Niger - L’école des courtisans : Pourquoi les mêmes applaudisseurs survivent à tous les régimes !
(Editorial de Soumana Idrissa Maïga, Quotidien L’Enquêteur du Jeudi 5 Novembre 2026)
Au Niger, les séismes politiques engloutissent les Constitutions, emportent les présidents et redessinent les organigrammes, mais ils épargnent toujours une espèce miraculeusement indestructible : le courtisan professionnel. Observez bien les premiers rangs des cérémonies officielles, scrutez les plateaux télévisés et écoutez les nouveaux chantres du patriotisme. Vous y reconnaîtrez, sans effort, les mêmes visages, les mêmes grands boubous amidonnés et les mêmes voix chevrotantes d’émotion feinte qui juraient hier fidélité éternelle aux maîtres déchus.
Cette race d’opportunistes de haut vol et de hauts fonctionnaires caméléons possède un génie unique : celui de la transhumance instantanée. Pendant plus d’une décennie, ils ont théorisé la « Renaissance » avec la ferveur des convertis, vilipendant quiconque osait douter des miracles officiels. Puis, à la minute exacte où le vent de l’histoire a tourné, ils ont troqué leurs écharpes contre des treillis de circonstance ou des foulards souverainistes pour donner, le sourcil froncé, des leçons d’intégrité et de « Refondation » au peuple nigérien !
Leur colonne vertébrale a la souplesse du roseau ; leur mémoire, la durée de vie d’un décret de nomination. Ils n’aiment ni la République, ni la Transition, ni le prince du jour : ils n’aiment que le fauteuil climatisé, les bons de carburant, les indemnités de missions et la signature qui ouvre les portes des marchés publics. Les régimes tombent, les uniformes changent, mais la chorale des flatteurs garde exactement la même partition : celle de son ventre.
Or, l’histoire politique de notre pays l’a prouvé à chaque chute : le courtisan est le pire ennemi du dirigeant qu’il encense. En l’isolant dans une bulle d’applaudissements mensongers, en qualifiant toute critique constructive de complot et en maquillant les échecs en triomphes, il creuse patiemment la tombe du pouvoir dont il se nourrit. Et lorsque l’édifice s’effondre, le flatteur ne pleure jamais son bienfaiteur : il court déjà repasser son boubou pour aller accueillir le vainqueur du lendemain.
Si le Niger veut réellement se refonder, il devra d’abord fermer l’école de la flagornerie. Car on ne bâtit pas une nation souveraine avec des hommes prêts à se vendre au plus offrant.
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