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Liberté de la presse : au Sahel, l'AES verrouille l 'information
Au Mali, au Niger et au Burkina Faso, les régimes militaires de l'Alliance des États du Sahel (AES) multiplient arrestations, condamnations et disparitions de journalistes. En cette rentrée 2026, deux affaires : le procès d'un directeur de presse à Bamako et la disparition d'un patron de radio à Niamey, illustrent un même verrouillage de l'information, à l'heure où les revers sécuritaires s'accumulent.
Mali : la prison pour avoir décrit la chute de Kidal Abdrahamane Keïta, directeur du journal Le Témoin, comparaît ce lundi 7 septembre 2026 devant le pôle judiciaire malien contre la cybercriminalité. Son tort : avoir déploré à la télévision, fin avril, le passage de Kidal sous le contrôle du groupe jihadiste JNIM et de ses alliés indépendantistes du FLA. Arrêté le 9 juin, il est poursuivi pour « délit à caractère régionaliste » et « atteinte à l'unité nationale et au crédit de l'État ».
Il n'est pas seul. Le 3 août, Chahana Takiou, rédacteur en chef de l'hebdomadaire 22 Septembre, a été condamné à un an de prison, selon Human Rights Watch. Son crime : avoir critiqué l'usage de la loi sur la cybercriminalité contre un confrère, lui-même déjà condamné à deux ans de prison pour un article visant le chef de la junte nigérienne.
Niger : un directeur de radio porté disparu À Niamey, Moussa Kaka, directeur général de Radio Télévision Saraounia (RTS), est porté disparu depuis le 31 août. Parti de son bureau vers 19 heures, il n'est jamais rentré chez lui ; son véhicule reste introuvable. Reporters sans frontières (RSF) se dit « préoccupée » et réclame une enquête. Sa disparition survient quelques jours après une mutinerie matée dans la capitale, et alors que plusieurs journalistes viennent seulement d'être libérés après des mois de détention.
Une répression que RSF juge « coordonnée » Ces affaires ne sont pas isolées. Chaque année, Reporters sans frontières (RSF) classe 180 pays et territoires du plus au moins respectueux de la liberté de la presse : plus le rang est élevé, plus la situation est mauvaise. Dans son édition 2026, le Niger dégringole à la 120ᵉ place. Il perd 37 rangs en un an, la plus forte chute enregistrée dans le monde. Le Mali (121ᵉ) et le Burkina Faso (110ᵉ) figurent dans le même bas de tableau. RSF y voit une répression « de plus en plus coordonnée » entre les trois régimes. Partout, la méthode est la même : des lois sur la « sécurité nationale » ou la cybercriminalité détournées de leur objet pour faire taire les rédactions. Au Burkina Faso, le pouvoir exige des journalistes un « traitement patriotique » de l'actualité ; au Mali, HRW recense depuis 2020 médias fermés, ONG dissoutes et opposants disparus.
Dans un Sahel déjà meurtri par la guerre, que restera-t-il du droit de savoir quand décrire les faits devient un délit ?
F. Kouadio
Cap'Ivoire Info / @CapIvoire_Info
Sources :
- Human Rights Watch, « Un journaliste condamné à un an de prison au Mali », 5 août 2026
- RSF, Classement mondial de la liberté de la presse 2026
- RSF, communiqué sur la disparition de Moussa Kaka, 2 septembre 2026
Mali : la prison pour avoir décrit la chute de Kidal Abdrahamane Keïta, directeur du journal Le Témoin, comparaît ce lundi 7 septembre 2026 devant le pôle judiciaire malien contre la cybercriminalité. Son tort : avoir déploré à la télévision, fin avril, le passage de Kidal sous le contrôle du groupe jihadiste JNIM et de ses alliés indépendantistes du FLA. Arrêté le 9 juin, il est poursuivi pour « délit à caractère régionaliste » et « atteinte à l'unité nationale et au crédit de l'État ».
Il n'est pas seul. Le 3 août, Chahana Takiou, rédacteur en chef de l'hebdomadaire 22 Septembre, a été condamné à un an de prison, selon Human Rights Watch. Son crime : avoir critiqué l'usage de la loi sur la cybercriminalité contre un confrère, lui-même déjà condamné à deux ans de prison pour un article visant le chef de la junte nigérienne.
Niger : un directeur de radio porté disparu À Niamey, Moussa Kaka, directeur général de Radio Télévision Saraounia (RTS), est porté disparu depuis le 31 août. Parti de son bureau vers 19 heures, il n'est jamais rentré chez lui ; son véhicule reste introuvable. Reporters sans frontières (RSF) se dit « préoccupée » et réclame une enquête. Sa disparition survient quelques jours après une mutinerie matée dans la capitale, et alors que plusieurs journalistes viennent seulement d'être libérés après des mois de détention.
Une répression que RSF juge « coordonnée » Ces affaires ne sont pas isolées. Chaque année, Reporters sans frontières (RSF) classe 180 pays et territoires du plus au moins respectueux de la liberté de la presse : plus le rang est élevé, plus la situation est mauvaise. Dans son édition 2026, le Niger dégringole à la 120ᵉ place. Il perd 37 rangs en un an, la plus forte chute enregistrée dans le monde. Le Mali (121ᵉ) et le Burkina Faso (110ᵉ) figurent dans le même bas de tableau. RSF y voit une répression « de plus en plus coordonnée » entre les trois régimes. Partout, la méthode est la même : des lois sur la « sécurité nationale » ou la cybercriminalité détournées de leur objet pour faire taire les rédactions. Au Burkina Faso, le pouvoir exige des journalistes un « traitement patriotique » de l'actualité ; au Mali, HRW recense depuis 2020 médias fermés, ONG dissoutes et opposants disparus.
Dans un Sahel déjà meurtri par la guerre, que restera-t-il du droit de savoir quand décrire les faits devient un délit ?
F. Kouadio
Cap'Ivoire Info / @CapIvoire_Info
Sources :
- Human Rights Watch, « Un journaliste condamné à un an de prison au Mali », 5 août 2026
- RSF, Classement mondial de la liberté de la presse 2026
- RSF, communiqué sur la disparition de Moussa Kaka, 2 septembre 2026
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