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Gaza, au bord du monde

Gaza, au bord du monde

Il a fallu plus d’une heure pour atteindre ce camp proche de la ligne de jaune¹. Ici, on ne restera pas longtemps, c’est trop dangereux. S’approcher de cette ligne-frontière peut suffire à déclencher des tirs. Pourtant Jihan, Deyab, et quelques dizaines d’autres vivent dans des tentes qui jouxtent la zone interdite, au milieu des décombres du nord de Gaza. Les ordres d’évacuation les avaient menés à quitter leur foyer pendant la guerre. Le cessez-le-feu d’octobre 2025 leur a permis de revenir ici avec l’espoir de retrouver leur maison. Ils n’ont malheureusement trouvé qu’un champ de ruines. À perte de vue, tout n’est que gravats gris et beiges. Et parfois, une tente blanche se distingue. Dans cet environnement glaçant, inhumain, dystopique, vivent des humains. 








Palestine


Contexte et action


5,9 millions d'habitants


133ème sur 193 pays pour l'Indice de Développement Humain



129 000 personnes bénéficiaires






L’eau qui rassemble


Il n’y a pas de puit ici. Et pas de magasin bien sûr. Alors tout est compliqué. Pour s’approvisionner en eau, on compte sur le camion-citerne de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL qui vient plusieurs fois par semaine. Les bidons disposés en ligne font sagement la queue à la place de leurs propriétaires. Lorsque le véhicule s’annonce, des têtes surgissent des ruines et convergent vers le point d’approvisionnement. Chacun se penche sur les robinets disposés le long des flancs du camion et remplit ses jerricans. C’est l’occasion de s’animer un peu, de papoter avec son voisin, l’ambiance est plutôt légère. Les enfants aident leurs pères. Les adolescents se relaient pour remplir un gros réservoir commun. Puis chacun empoigne ses bidons et retourne d’un pas lourd vers sa tente. Au détour d’un virage, ils disparaissent dans les décombres et le silence revient.




Sous la tente, l’angoisse 


Cette scène de vie est un moment de joie dans le quotidien désolé des familles déplacées. Assise sur un matelas posé au sol, Jihan sourit avec douceur. Mais son moral et sa santé sont au plus bas. Sa maison ravagée se situe quelques mètres plus loin. Elle vit à présent dans cette tente qui ne compte qu’une pièce d’une quinzaine de mètres carrés. « Nous vivons à 8 dans cette tente. Nous étouffons. »


La famille vivait auparavant de la pêche, mais c’est interdit à présent. Alors, avec son mari Deyab, Jihan angoisse et souffre. Leur fils aîné, jeune adulte, devrait être marié et avoir démarré sa propre vie. Mais son avenir a été percuté par la guerre. Il écume les rues à la recherche d’objets, de bouts de plastique, de métal ou de carrelage qu’il pourrait revendre. « J’ai un autre fils de 13 ans. Il est celui qui me brise le plus le cœur, explique-t-elle. Après avoir porté de l’eau, récupéré de la nourriture, trouvé du bois pour cuisiner… il prend ses livres et ses cahiers. Il dit que son seul rêve, c’est d’étudier. » 






L’avenir confisqué 


Dans ce camp du nord de Gaza, l’avenir n’offre aucun espoir. À court terme déjà, car les températures commencent à monter. La tente retient la chaleur. Il n’y a ni réfrigération ni lieu de fraicheur. Les nuisibles prolifèrent et la pénurie d’eau se fait encore plus cruelle. Alors, tout le monde ici regarde avec appréhension l’été s’installer.


À long terme ensuite. Car nul ne sait ce qu’il adviendra. Toute une génération d’enfants a d’ores et déjà été privée d’éducation, mais aussi privée d’enfance, de santé et d’avenir. La voix de Jihan se brise lorsqu’elle répète la sentence de son fils : « Nous sommes des cadavres en sursis. » Personne n’ose poursuivre la conversation. En contrebas du camp, la Méditerranée, indifférente, scintille sous le soleil de plomb.




Dans ce camp au Nord de Gaza City qui abrite 510 familles, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a distribué, depuis novembre 2025 : 


plus de 1100 m3 d’eau 


plus de 1600 matelas et autant de couvertures 


318 bâches et cordes pour construire des abris 


145 familles ont également reçu des kits de plusieurs récipients pour stocker l’eau. Nous poursuivons nos distributions d’eau à raison


de 35 m3 par semaine.




Notes : 


¹ La ligne jaune est la frontière militaire issue du plan de paix qui sépare la partie de Gaza contrôlée par l’armée israélienne de celle où vivent les Palestiniens 


Photos : © SOLIDARITÉS INTERNATIONAL 










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