Le gouvernement annonce 61 % de réalisations : à partir de quel pourcentage les Comoriens en verront-ils réellement les résultats ?
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Le gouvernement comorien affirme avoir réalisé un peu plus de 61 % des activités programmées durant le premier semestre 2026. Présenté le 1er octobre au palais présidentiel de Beit-Salam, ce bilan est censé mesurer l’avancement des Plans de travail annuels des différents ministères.
Selon les chiffres communiqués, 975 activités auraient été réalisées sur près de 1 600 programmées. Le résultat progresse par rapport aux précédentes évaluations gouvernementales : 18 % en 2024, 56 % en 2025, puis plus de 61 % au premier semestre 2026. Il demeure toutefois inférieur à l’objectif minimal de 70 % fixé par l’exécutif.
Mais derrière ce pourcentage encourageant se trouve une question essentielle : que signifie exactement une activité « réalisée » et qu’a-t-elle concrètement changé dans la vie des Comoriens ?
Des résultats très différents selon les ministères
L’évaluation révèle d’importants écarts entre les différents départements.
Le ministère de l’Économie arrive en tête avec 85 % de réalisation. Il est suivi par les Affaires étrangères, à 83,7 %, les Finances, à 75,5 %, et les Transports, à 70,9 %. La Justice atteint 69,4 %.
Dans les secteurs qui touchent directement le quotidien de la population, les résultats sont plus modestes : 62,6 % pour la Santé, 59,2 % pour l’Agriculture, 56,2 % pour l’Énergie et seulement 50 % pour l’Éducation.
La Promotion du genre atteint 47,6 %, les Postes et Télécommunications 46,3 %, tandis que la Jeunesse et l’Emploi ferment la marche avec 44,3 %
Ces chiffres interrogent. Les ministères les moins performants sont précisément ceux auxquels la population demande les résultats les plus urgents : des écoles capables d’accueillir les nouveaux bacheliers, une électricité stable, des emplois pour les jeunes, une meilleure protection des femmes et des enfants et une justice plus efficace.
Réaliser une activité ne signifie pas forcément résoudre un problème
Une réunion organisée, un atelier tenu, un texte préparé ou une mission effectuée peuvent être comptabilisés comme des activités réalisées. Mais cela ne garantit pas nécessairement un changement concret pour les citoyens.
Dans le secteur de l’énergie, par exemple, un taux de 56,2 % ne dit pas combien de foyers supplémentaires ont été raccordés ni combien d’heures de délestage ont été évitées.
En matière d’éducation, le taux de 50 % ne précise pas combien de nouvelles salles de classe ont été construites, combien d’enseignants ont été recrutés ou comment l’Université des Comores pourra accueillir l’augmentation du nombre de bacheliers.
Il en va de même pour la santé, la justice ou l’emploi. Sans indicateurs mesurant les effets réels sur la population, le pourcentage général reste difficile à interpréter.
Le secrétaire général du gouvernement, Nour El Fath Azali, affirme pourtant que ces résultats correspondent à des réalisations ayant un impact favorable sur la vie quotidienne des citoyens. Il reconnaît également que 61 % ne sont pas suffisants et appelle les ministères à accélérer leur travail.
Une petite incohérence dans les chiffres publiés
La communication officielle évoque précisément un taux de 61,18 %, calculé à partir de 975 activités réalisées sur 1 592 programmées.
Al-Watwan annonce pour sa part 61,6 %, avec 975 activités réalisées et 607 non réalisées. Or ces deux nombres donnent un total de 1 582 activités, et non 1 592. Cette différence peut provenir d’une simple erreur de transcription, mais elle montre pourquoi les documents détaillés doivent être rendus publics.
À ce jour, les quinze matrices utilisées pour établir le bilan, les justificatifs des activités réalisées, leur coût et la définition exacte des critères d’évaluation ne sont pas facilement accessibles au public.
Il ne s’agit donc pas encore d’un audit indépendant, mais d’une évaluation produite à partir des données de l’administration et présentée par l’exécutif lui-même.
Publier les preuves derrière le pourcentage
L’existence d’un mécanisme régulier d’évaluation constitue une avancée. Un gouvernement doit pouvoir mesurer ses engagements, identifier ses retards et demander des comptes aux ministères qui n’atteignent pas leurs objectifs.
Mais pour que cet exercice devienne un véritable outil de transparence, le gouvernement devrait publier, ministère par ministère :
– la liste des activités programmées ;
– celles qui ont été entièrement réalisées ;
– les budgets prévus et effectivement dépensés ;
– les preuves permettant de valider chaque réalisation ;
– les résultats concrets obtenus pour la population
– les raisons des retards constatés.
Le débat ne doit donc pas se limiter à savoir si le gouvernement a réalisé 61,18 % ou 61,6 % de son programme. La véritable question est de savoir ce que ces activités ont apporté à une population toujours confrontée aux problèmes d’électricité, d’eau, d’éducation, de santé, de justice et d’emploi.
Un chiffre peut mesurer l’activité d’une administration. Il ne suffit pas, à lui seul, à mesurer l’amélioration de la vie d’un pays.
ANTUF Chaharane
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