables ». La différence est que ceux du Congo sont de la tribu présidentielle. Tous sont ministrables, mais pas justiciables. Cela explique l’impunité au sommet de l’Etat. Pour calmer l’ardeur des originaires du Kouilou (de plus en plus vindicatifs), Denis Sassou-Nguesso a attribué le maroquin des hydrocarbures successivement à deux Vili. Après le décès de Taty (Loutard), c’est Loemba (André Raphaël) qui a été nommé « sommelier » pour aspirer l’odeur du pétrole, la consommation étant réservée aux « Intouchables ». Dans une nation de telles pratiques devraient être proscrites. Nul n’ignore que le vrai patron des hydrocarbures n’est pas le ministre, mais le P.D.G de la S.N.P.C, société créée pour alimenter le trésor des guerres tribales à venir. Le pétrole du Congo appartient à tous les Congolais, sa manne n’est pas réservée à une caste, encore moins à un groupe ethnique, fusse-t-il de la région qui regorge les gisements. Fermons la parenthèse tribale pour voir ce qui se passe ailleurs.N’exemplifions plus sur l’Inde, l’écart serait trop grand avec le nôtre. Contentons-nous d’un regard global sur l’Afrique pour mesurer les progrès économiques réalisés par d’autres pays estampillés « Pauvres ». L’Angola sort de 27 ans de guerre civile, ce qui ne l’empêche pas d’initier des projets de modernisation. Une centaine de ponts reconstruits à travers tout le pays depuis la fin des hostilités, des centaines de kilomètres de chemin de fer à deux voies et des trains « quatre étoiles ». Luanda est devenue une vitrine de l’immobilier, au point d’être qualifiée de « Monaco » d’Afrique centrale ; le Rwanda qui ne s’est pas totalement remis du génocide, affiche un taux de croissance louable ; la Zambie s’est dotée d’une usine qui fabrique des mobiles (téléphones portables), pendant que les Congolais se débattent pour recueillir quelques gouttes d’eau au robinet. Supposons que Denis Sassou-Nguesso soit un grand démocrate, un unificateur, un pacificateur, un grand bâtisseur, un Tsouéré (1), un homme généreux qui répond aux aspirations populaires comme le prétendent ses partisans. Qu’en est-il de ses 27 ans à la tête du Congo ?Au Congo sous Sassou II et III, tout est galère :-    Pour se nourrir, il faut ramer-    Pour manger, il faut attendre la mi-journée (repas unique oblige !)-    Pour se soigner, il faut être nanti-    Pour se doucher, il faut qu’il pleuve-    Pour avoir la lumière, il faut allumer la bougie,-    Pour repasser des vêtements ou cuisiner, il faut du charbon,-    Pour entreprendre, il faut soudoyer les décideurs-    Pour décrocher un emploi, il faut être pistonné-    Pour être secrétaire de direction, il faut s’offrir au directeur-    Pour accéder aux amphithéâtres, il faut se lever de bonne heure-    Pour exister, il faut aller pleurnicher à Mpila.


