Le monde adopte un plan commun face à un crime numérique qui évolue sans cesse
(Guinée Eco) – De la cybercriminalité à la fraude, ou encore aux nouvelles formes de violence, les États réunis au 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale ont adopté samedi la Déclaration d’Abou Dhabi. Approuvé par acclamation dès l’ouverture de la rencontre dans la capitale émirienne, le texte appelle notamment à renforcer la coopération internationale face à des formes de criminalité en rapide évolution.
La Déclaration décrit un paysage criminel de plus en plus complexe, dans lequel des services, des infrastructures et des technologies peuvent être détournés à des fins criminelles. Elle relève notamment l’émergence du « crime en tant que service » et de la « violence en tant que service ».
Les pays se sont aussi engagés à mieux utiliser la technologie eux-mêmes. Ils veulent notamment numériser les systèmes judiciaires et recourir à l’intelligence artificielle dans la justice pénale.
La Déclaration insiste toutefois sur les garanties qui doivent accompagner ces évolutions : contrôle humain, transparence, respect des procédures et protection des données.
« La justice ne peut pas être un privilège »
Dans un message vidéo adressé au Congrès, la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Amina Mohammed, a souligné que ces travaux se déroulent dans une période de profonds bouleversements.
« La justice ne peut pas être un privilège. Elle doit protéger chaque personne, défendre les droits de chacun et ne laisser personne de côté », a-t-elle déclaré. « Ce Congrès est l’occasion de renouveler notre engagement commun en faveur de la justice et de l’état de droit, et de le traduire en actes. »
Les pays sont déjà encouragés à mettre la Déclaration en pratique grâce à l’initiative volontaire Pledge4Justice. Dans ce cadre, les gouvernements participants annoncent des actions concrètes, assorties d’échéances, en matière de prévention du crime et de justice pénale d’ici 2031.
De Kyoto à Abou Dhabi
À l’ouverture du Congrès, la Directrice exécutive de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Monica Juma, a lancé un double appel : adapter la réponse à une criminalité qui évolue et renforcer la coopération internationale.
« Aujourd’hui, le monde se réunit à Abou Dhabi pour réaffirmer que l’état de droit et la justice pénale sont essentiels à la sécurité des populations et de la planète », a-t-elle déclaré. « À l’heure où la confiance dans le multilatéralisme faiblit, qu’Abou Dhabi témoigne de la force de la coopération internationale. »
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Depuis le précédent Congrès, tenu à Kyoto il y a cinq ans, le monde a atteint un nouveau « tournant », selon Mme Juma. La technologie et l’intelligence artificielle progressent à une vitesse extraordinaire, ouvrant aussi de nouvelles possibilités aux criminels.
Les plateformes qui relient des milliards de personnes peuvent les mettre en contact ; les monnaies numériques peuvent dissimuler des profits illicites ; les outils numériques peuvent servir à tromper, manipuler et exploiter. Pour Mme Juma, la technologie ne fait pas qu’accélérer la criminalité : elle en transforme la nature. Les réseaux criminels organisés tirent de plus en plus parti des failles entre les frontières et les institutions.
Protéger les personnes les plus exposées, la « boussole » du Congrès
Derrière les grandes tendances criminelles, Mme Juma a demandé aux délégués de garder en vue les personnes touchées : les enfants recrutés par des gangs, les femmes victimes de violences à la maison ou en ligne, les personnes privées d’aide juridique et les jeunes attirés dans des réseaux d’escroquerie par la promesse d’un avenir meilleur.
« Protéger ces personnes doit être l’aune à laquelle nous jugerons nos efforts cette semaine », a-t-elle dit. « Ce doit être notre boussole. »
Mme Juma a appelé à adapter les lois et les institutions à l’évolution des menaces, à améliorer l’accès à la justice et à l’aide juridique, et à faire de la technologie « une force au service du bien », plutôt qu’un accélérateur de préjudices.
Elle a salué la Déclaration d’Abou Dhabi comme un point de départ, tout en rappelant que son impact dépendra de sa mise en œuvre.
Une semaine de débats, des ministres aux jeunes
Accueilli par les Émirats arabes unis jusqu’au 1er octobre, le Congrès a pour thème « Protéger les personnes et la planète à l’ère numérique ». Quelque 119 pays y sont représentés, ainsi que plus de 40 ministres de la Justice et autres hauts responsables. Plus de 5 100 participants sont attendus, issus des gouvernements, de la société civile, du monde universitaire et du secteur privé.
Séances plénières, ateliers, événements parallèles et expositions rythmeront la semaine. Les organisateurs présentent cette édition comme la plus ouverte aux jeunes à ce jour : ils prennent part aux ateliers et au suivi des travaux, ainsi qu’à un Youth Lab et à une exposition d’art. Un Forum de la jeunesse a précédé le Congrès, les 24 et 25 septembre.
L’ONUDC assure le secrétariat du Congrès et soutiendra la mise en œuvre de la Déclaration d’Abou Dhabi.
Source : ONU Info