Diaspo #460 : Hanane Kawalina, renouer avec l’héritage amazigh à travers l’Ahwach
Pour Hanane, la danse s’est imposée dès l’enfance comme un vecteur d’expression, bien avant de devenir son métier. Élevée en région parisienne au sein d’une famille marocaine amazighe, elle a trouvé dans le mouvement une véritable langue. Aujourd’hui, sous son nom de scène Hanane Kawalina, elle allie sa passion pour la danse indienne à un profond retour aux traditions amazighes.
«La danse est mon moyen d’expression depuis toute petite», confie-t-elle à Yabiladi. Au-delà de l’expression des émotions, c’est aussi «une manière d’habiter son corps, de le faire vivre, d’être en mouvement».
Son enfance oscille entre la France et le Maroc. Dans la région parisienne, sa famille préserve des liens étroits avec ses racines du Souss, où le tachelhit et les traditions amazighes ponctuent le quotidien. «On était vraiment entre nous, dans une forme d’immersion», se souvient-elle.
Cette immersion se prolonge durant les étés dans le village de sa grand-mère au Maroc. Hanane quitte alors le confort de la France pour un village sans eau ni électricité, y trouvant cependant une indéniable plénitude.
«Je venais de la région parisienne, où il y avait tout le confort, mais il nous fallait toujours plus. J’arrivais dans un lieu dépourvu de tout, et on se sentait bien. La nourriture avait du goût, préparée avec amour, lenteur et respect de ce qui nous entoure.»
Ces étés lui font aussi découvrir l’Ahwach. Lors des mariages et des fêtes, elle rejoint les adultes, assimilant leurs gestes et rythmes. «On met les enfants au milieu et on leur dit de s’exercer. C’est ainsi qu’on apprend, il n’y a pas d’école.»
Un voyage indien
Si l’Ahwach marque son enfance, l’artiste amazighe Aïcha Tachinouite lui offre très tôt son modèle d'artiste. «En voyant Aïcha Tachinouite enfant, j’ai voulu lui ressembler. Elle représentait un idéal», se rappelle-t-elle.
Suivre cette ambition n’est pas simple dans un milieu où aimer l’art ne signifie pas l’accepter comme carrière. «On aime la poésie, l’art et la culture, c’est ce qui nous anime. Mais il ne faut pas s’en approcher», décrit-elle sur la contradiction ressentie durant sa jeunesse.
Son intérêt pour la danse indienne émerge via les films de Bollywood vus au Maroc. Captivée par la musique et le mouvement, elle commence à créer ses propres chorégraphies. «Nos étés se passaient à regarder des films de Bollywood, c’est comme ça que j’ai attrapé le virus.»
À quinze ans, elle rejoint une école de danse classique indienne à Paris. Elle se forme pendant dix ans aux styles classiques, Bollywood et régionaux, puis voyage en Inde pour explorer la dimension spirituelle de la danse et l’expression corporelle.
Se produisant sous le nom de Kawalina, elle créé une école et une société événementielle centrées sur la culture indienne, formant pendant quinze ans des danseuses dans une pratique diversifiée. «C’est une danse complète avec aussi du jeu et du théâtre», explique-t-elle.
Vers ses 33 ans, une question plus intime survient : quelle place occupe son propre héritage dans son travail ? «La quête identitaire est venue frapper à ma porte. Je ne suis pas indienne», dit-elle. «Travailler pour une culture qui n’est pas la mienne, même avec le cœur, restait dissonant.» Elle ressent alors le besoin d’explorer ses origines, son histoire familiale et la culture amazighe.
Retour à l’Ahwach
Cherchant ses racines, Hanane entre en contact avec des anthropologues, sociologues et artistes. Dans la compagnie Kif Kif Bledi, elle explore les traditions de sa communauté. «Chacune faisait des recherches sur sa tribu», explique-t-elle. Cela l’amène également à interroger ses parents sur leur héritage culturel.
En 2017, elle rencontre Damouh, qu’elle considère comme son maître d’Ahwach. Ses visites dans des villages marocains et ses échanges avec des praticiens enrichissent sa compréhension de cet art. «J’ai découvert que l’Ahwach était un art sacré, pas simplement une danse.»
Pour elle, l’Ahwach dépasse la simple représentation scénique, combinant musique, poésie et sentiment d’appartenance. Comprendre cela nécessite une expérience vécue.
«Avant de mettre le corps en mouvement, il faut poser ses intentions. Il faut être prêt à se connecter au collectif.»
Ses ateliers Ahwach Therapy ont suivi. Organisées pour des femmes en France et au Maroc, ces séances explorent mouvement et rituel, renforçant le lien collectif. «L’Ahwach nous relie à une forme de tribu, à une famille, de manière intuitive. C’est une libération collective.»
Partager l’héritage
Son projet Ahwach Experience prolonge cette démarche avec des séjours d’une semaine dans les régions amazighes du Maroc. De petits groupes de femmes apprennent auprès de praticiens et de femmes préservant les rituels ancestraux. Parmi elles, une octogénaire de Tiznit, décrite comme «une gardienne des mémoires de nos rituels féminins ancestraux».
«Nous sommes généralement entre cinq et sept femmes, et elle nous transmet ces rituels. Pendant une semaine, nous vivons véritablement cet art sacré.» Organiser ces rencontres au Maroc est crucial pour Hanane. Elle souhaite que les participantes apprennent au sein des communautés préservant ces traditions, tout en apportant un bénéfice local.
Son parcours dans la danse indienne fait toujours partie de son cheminement. Dans une pratique personnelle, elle fusionne influences indiennes et amazighes, ajoutant gestes narratifs et dimension théâtrale. «Cela fait partie de mon histoire : le côté indien et le côté amazigh. Je fusionne les deux, réunissant mes deux passions», explique-t-elle. «Je ne cherche pas les ressemblances, je fais en sorte qu’elles se complètent.»
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