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LE NIGER, NOUVELLE PUISSANCE ÉNERGÉTIQUE EN CONSTRUCTION

LE NIGER, NOUVELLE PUISSANCE ÉNERGÉTIQUE EN CONSTRUCTION

Le gazoduc transsaharien (TSGP), qui doit relier le Nigeria à l’Algérie en traversant le Niger, revient au centre de l’actualité énergétique africaine. Longtemps annoncé et reporté, ce projet connaît une nouvelle dynamique politique et technique en 2026.


Le 26 octobre 2026, à Moscou, le ministre nigérian chargé des Ressources pétrolières (Gaz), Ekperikpe Ekpo, a réaffirmé l’engagement de son pays à développer les infrastructures nécessaires à l’acheminement du gaz vers le nord du Nigeria, puis vers le Niger et l’Algérie.


Derrière cette initiative se dessine une recomposition des alliances énergétiques africaines. L’Algérie cherche à renforcer sa position de plateforme énergétique entre l’Afrique et l’Europe. Le Nigeria veut valoriser ses importantes réserves gazières. La Russie développe ses relations économiques et stratégiques avec le Sahel. Quant au Niger, sa position géographique lui confère une importance déterminante.


La question centrale est celle de sa capacité à transformer cet avantage en richesse nationale.


L’Algérie et le Nigeria, deux intérêts complémentaires


Pour Alger, le TSGP représente un instrument de consolidation de sa puissance énergétique. Grâce à ses infrastructures gazières et à ses réseaux d’exportation vers l’Europe, l’Algérie pourrait renforcer son rôle dans l’acheminement du gaz africain vers les marchés internationaux.


Les avancées sont concrètes. Le 3 juin 2026, les trois pays ont validé à Alger le rapport actualisé de l’étude de faisabilité du projet. Le lendemain, les travaux du tronçon algérien ont été officiellement lancés à Aoulef, dans la wilaya d’Adrar (Agence Nigérienne de Presse, 4 juin 2026).


Le projet représente environ 4 000 kilomètres de gazoduc, avec une capacité envisagée de 20 à 30 milliards de mètres cubes par an. Son coût actualisé est évalué entre 12 et 18 milliards d’euros selon les estimations sectorielles publiées en juin 2026 (AFP, Connaissance des Énergies, 4 juin 2026).


Le Nigeria possède, quant à lui, l’une des plus importantes réserves gazières du continent. La Commission nigériane de régulation du secteur pétrolier (NUPRC) a officiellement évalué ses réserves à 215,19 trillions de pieds cubes au 1er janvier 2026. Sa production gazière demeure cependant confrontée à des contraintes d’infrastructures et de valorisation (NUPRC, 1er avril 2026).


Le TSGP constitue ainsi une opportunité pour Abuja, mais sa réalisation dépendra de la disponibilité effective du gaz, des investissements et de la sécurisation des engagements entre les trois États.


La Russie, un partenaire dans la diversification stratégique


La présence du ministre nigérian à Moscou rappelle l’intérêt croissant de la Russie pour les partenariats énergétiques africains.


Moscou n’est pas un partenaire direct du TSGP, qui repose sur une coopération entre le Nigeria, le Niger et l’Algérie. Toutefois, la Russie développe une coopération distincte avec Niamey dans les hydrocarbures, les mines, l’énergie, le nucléaire civil et la formation.


Le 2 octobre 2026, la première session des commissions intergouvernementales russo-nigériennes s’est tenue à Niamey, sous la coprésidence des ministres de l’Énergie des deux pays. Les discussions ont concerné quatre grands domaines de coopération, notamment l’énergie, le pétrole, les mines, l’agriculture, la formation et les transports. Un mémorandum relatif à un projet de centrale solaire a également été signé (ANP, 2 octobre 2026).


Cette diversification ouvre des perspectives en matière d’investissements et de transfert de technologies. Elle doit se traduire par des réalisations concrètes, des financements mobilisés et le développement des compétences nationales.


La souveraineté économique repose sur la capacité à diversifier les partenariats sans créer de nouvelles dépendances.


Le Niger, bien plus qu’un territoire de transit


Le Niger constitue le maillon territorial indispensable du TSGP. Sa position entre les deux grandes économies énergétiques que sont le Nigeria et l’Algérie représente un véritable atout stratégique.


