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Diaspo #452 : Depuis des hôtels français à Bouznika… Khadija Kinane redonne sa dignité au métier de femme de ménage

Diaspo #452 : Depuis des hôtels français à Bouznika… Khadija Kinane redonne sa dignité au métier de femme de ménage

Lorsque Khadija Kinane rentre de France au Maroc en 2025, c’est avant tout pour offrir à ses enfants la possibilité d’apprendre l’arabe et de grandir au contact de la culture de leur pays d’origine. Mais en cherchant une employée de ménage qualifiée, elle se heurte aux difficultés du secteur. Ce constat fait écho à ses dix-sept années d’expérience dans l’hôtellerie de luxe et les palaces français, et donne naissance à un nouveau projet entrepreneurial.


C’est à Bouznika que Khadija Kinane fonde «Kprestige». Un choix qui doit autant à son projet qu’à son histoire personnelle : la ville, où sa famille possède une maison, a longtemps été son lieu de vacances lorsqu’elle vivait en France. Elle y voit aujourd’hui un point d’ancrage entre son enfance et ses origines marocaines.


Née en Bourgogne-Franche-Comté, dans l’est de la France, de parents originaires de la région de Ben Ahmed, près de Settat. C’est là qu’elle grandi, étudié et construit son parcours professionnel dans l’hôtellerie de luxe, avant de retourner au Maroc, forte d’une expérience à laquelle elle voulait donner un nouveau sens.


Son parcours professionnel a commencé après l’obtention d’un diplôme de gouvernante en hôtellerie, avec une spécialisation dans le secteur du luxe. Elle commence comme assistante gouvernante, avant d'être promue gouvernante générale.


De 2007 à 2024, Khadija travaille dans des hôtels cinq étoiles et des palaces de plusieurs villes françaises. Elle confie à Yabiladi : «Dans ces établissements, j’ai appris que le housekeeping hôtelier ne consiste pas simplement à ranger des chambres, mais qu’il s’agit d’un métier régi par des techniques précises, des standards stricts et une attention permanente au détail», car la moindre remarque peut faire toute la différence dans l’expérience d’un client.


Un retour familial qui ouvre la voie à un nouveau projet



Après des années de travail, elle décide de tenter l’aventure entrepreneuriale. En 2023, elle crée son entreprise en France dans le même domaine, mais se heurte à une fiscalité élevées, qui rendent la viabilité de son activité difficile. Un an plus tard, le retour au Maroc se fait de plus en plus pressant, sans l’intention de lancer une nouvelle société.



«La décision de rentrer était liée à mes enfants. Je voulais leur donner la chance d’apprendre l’arabe et de connaître la culture marocaine de l’intérieur. Cela n’a pas été facile pour eux au début, mais ils se sont rapidement adaptés et intégrés en quelques mois.»



A son retour, elle remarque une forte demande dans le nettoyage, et découvre la difficulté de trouver des profils disposant des qualifications et du savoir-faire professionnel. Elle se pose alors la question : «Pourquoi ne pas mettre mon expérience au service de la formation d’employées de ménage et proposer des prestations conformes aux standards de l’hôtellerie haut de gamme ?»


De ce constat naît «Kprestige», une entreprise basée à Bouznika et spécialisée dans les services à domicile ainsi que dans la supervision du housekeeping hôtelier. Elle assure notamment le nettoyage d’appartements proposés à la location sur Airbnb et met également en relation des particuliers avec des employées de maison.


Mais Khadija ne se contente pas de jouer les intermédiaires entre clients et travailleuses. Elle forme elle-même les employées de ménage aux techniques et aux normes professionnelles dans l’hôtellerie de luxe, puis les accompagne sur le terrain pour les aider à appliquer ce qu’elles ont appris. «Avant de remettre un appartement au client, j’inspecte moi-même les lieux et je m’assure que le travail a été correctement réalisé», ajoute-t-elle.


Former les travailleuses plutôt que d’attendre des compétences toutes faites


Plutôt que d’abandonner son projet, Khadija Kinane choisit de répondre à ce manque en développant elle-même les compétences recherchées. Elle met en place des formations destinées aux femmes de ménage, où elle transmet les méthodes acquises au cours de ses années dans l’hôtellerie de luxe en France. La formation s’impose ainsi comme l’un des piliers de son entreprise.


«Aujourd’hui, je suis formatrice, et je forme des employées de ménage selon les exigences de ce métier. Je veux contribuer au développement d’un secteur qui ne bénéficie pas de la reconnaissance et de la stabilité qu’il mérite.»



À partir de septembre, elle prévoit d'étendre ses formations à Rabat, après avoir reçu de nombreuses demandes. Elle envisage ensuite de se déployer progressivement dans d’autres villes marocaines.


Elle espère également former du personnel qualifié pour les hôtels et de respecter les standards du service hôtelier de luxe. Des partenariats avec plusieurs acteurs sont aussi à l’étude, notamment avec des propriétaires de palaces et de villas.



Son projet le plus ambitieux, dit-elle, est de «créer un centre spécialisé dans la formation des employées de ménage, après avoir acquis la conviction qu’il existe un réel besoin de formation dans ce domaine». Elle souhaite que ce centre ouvre ses portes aux femmes en quête de compétences leur permettant d’accéder à un emploi stable et digne.


Au-delà du développement de son entreprise, Khadija Kinane dit vouloir contribuer à améliorer les conditions de travail des employées de maison, souvent embauchées de manière ponctuelle et confrontées à une forte précarité. Elle plaide pour des emplois plus stables, assortis de droits et d’une rémunération à la hauteur de leur travail. «Elles ont besoin d’un salaire digne, qui valorise leurs efforts et préserve leur dignité», affirme-t-elle.


«Je veux développer ce secteur et créer des emplois stables. Mon objectif est de générer des opportunités de travail au Maroc, c’est pourquoi j’avance progressivement afin de construire un projet solide et durable.»



Khadija sait que son ambition dépasse les moyens actuels de son entreprise, mais elle ne veut brûler les étapes. Elle conclut : «Je sais que j’avance pas à pas, et je n’ai jamais regretté ma décision de revenir m’installer dans mon pays. Le Maroc se développe, et pour moi, il représente l’avenir.»



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