Au Bénin, le sac de ciment coûte 2 500 F CFA...
Même pour enterrer quelqu’un, il faut emprunter le chemin de croix, le chemin d’avenir étant une impasse qui ne mène nulle part. Les pompes funèbres municipales ont le monopole des obsèques. Tout cadavre en provenance de l’hémisphère nord doit s’acquitter de 200 000 F CFA avant d’être enseveli. La tarification de la location de corbillard varie en fonction de la marque du véhicule. La mort occasionne l’apartheid. Etonnant, pour un pays dirigé par un homme qui suit le catéchisme d’Anderson. Un demi-siècle d’épargne ne suffirait pas à un honnête fonctionnaire congolais pour se faire construire une baraque confortable. Aux Togo et Bénin (pour n’en citer que deux), le sac de ciment coûte 2 500 F CFA. Au Congo, il n’a pas de prix fixe, la spéculation étant devenue comme le nzango, un sport national. En période de pénurie, le prix du sac de ciment peut atteindre 12000 F C.F.A, soit la moitié du S.M.I.C. Les mendiants prolifèrent parce que les taudis jouxtent les villas cossues. On compte sur la générosité du voisin (le nouveau riche) pour s’assurer un repas. Il ne faut surtout pas critiquer, au risque de s’attirer la foudre des bornés (pour ne pas dire des borgnes). Vivant, Saint-Denis d’Oyo a déjà été canonisé par le P.C.T. Amen !Les « Intouchables » trouvent supportable la misère créée par leur chef. L’officialisation de la pauvreté du Congo (P.P.T.E) ne les effraie guère. Bien au contraire, ils s’en réjouissent, puisque l’annulation de la dette est une aubaine pour faire exploser le compteur remis à zéro par les Institutions de Bretton woods. On ne critique pas les siens pour ne pas fragiliser le régime, l’objectif étant de conserver le pouvoir jusqu’à la fin des temps. Chaque ministre a désormais son comité d’accueil dans l’hinterland, malheureux spectateurs du festin royal. Sous Sassou IV, V, VI ou Sassou fils, ce sera l’hécatombe. Un régime incapable de fournir de l’eau potable à son peuple devrait être balayé. Arrêtons les critiques et passons aux propositions. C’est ce que réclament les partisans du régime de bananes pourries.Les voici :Comment assainir l’environnement dans un pays où les sachets poussent comme des champignons ?Les sociétés Pro-brazza, Pro-Pointe-Noire, Pro-Dolisie, Pro-Oyo, Pro-Ouesso, Pro-Gamboma ou les Pro-Sassou peuvent se procurer des ânes et des charrettes pour pallier au manque de bennes à ordures. C’est ce qui est utilisé pour assainir certaines localités sahéliennes. A Zorgho, localité du Burkina Faso, un âne revient à 25000 F CFA et une charrette d’un mètre cube, à 35 000 F CFA. Soit un total de 60 000 F CFA. La commune la plus pauvre du Congo pourrait en importer des milliers. Les ânes n’ont pas besoin de carburant pour se déplacer, ils se nourrissent uniquement de végétation (sèche ou humide) et en trouve partout au Congo. L’Etat n’a pas les moyens dit-on ! Pourquoi ne pas réduire de moitié son parc automobile en vendant les 4x4 alloués aux députains qui somnolent au Parlement. On devrait plutôt leur fournir une chinoiserie (moto) à chacun.   Comment améliorer le système de santé ?Il faut mettre l’Etat à la diète, en réduisant les frais de mission des ministres et les obliger à séjourner dans des modestes hôtels à l’étranger, du type Ibis ou Formule 1. Le gouvernement d’un pays pauvre ne devrait pas supporter les frais d’un palace. La différence permettra d’approvisionner les hôpitaux et dispensaires en médicaments ;Multiplier les centrales d’achat de produits pharmaceutiques pour occasionner la concurrence afin de dévaluer les prix. La grande majorité des ménages congolais se soigne avec des médicaments de contrebande et périmés, faute de moyens ;Comment améliorer le système éducatif ?Abolir le Sénat (institution inutile) afin d’augmenter le budget de l’éducation nationale. Le lieu qui l’abrite est assez vaste pour servir d’amphithéâtre ;


Au Congo, un général gagne plus de 3 000 euros, un médecin 300 euros...


Réduire le nombre d’officiers supérieurs dans l’armée pour ajouter une prime sur les salaires des instituteurs qui exercent dans les villages. Un général congolais gagne aux alentours de 2 millions de F CFA, ce qui équivaut à une prime de 20 000 F CFA pour une centaine d’instituteurs. La retraite de 10 généraux  augmenterait le salaire de 1000 instituteurs de campagne ;Obliger toute l’élite congolaise à faire scolariser ses enfants dans les écoles publiques nationales pour la contraindre à améliorer les conditions scolaires (table-bancs, gratuité des fournitures …). Aucun membre de la nomenklatura au pouvoir n’accepterait de voir ses enfants étudier dans des conditions pénibles ;Instaurer le système de concours pour accéder à la fonction publique, avec des observateurs étrangers comme pendant les élections, afin d’éviter le favoritisme. La hiérarchie des patronymes doit disparaître. Le Congo n’est pas un village ni une région, mais un pays ;Comment arrêter la dépravation des mœurs ?Obliger les pasteurs ou les ministres de culte à prêcher l’évangile du travail bien fait et à monter des coopératives agricoles pour redynamiser le travail de la terre. Faire l’apologie de la prospérité, du genre « Heureux les honnêtes travailleurs, les Royaume des cieux vous appartient » ;Remplacer les ngandas (buvettes) par des médiathèques. Les mélomanes pourront y écouter de la musique sans se trémousser ;Insérer l’éducation familiale et sociale au programme scolaire. Comment mettre fin à l’impunité ?Exiger le suicide collectif de toute la classe politique congolaise, en administrant une bonne dose d’acide sulfurique à chaque pourriticien. Ainsi le Congo sera débarrassé de flibustiers.


Voir le reportage vidéo de l'auteur sur la page d'accueilNgombulu Ya Sangui Ya Mina Bantu LASCONYEcrivain, documentariste, historiographeInstitut Cercle-Congo


(1) Tsouéré signifie sage en langue mbochi.


Ndlr - Sur le sujet on peut lire :


La démocratie et les réalités ethniques au Congo, Thèse de science politique, par Xavier Bienvenu Kitsimbou.










Article publié le lundi 27 juin 2011
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