Mais les ambitions nationales doivent dépasser les simples droits de passage. Elles concernent les recettes de transit, l’accès au gaz pour la production électrique, le développement industriel, la participation des entreprises nigériennes et la formation des ingénieurs et techniciens.


Le pays dispose déjà d’une base pétrolière significative. Selon le ministre du Pétrole, Hamadou Tini, le Niger compte 44 blocs pétroliers, dont 35 ouverts aux investisseurs, plus de 430 puits et environ 853 millions de barils de réserves prouvées exploitées. La production nationale vise le maintien d’un niveau de 110 000 barils par jour (ANP, 12 juin 2026).


Ces données montrent que le Niger possède des ressources, mais également une expérience industrielle sur laquelle construire.


Ses ingénieurs, techniciens, universitaires, cadres de l’administration et entrepreneurs constituent un capital humain essentiel. Leur participation à la conception, à l’exploitation et à la maintenance des grandes infrastructures énergétiques doit être une priorité.


L’accès à la technologie, la formation spécialisée et la participation des entreprises nationales doivent accompagner les investissements étrangers.


Kafra, une autre opportunité énergétique


Le bloc pétrolier de Kafra complète cette dynamique de coopération avec l’Algérie.


Le 13 août 2026, les Premiers ministres nigérien et algérien ont procédé au lancement d’une campagne de forage de quatre puits d’exploration, réalisée par ENAFOR, filiale de Sonatrach.


Le permis couvre une superficie de 11 467 km² selon les données présentées par le ministère nigérien du Pétrole. Les travaux antérieurs ont permis d’acquérir environ 2 205 kilomètres de données sismiques 2D et 760 kilomètres carrés de données 3D (ANP, 9 septembre 2026 ; Sonatrach, 13 août 2026).


Le potentiel pétrolier du bassin est estimé à environ 2,5 à 2,7 milliards de barils selon les communications officielles. Il s’agit toutefois d’un potentiel estimé, et non de réserves prouvées commercialisables.


Kafra représente une perspective importante pour les recettes publiques, l’emploi, la formation et le développement des compétences nationales.


La maîtrise des contrats, des conditions de partage de production et des retombées locales sera déterminante pour préserver les intérêts du Niger.


Une vision stratégique fondée sur la souveraineté économique


Ces projets s’inscrivent dans les orientations du Programme de Refondation de la République 2025-2029, porté par Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Président de la République et Chef de l’État, avec le CNSP.


Cette orientation accorde une place importante à la souveraineté économique, à la valorisation des ressources nationales, à la transformation locale et au développement du capital humain.


Dans le secteur énergétique, cette ambition se traduit par la recherche d’une meilleure maîtrise des ressources, la diversification des partenariats et le renforcement des capacités productives.


Le Niger possède des atouts considérables. Ses ressources pétrolières et minières, son potentiel solaire, sa position géographique et surtout ses compétences humaines constituent des leviers de développement.


L’expérience d’Agadem, la raffinerie de Zinder, les perspectives de Kafra et le TSGP doivent être articulés autour d’une politique cohérente de production, de transformation et de distribution de l’énergie.


Les tensions diplomatiques et sécuritaires régionales rappellent également que ces projets nécessitent une coopération durable, fondée sur le respect de la souveraineté de chaque État.


La concurrence entre les différents corridors énergétiques africains, notamment le projet Nigeria-Maroc, confirme l’importance stratégique de ces infrastructures.


Le Niger dispose d’une marge de négociation qu’il peut valoriser en fonction de ses intérêts nationaux.


Le TSGP, Kafra et les autres projets énergétiques ne doivent pas être considérés isolément. Ils participent à une même ambition de développement économique, de maîtrise des ressources et de renforcement des capacités nationales.


Le Niger n’a pas vocation à être simplement un territoire de transit ou un fournisseur de matières premières. Il possède des ressources, des compétences humaines et une orientation stratégique clairement définie dans le cadre de la Refondation conduite par Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani et le CNSP.


L’enjeu est de transformer ces atouts en investissements productifs, en emplois qualifiés, en infrastructures et en richesses profitant durablement aux populations.


C’est à cette condition que la coopération avec l’Algérie, le Nigeria, la Russie et les autres partenaires pourra contribuer pleinement à la souveraineté économique du Niger.


Par Ousmane Jazy






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