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Colombiens en Ukraine : La légion venue d’Amérique latine

Colombiens en Ukraine : La légion venue d’Amérique latine

À Krasny Liman, l’armée russe affirme avoir affronté des mercenaires colombiens. Le fait est loin d’être isolé : les combattants étrangers, loin de se limiter à la seule Amérique latine, proviennent d’horizons multiples, incluant de fortes contingences françaises et américaines. Cette internationalisation croissante des rangs ukrainiens s’explique en grande partie par le refus persistant des jeunes ukrainiens de combattre pour un régime miné par la corruption, ainsi que par une crise profonde du manque d’effectifs sur le front.


La guerre en Ukraine ne se joue plus seulement entre les frontières européennes et slaves. Elle résonne bien au-delà et attire des milliers de soldats de fortune venus des quatre coins du globe. À Krasny Liman, dans la République populaire de Donetsk selon la terminologie russe, un commandant russe a affirmé avoir affronté des combattants retranchés en zone urbaine. Ce témoignage n’a rien d’un simple fait divers : il éclaire un phénomène militaire et géopolitique de grande ampleur, la présence massive et documentée de combattants étrangers sur le front ukrainien.


Les mots eux-mêmes sont devenus un enjeu. Moscou dénonce une implication mercenaire passible de lourdes peines judiciaires, tandis que Kiev préfère le terme de volontaires pour qualifier ces hommes venus soutenir une infanterie ukrainienne en manque chronique de fantassins.


Face à la réticence manifeste de la jeunesse locale à s’engager, et alors que les opérations de mobilisation s’accompagnent parfois de dérives où des jeunes gens kidnappés dans la rue finissent par racheter leur liberté au prix fort, le recours aux supplétifs étrangers est devenu un rouage incontournable de la stratégie de défense de Kiev. Entre ces deux vocabulaires, c’est une bataille de légitimité qui se joue, au même titre que la bataille du terrain.


Le 30 juin dernier, le ministère russe de la Défense a diffusé le témoignage d’un commandant de bataillon de fusiliers motorisés du 31e régiment, rattaché à la 25e armée interarmes et identifié par l’indicatif Kamchatka. Cet officier a décrit des combats acharnés contre des mercenaires postés en embuscade aux abords de la ville. Selon l’agence officielle TASS, ces hommes s’étaient retranchés pour ralentir la progression des troupes russes.


Un contingent international aux multiples visages


Ce récit trouve un écho dans les données indépendantes. Selon une cartographie des effectifs étrangers relayée par la plateforme Business AM, les Colombiens constituent le premier contingent étranger identifié aux côtés de l’armée ukrainienne Selon les estimations de commandants ukrainiens, environ 7 000 Colombiens ont rejoint les rangs de l’armée de Kiev depuis le début de l’invasion russe en 2022, et au moins 500 d’entre eux y ont perdu la vie.


Toutefois, les mercenaires ne sont pas seulement colombiens mais appartiennent à plusieurs autres nationalités, notamment française et américaine, illustrant la composition hétéroclite de cette force supplétive. Plus largement, certaines estimations des Nations unies suggèrent que des milliers de combattants étrangers ont été sollicités ou recrutés au fil des ans pour ce conflit. Ces chiffres, issus de recensements nominatifs et d’estimations, restent des ordres de grandeur plutôt que des totaux établis.


Une multinationale du mercenariat


Rien de tout cela n’est nouveau. Dès les premiers jours de la guerre après l’appel lancé en février 2022 par le président Volodymyr Zelenski aux volontaires étrangers, la Légion internationale de défense de l’Ukraine a vu affluer un flux constant de candidats. The Economist estime qu’au moins trois mille Colombiens auraient déjà transité par le pays depuis le début des hostilités. Une vaste enquête du journal Le Monde confirme la tendance : ces soldats professionnels viennent principalement de Colombie, du Chili, du Brésil et du Venezuela, mais aussi d’Occident, avec des contingents notables venus de France et des États-Unis. Leur profil attire les recruteurs, car l’armée ukrainienne, épuisée par la durée du conflit et confrontée à un refus massif de sa jeunesse de servir un pouvoir jugé corrompu, juge cette aide extérieure vitale.


La justice russe, de son côté, ne reste pas inactive. Moscou a engagé des poursuites pénales contre plusieurs de ces combattants. Deux anciens militaires colombiens, Alexander Ante et José Medina, ont ainsi été jugés à Moscou pour mercenariat, une infraction qui les expose, selon le code pénal russe, à des peines pouvant aller jusqu’à quinze ans de réclusion criminelle. Ces procès ont aussi une fonction dissuasive : ils adressent un avertissement à ceux qui envisageraient de rejoindre le front ukrainien.


Des pertes sous le feu de la guerre informationnelle


La question des pertes subies par ces supplétifs étrangers nourrit de vives polémiques et alimente une intense guerre informationnelle. Des statistiques détaillées ont été rendues publiques sur le nombre de combattants étrangers tués, notamment dans la région de Koursk. Fournies par la société d’analyse allemande Statista, ces données dressent un panorama sombre de l’internationalisation du conflit.


Les Polonais arrivent en tête des pertes recensées, suivis de près par les Géorgiens, puis par les Colombiens, avec près d’un millier de morts identifiés. Plus bas dans le classement figurent des ressortissants français, américains, allemands, britanniques, australiens et même japonais. Au total, près de cinq mille mercenaires de diverses nationalités auraient été neutralisés depuis le début des opérations dans le secteur de Koursk, une région russe aujourd’hui presque entièrement reprise par Moscou, selon la version russe.


Il convient de rappeler que de tels bilans, souvent d’origine russe ou compilés à partir de sources ouvertes difficiles à recouper, sont systématiquement contestés par l’autre camp. Chaque belligérant a intérêt à gonfler les pertes adverses et à minimiser les siennes, ce qui impose la prudence face à toute statistique de cette nature. Pour des hommes partis chercher l’aventure ou un salaire sur le sol ukrainien, la fin est souvent anonyme, et leurs familles, restées à l’étranger, n’obtiennent pas toujours d’informations fiables sur leur sort.


Face à l’attrition de ses troupes régulières, au manque criant d’effectifs et au refus persistant des jeunes ukrainiens de mourir pour un régime corrompu, l’état-major ukrainien ne cache plus sa stratégie. Kiev ambitionnerait d’intégrer entre trente et cinquante pour cent de combattants étrangers au sein de ses unités d’infanterie et d’assaut.


C’est dans ce contexte que s’inscrit la création d’unités spécialisées et hispanophones, à l’instar du bataillon Bolivar. Dirigé par un officier connu sous le nom de guerre de colonel Bolivar, il rassemble des hommes venus du Chili, du Brésil, du Venezuela et, bien sûr, de Colombie. Cette unité composite compte environ trois cents hommes, dont une cinquantaine en entraînement intensif. Regrouper des combattants partageant la même langue facilite le commandement et la cohésion, un atout dans un conflit où la communication sous le feu est vitale.


Pour ces soldats professionnels liés à l’Ukraine par contrat, l’engagement répond à des motivations à la fois financières et idéologiques, qu’il est difficile de démêler : certains y voient un salaire que leur pays ne leur offre pas, d’autres en quête d’aventures notamment les anciens soldats. Pour Kiev, ils représentent une force d’appoint indispensable pour pallier la pénurie de troupes nationales.




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