« Bâtir » au Festival d’Avignon le 17 juillet
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Avec « Bâtir », Salim Djaferi et Clément Papachristou font du théâtre un chantier politique. Présentée au Festival d’Avignon à partir du 17 juillet, la pièce relie grands ensembles, mémoire coloniale, logement social et ségrégations urbaines. Un spectacle qui regarde la ville française depuis ses fondations les moins racontées.
Il y a des spectacles qui partent d’une grande théorie. Bâtir, lui, part d’un trouble. En 2019, aux Rencontres d’Arles, Salim Djaferi découvre une exposition consacrée aux grands ensembles construits en Algérie dans les années 1950. Devant les photographies, quelque chose le saisit : ces bâtiments, ces esplanades de béton, ces lignes urbaines lui rappellent les cités de Seine-Saint-Denis où il a grandi avec ses parents. Le paysage colonial semble étrangement familier. La mémoire intime rencontre l’archive. La scène peut commencer.
Présenté au Festival d’Avignon au Théâtre Benoît-XII à partir du 17 juillet, Bâtir est signé Salim Djaferi et Clément Papachristou à la mise en scène, avec un texte de Marie Alié, Salim Djaferi et Clément Papachristou. La pièce interroge une question simple, mais vertigineuse : la manière dont la France a construit ses banlieues porte-t-elle l’empreinte d’un imaginaire colonial ? Le spectacle traverse les politiques du logement, l’immigration, la ségrégation, les archives publiques et les récits d’habitants pour montrer comment une ville organise aussi des places, des distances, des assignations.
L’intérêt de Bâtir tient à son refus du slogan. Djaferi ne vient pas donner une leçon d’urbanisme. Il mène une enquête. Il cherche, compare, doute, assemble. La pièce prolonge son travail amorcé avec Koulounisation, spectacle consacré à la colonisation française en Algérie par le prisme du langage. Cette fois, il déplace la question : après les mots, les murs. Après la langue, l’espace. Comment une histoire politique s’inscrit-elle dans le béton, les plans, les circulations, les périphériques, les barres, les tours, les frontières invisibles entre quartiers ?
Quand le théâtre ouvre les archives
Le spectacle appartient au théâtre documentaire, mais il ne se contente pas d’empiler des documents. Les archives y croisent les souvenirs familiaux, les témoignages d’habitants, les gestes du plateau. Le Kunstenfestivaldesarts, où Bâtir a été présenté en première en mai 2026, résume bien la démarche : Djaferi mêle archives publiques sur le logement social et récits personnels collectés auprès de proches et d’habitants, sans les hiérarchiser. Ce choix est fort. Il place l’expérience vécue au même niveau que le papier officiel. Il rappelle que l’histoire urbaine n’est pas seulement écrite par les urbanistes, les élus et les administrations. Elle est aussi portée par celles et ceux qui habitent les lieux.
La pièce met ainsi en lumière une zone souvent mal regardée : le lien entre colonie et banlieue. Non pas pour dire que tout serait identique, mais pour suivre des continuités possibles. Dans les années d’après-guerre, la France construit, reloge, classe, sépare, aménage. Les grands ensembles promettent la modernité, l’hygiène, le confort. Mais ils fabriquent aussi des distances sociales et raciales, parfois sans les nommer. C’est cette part non dite que Bâtir met au travail : la ville comme décor de la République, mais aussi comme machine à trier.
L’angle est précieux pour Avignon. Le festival accueille régulièrement des formes qui affrontent les mémoires coloniales, les violences historiques, les récits minorés. Mais Bâtir déplace le sujet hors du musée et de la commémoration. Il ne demande pas seulement ce que la France a fait en Algérie. Il demande ce que cette histoire a laissé dans les manières d’habiter, de construire, de regarder une cité, de parler d’un quartier, d’y assigner des populations.
C’est là que le spectacle touche à un enjeu très actuel. Les débats sur les banlieues françaises sont souvent saturés de discours sécuritaires, sociaux ou médiatiques. Bâtir propose une autre entrée : regarder l’architecture comme une archive. Lire les plans comme des récits politiques. Voir dans les murs non seulement des matériaux, mais des choix. À Avignon, Salim Djaferi transforme le plateau en chantier de compréhension. Et dans ce chantier, chaque spectateur est invité à se demander ce que sa ville a hérité, ce qu’elle cache, et ce qu’elle continue de construire.
Informations pratiques
Spectacle : Festival : Festival d’Avignon 2026
Lieu : Théâtre Benoît-XII, 12 rue des Teinturiers, Avignon
Dates : 17, 18, 20, 21, 22, 23 et 24 juillet 2026
Horaire : 18h
Durée : 1h15
Langue : français, surtitré en anglais
Mise en scène : Salim Djaferi et Clément Papachristou
Texte : Marie Alié, Salim Djaferi, Clément Papachristou
Avec : Salim Djaferi, Sasha Martelli
Tarifs : 35 € plein tarif ; 30 € avec Carte Festival ; 10 € avec Carte 3 clés
Billetterie et programme : Festival d’Avignon.
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