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Nostalgique de la Françafrique, Chirac cherche à divertir les africains

Nostalgique de la Françafrique, Chirac cherche à divertir les africains
Afrique, Chirac à Cotonou: Contre les médicaments de la rue.

En écoutant Jacques Chirac aboyer à Cotonou sur la nocivité des médicaments de la rue, on serait tenté de dire qu’il est, sinon tombé sur la tête, tout au plus victime d’une insolation consécutive à sa trop grande fréquentation de l’Afrique et son implacable chaleur. Mais la vérité serait tout autre : c’est homme souffrirait de rage.Les journalistes ont coutume de dire que quand un chien mord un homme, ce n’est pas de l’information. La race canine a été génétiquement programmée pour le faire.

Par contre, l’inverse, c'est-à-dire un homme croquant à belle dent la gueule d’un chien, est un fait insolite qui mérite d’être connu. Mais qu’en est-il lorsqu’un chien mord son maître ? Et quand vous saurez que ce molosse s’appelle Sumo, qu’il est le compagnon fidèle d’un ex-grand homme nommé Jacques Chirac, cela mérite quelques observations.

Après l'élection de Nicolas Sarkozy en mai 2007, le couple Chirac a quitté le palais de l'Elysée pour un appartement du Quai Voltaire, en bord de Seine, prêté par un membre de la famille libanaise Hariri. C’est là qu’en janvier dernier, Sumo mordait l’ex-chef d’état dans une subite crise de démence et se voyait prescrire des anti-dépresseurs. Cela ne s’invente pas !...

Quelques mois après cet attentat canin, à deux reprises, l'animal a mordu l'ancien chef d'Etat. Aujourd’hui la bête a été placée dans un centre de rétention. Apparemment, le départ de l’Elysée, où le chien se plaisait beaucoup, pour un autre lieu de vie dans la capitale a été fatal à la santé mentale de Sumo. Une perte de repère qui l’a entraîné dans une spirale de violence que la chimie médicale n’a pas réussi, visiblement, à enrayer. Le chien est aujourd’hui placé dans un centre de rétention.

Quid de l’ex-président toujours en liberté malgré des crises évidentes de delirium tremens ? La preuve : l’ancien président français, Jacques Chirac, depuis Cotonou vient de lancer un appel à l’éradication des médicaments de la rue en Afrique. Qu’attendre des prescriptions du Dr Jacques Chirac contre ce fléau ? C’est bien connu : le recours aux médicaments de la rue, au-delà parfois de l’ignorance, se nourrit d’abord et avant tout de l’extrême précarité, de l’indigence. Au demeurant, combien de malades contraints, hélas, de se soigner selon leurs moyens, sont-ils conscients des dangers auxquels ils s’exposent en achetant des produits du "pharmacien" ambulant ?

Et puis soyons sérieux : le Coatem, une molécule d’origine chinoise sensée lutter avec beaucoup de bonheur pour l’instant contre le paludisme, coûte 1500 FCFA dans la rue. A la pharmacie, il vaut 5000 Fcfa. Combien de camerounais, combien d’africains peuvent se payer une tablette de ce produit qui n’est pas vendu en détail ? Et quand on vous aura dit que le Coatem de la pharmacie et celui de la rue se ressemblent comme des frères jumeaux, que le pharmacien ne fait que traverser la rue pour s’approvisionner à 1500 Frs pièce et replacer le produit dans son officine à 5000 Frs pièce, que faut –il en déduire ?

En réalité, la frontière entre l’officine, l’hôpital et la rue est tenue. Les médicaments y circulent dans tous les sens : du fournisseur d’Etat à l’hôpital et de l’hôpital à la rue. Le patient ne fait que changer de trottoir, mais c’est le même produit qu’il s’offre, avec l’avantage de l’acheter en détail dans la rue. Mais au juste : y a-t-il un pharmacien à l’officine ? C’est connu de tout le monde, les pharmacies sont laissées aux vendeuses sans qualification. Elles se défoulent alors dans un trafic de proximité qui rapproche dangereusement la pharmacie du trottoir de celle ayant pignon sur rue.

Pauvreté et médicaments de la rue, pauvreté et automédication. Voilà donc des sujets de préoccupation majeurs qui méritaient une grande attention à la réunion de Cotonou. L’un dans l’autre, ce n’est pas la recrudescence des médicaments de contrefaçon qui a détériorée l’espérance de vie des africains. Hier comme aujourd’hui, un camerounais qui atteint 50 ans doit commander une messe d’action de grâce, car entre la pauvreté et le paludisme, il n’a guère que le choix de la roulette russe : pile tu meurs, face tu meurs, alors ?

Alors il semble que le combat de Chirac est ailleurs. Il résonne comme le cheval de Troie d’une Europe inquiète de l’avancée multisectorielle chinoise. Car c’est vrai, les petits hommes jaunes sont là avec leurs onguents qui prétendent guérir tout. Ils sont au cœur d’une filière dont les ramifications se retrouvent dans les pays d’Asie en direction de l’Afrique mais aussi de l’occident.

Autant l’Afrique est un déversoir bon marché pour produits pharmaceutiques prohibés venus des pays du Nord, autant elle est poreuse aux médicaments chinois qui représentent beaucoup, du bon vieux « freedoom balm » à « makata tumita » en passant par « small no be sick » et tant d’autres… Difficile d’avoir des statistiques, mais les laboratoires du nord s’en inquiètent et payent grassement les voix autorisées pour inciter les africains à tourner le dos aux médicaments de la rue, un terme générique qui englobe tout : plantes médécinales africaines, génériques, produits de contrebande et pharmacopée chinoise.

Pourtant l’Afrique est un continent délaissé, sans grands moyens de soigner ses propres maladies. Les bourses garnies et les médicaments modernes se trouvent au Nord, alors que la majeure partie de ceux qui en ont le plus besoin, se concentrent au Sud, totalement appauvrie. Chirac peut continuer à aboyer : ni son chien, ni les africains ne l’entendent de cette oreille. Ont-ils le choix ? Autant que les crocs de Sumo, la misère à la dent dure…

Source: Camer.be
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