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Orpaillage illégal : les opérateurs chinois dans l e viseur
De la Côte d’Ivoire au Gabon, en passant par le Cameroun et la Centrafrique, les autorités tentent de reprendre le contrôle de sites aurifères exploités en dehors des règles. Plusieurs enquêtes et opérations récentes mettent directement en cause des ressortissants ou des entreprises chinoises, sur fond de pollution au mercure, d’or échappant aux circuits officiels et d’atteintes aux droits des travailleurs.
Côte d’Ivoire : la lutte s’intensifie
En Côte d’Ivoire, le phénomène continue de gagner du terrain malgré les opérations de démantèlement. Le 23 juillet 2026, le Conseil national de sécurité faisait état de plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal déguerpis depuis 2021 et de 4 474 personnes déférées, dont 65 % d’étrangers. Plus de 960 millions de FCFA et environ 136 kg d’or ont été saisis.
Face à la persistance du phénomène, Abidjan a encore durci son dispositif en septembre. Vingt-et-un pelotons de sécurité fluviale doivent surveiller les quatre grands fleuves du pays et leurs affluents. Un moratoire de six mois a aussi été décidé sur les nouvelles autorisations d’exploitation artisanale et semi-industrielle.
Outre la perte de recettes minières, l’Office National de l'Eau Potable (ONEP) et la Société de Distribution d'Eau de Côte d'Ivoire (SODECI) ont alerté sur la pollution des cours d’eau liée notamment au mercure utilisé dans l’orpaillage clandestin. Lorsque l’eau brute devient trop polluée, certaines installations de traitement peuvent être contraintes de s’arrêter, avec un risque direct pour l’approvisionnement des populations.
Cameroun : près de 200 sociétés hors des règles
Le constat est particulièrement lourd au Cameroun. Le ministère des Mines a identifié en mai 2026 environ 200 sociétés opérant illégalement dans l’Est et l’Adamaoua. Plus de 95 % sont étrangères et, selon la liste rendue publique par les autorités, un grand nombre sont dirigées par des ressortissants chinois.
Cette présence n’est pas nouvelle. Des organisations de la société civile décrivent depuis plusieurs années des montages dans lesquels des opérateurs étrangers travaillent avec des coopératives ou des partenaires camerounais pour accéder à l’exploitation artisanale.
Le manque à gagner est considérable. L’Institute for Security Studies estime que 44 tonnes d’or camerounais ont été acheminées clandestinement vers Dubaï entre 2021 et 2025, alors que seulement 148 kg avaient été déclarés dans les circuits officiels. L’institut évalue la fuite de capitaux à 3,4 milliards de dollars. Ces chiffres ne permettent pas d’attribuer l’ensemble de ce trafic aux opérateurs chinois, mais ils montrent l’ampleur d’un secteur dans lequel les contrôles de l’État ont longtemps été contournés.
Mercure : de graves accusations au Cameroun
Les préoccupations ne se limitent pas à l’exploitation clandestine. En mai 2025, plusieurs experts des Nations unies ont interpellé la Chine au sujet d’informations faisant état de l’utilisation de mercure dans les mines camerounaises, notamment sur des sites exploités par des entreprises chinoises. Le Cameroun en a pourtant interdit l’utilisation en 2019.
La communication de l’ONU cite une étude menée dans l’Est camerounais selon laquelle au moins 72 % des orpailleurs artisanaux testés présentaient une concentration de mercure supérieure au seuil recommandé par l’OMS. Les experts font également état de travailleurs migrants dont les documents d’identité auraient été retenus, particulièrement sur des sites exploités par des entreprises chinoises.
Pékin a répondu en affirmant demander à ses ressortissants et à ses entreprises de respecter les lois des pays où ils opèrent. Les autorités chinoises ont aussi indiqué que leur ambassade au Cameroun avait rappelé ces obligations aux ressortissants chinois.
Un précédent en Centrafrique
Ces accusations rappellent le dossier de Bozoum, en République centrafricaine. En 2020, Amnesty International avait demandé une enquête indépendante sur les dégâts environnementaux et les atteintes aux droits humains imputés à quatre entreprises minières chinoises. Après leur départ, l’organisation constatait que la rivière Ouham n’avait toujours pas été remise en état et réclamait que les responsabilités soient établies.
Outre ces exemples, le Programme des Nations unies pour l’environnement estime que l’extraction artisanale et à petite échelle de l’or représente environ 37 % des rejets mondiaux de mercure, davantage que tout autre secteur.
