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Biélorussie : le commerce d'armes discret de Minsk en Afrique
La Biélorussie exporte armes et équipements militaires vers plusieurs pays africains via un dispositif étatique opaque. De la Côte d'Ivoire en 2002 au Nigeria aujourd'hui, l'entreprise Beltechexport, sanctionnée par l'Union européenne, illustre comment un commerce discret peut peser sur la sécurité du continent.
Beltechexport, un exportateur au cœur de l'appareil d'État Le secteur militaro-industriel biélorusse reste étroitement contrôlé par l'État. Quelques « exportateurs spéciaux » y concentrent l'accès aux marchés étrangers. Parmi eux, Beltechexport : une entreprise présentée comme privée, mais étroitement associée au ministère biélorusse de la Défense, selon l'Union européenne. Bruxelles l'accuse de soutenir le régime d'Alexandre Loukachenko et d'en tirer profit. Homme fort de la Biélorussie depuis 1994, réélu au fil de scrutins contestés et proche allié de Moscou, Loukachenko dirige le pays sans partage. La société écoule ses armements vers l'Afrique, l'Amérique du Sud, l'Asie et le Moyen-Orient.
Bouaké, le précédent ivoirien qui interroge Le continent n'est pas un terrain nouveau pour Minsk. Entre 2002 et 2003, alors que la Côte d'Ivoire s'enfonce dans la crise, la Biélorussie livre au gouvernement d'alors quatre avions d'attaque Su-25 et deux hélicoptères de combat Mi-24. Le 6 novembre 2004, deux Su-25 ivoiriens, servis par des personnels biélorusses, bombardent une position militaire étrangère à Bouaké : dix morts. Les circonstances et la chaîne de responsabilités restent débattues. Un fait est établi : les appareils venaient de Biélorussie, et des ressortissants biélorusses participaient à leur emploi comme à leur maintenance.
De la Côte d'Ivoire aux nouveaux marchés africains Le schéma se prolonge ailleurs. Confronté à l'insurrection de Boko Haram, le Nigeria s'est tourné dès 2014 vers Minsk, qui a accepté de lui fournir des hélicoptères d'attaque, payables par tranches sur plusieurs années. Mais l'affaire ivoirienne le montre : Minsk ne vend pas que du matériel, elle envoie aussi les hommes qui le pilotent et l'entretiennent. D'où une question de fond : lorsqu'un vendeur d'armes accompagne sa livraison de formation, de maintenance et d'assistance technique, sa responsabilité s'arrête-t-elle à la signature du contrat ? À Bouaké, des Biélorusses n'avaient pas seulement vendu les avions : ils les servaient. Ce commerce discret, politiquement protégé, peut ainsi entraîner Minsk dans les conséquences militaires et diplomatiques de conflits qui ne sont pas les siens.
Quand les armes voyagent dans la discrétion, qui répond de leurs conséquences ?
F. Kouadio
Cap'Ivoire Info / @CapIvoire_Info
Sources : - The New Humanitarian, « Profusion d'armes en Côte d'Ivoire », 16 avril 2013
Beltechexport, un exportateur au cœur de l'appareil d'État Le secteur militaro-industriel biélorusse reste étroitement contrôlé par l'État. Quelques « exportateurs spéciaux » y concentrent l'accès aux marchés étrangers. Parmi eux, Beltechexport : une entreprise présentée comme privée, mais étroitement associée au ministère biélorusse de la Défense, selon l'Union européenne. Bruxelles l'accuse de soutenir le régime d'Alexandre Loukachenko et d'en tirer profit. Homme fort de la Biélorussie depuis 1994, réélu au fil de scrutins contestés et proche allié de Moscou, Loukachenko dirige le pays sans partage. La société écoule ses armements vers l'Afrique, l'Amérique du Sud, l'Asie et le Moyen-Orient.
Bouaké, le précédent ivoirien qui interroge Le continent n'est pas un terrain nouveau pour Minsk. Entre 2002 et 2003, alors que la Côte d'Ivoire s'enfonce dans la crise, la Biélorussie livre au gouvernement d'alors quatre avions d'attaque Su-25 et deux hélicoptères de combat Mi-24. Le 6 novembre 2004, deux Su-25 ivoiriens, servis par des personnels biélorusses, bombardent une position militaire étrangère à Bouaké : dix morts. Les circonstances et la chaîne de responsabilités restent débattues. Un fait est établi : les appareils venaient de Biélorussie, et des ressortissants biélorusses participaient à leur emploi comme à leur maintenance.
De la Côte d'Ivoire aux nouveaux marchés africains Le schéma se prolonge ailleurs. Confronté à l'insurrection de Boko Haram, le Nigeria s'est tourné dès 2014 vers Minsk, qui a accepté de lui fournir des hélicoptères d'attaque, payables par tranches sur plusieurs années. Mais l'affaire ivoirienne le montre : Minsk ne vend pas que du matériel, elle envoie aussi les hommes qui le pilotent et l'entretiennent. D'où une question de fond : lorsqu'un vendeur d'armes accompagne sa livraison de formation, de maintenance et d'assistance technique, sa responsabilité s'arrête-t-elle à la signature du contrat ? À Bouaké, des Biélorusses n'avaient pas seulement vendu les avions : ils les servaient. Ce commerce discret, politiquement protégé, peut ainsi entraîner Minsk dans les conséquences militaires et diplomatiques de conflits qui ne sont pas les siens.
Quand les armes voyagent dans la discrétion, qui répond de leurs conséquences ?
F. Kouadio
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Sources : - The New Humanitarian, « Profusion d'armes en Côte d'Ivoire », 16 avril 2013
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