Les opérations de 2026 montrent cependant que les autorités commencent à s’attaquer plus directement aux opérateurs étrangers. Reste à savoir si les fermetures de sites et les arrestations déboucheront sur des poursuites, des réparations environnementales et surtout un contrôle durable d’un or qui échappe encore largement aux États africains.
F. Kouadio
Cap'Ivoire Info / @CapIvoire_Info
Côte d’Ivoire : la lutte s’intensifie
En Côte d’Ivoire, le phénomène continue de gagner du terrain malgré les opérations de démantèlement. Le 23 juillet 2026, le Conseil national de sécurité faisait état de plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal déguerpis depuis 2021 et de 4 474 personnes déférées, dont 65 % d’étrangers. Plus de 960 millions de FCFA et environ 136 kg d’or ont été saisis.
Face à la persistance du phénomène, Abidjan a encore durci son dispositif en septembre. Vingt-et-un pelotons de sécurité fluviale doivent surveiller les quatre grands fleuves du pays et leurs affluents. Un moratoire de six mois a aussi été décidé sur les nouvelles autorisations d’exploitation artisanale et semi-industrielle.
Outre la perte de recettes minières, l’Office National de l'Eau Potable (ONEP) et la Société de Distribution d'Eau de Côte d'Ivoire (SODECI) ont alerté sur la pollution des cours d’eau liée notamment au mercure utilisé dans l’orpaillage clandestin. Lorsque l’eau brute devient trop polluée, certaines installations de traitement peuvent être contraintes de s’arrêter, avec un risque direct pour l’approvisionnement des populations.
Cameroun : près de 200 sociétés hors des règles
Le constat est particulièrement lourd au Cameroun. Le ministère des Mines a identifié en mai 2026 environ 200 sociétés opérant illégalement dans l’Est et l’Adamaoua. Plus de 95 % sont étrangères et, selon la liste rendue publique par les autorités, un grand nombre sont dirigées par des ressortissants chinois.
Cette présence n’est pas nouvelle. Des organisations de la société civile décrivent depuis plusieurs années des montages dans lesquels des opérateurs étrangers travaillent avec des coopératives ou des partenaires camerounais pour accéder à l’exploitation artisanale.
Le manque à gagner est considérable. L’Institute for Security Studies estime que 44 tonnes d’or camerounais ont été acheminées clandestinement vers Dubaï entre 2021 et 2025, alors que seulement 148 kg avaient été déclarés dans les circuits officiels. L’institut évalue la fuite de capitaux à 3,4 milliards de dollars. Ces chiffres ne permettent pas d’attribuer l’ensemble de ce trafic aux opérateurs chinois, mais ils montrent l’ampleur d’un secteur dans lequel les contrôles de l’État ont longtemps été contournés.
Mercure : de graves accusations au Cameroun
Les préoccupations ne se limitent pas à l’exploitation clandestine. En mai 2025, plusieurs experts des Nations unies ont interpellé la Chine au sujet d’informations faisant état de l’utilisation de mercure dans les mines camerounaises, notamment sur des sites exploités par des entreprises chinoises. Le Cameroun en a pourtant interdit l’utilisation en 2019.
La communication de l’ONU cite une étude menée dans l’Est camerounais selon laquelle au moins 72 % des orpailleurs artisanaux testés présentaient une concentration de mercure supérieure au seuil recommandé par l’OMS. Les experts font également état de travailleurs migrants dont les documents d’identité auraient été retenus, particulièrement sur des sites exploités par des entreprises chinoises.
Pékin a répondu en affirmant demander à ses ressortissants et à ses entreprises de respecter les lois des pays où ils opèrent. Les autorités chinoises ont aussi indiqué que leur ambassade au Cameroun avait rappelé ces obligations aux ressortissants chinois.
Un précédent en Centrafrique
Ces accusations rappellent le dossier de Bozoum, en République centrafricaine. En 2020, Amnesty International avait demandé une enquête indépendante sur les dégâts environnementaux et les atteintes aux droits humains imputés à quatre entreprises minières chinoises. Après leur départ, l’organisation constatait que la rivière Ouham n’avait toujours pas été remise en état et réclamait que les responsabilités soient établies.
Outre ces exemples, le Programme des Nations unies pour l’environnement estime que l’extraction artisanale et à petite échelle de l’or représente environ 37 % des rejets mondiaux de mercure, davantage que tout autre secteur.
Les opérations de 2026 montrent cependant que les autorités commencent à s’attaquer plus directement aux opérateurs étrangers. Reste à savoir si les fermetures de sites et les arrestations déboucheront sur des poursuites, des réparations environnementales et surtout un contrôle durable d’un or qui échappe encore largement aux États africains.
F. Kouadio
Cap'Ivoire Info / @CapIvoire_Info
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