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Or et uranium : la Turquie s'implante au Sahel

Or et uranium : la Turquie s'implante au Sahel
En quête d'or pour ses réserves et d'uranium pour son industrie nucléaire naissante, la Turquie multiplie depuis 2024 les accords miniers au Sahel. Au Niger, où les autorités de transition ont écarté les opérateurs occidentaux, Ankara avance désormais sur le terrain minier. Un modèle dont le Liberia mesure déjà le coût environnemental.

Le Niger, laboratoire de l'offensive minière turque Depuis le putsch de juillet 2023, les autorités de transition nigériennes ont écarté les opérateurs miniers occidentaux au nom de la souveraineté. Ankara a vite occupé le terrain. En juillet 2024, une délégation turque de haut niveau, chefs de la diplomatie et du renseignement compris, s'est rendue à Niamey pour sécuriser l'accès à l'uranium, indispensable à l'industrie nucléaire turque naissante. Plusieurs accords signés n'ont pas été rendus publics.
L'or africain pour combler le déficit turc L'entreprise publique turque MTA International (MTAIC) explore désormais des gisements aurifères nigériens. En novembre 2025, le ministre turc de l'Énergie annonçait le lancement imminent de la première production d'or turque hors de ses frontières, en région d'Agadez. La logique est comptable : la Turquie a importé près de 24 milliards de dollars d'or l'an passé. Elle a scellé des accords énergétiques et miniers avec au moins 17 pays africains depuis 2016.
Le Liberia, révélateur du coût environnemental Ce modèle a un prix, documenté au Liberia. Bea Mountain, premier producteur d'or national contrôlé par la famille du milliardaire turc Mehmet Nazif Günal, a laissé s'échapper cyanure, arsenic et cuivre au-delà des seuils légaux entre 2016 et 2023, tuant des poissons, selon une enquête parue en janvier 2026. Entre juillet 2021 et décembre 2022, la société a exporté plus de 576 millions de dollars d'or ; l'État libérien en a perçu 37,8 millions. Sollicitées, les sociétés n'ont pas répondu.
Le Burkina montre qu'un État peut reprendre la main Ankara ne gagne pas toujours. En avril 2023, le Burkina Faso cédait à la société Afro Turc la mine d'or d'Inata et celle de manganèse de Tambao. Moins d'un an plus tard, Ouagadougou retirait les deux permis, faute du paiement des 30 milliards de FCFA dus. L'accès aux minerais n'est jamais définitivement acquis.
Après avoir congédié les puissances d'hier au nom de la souveraineté, les États du Sahel sauront-ils empêcher les nouveaux venus de repartir avec leurs minerais ?

F. Kouadio
Cap'Ivoire Info / @CapIvoire_Info

Sources : 
- Mining.com, « Turkey eyes Niger mining projects amid competition for uranium », 22 octobre 2024
- Hürriyet Daily News, « First overseas gold production project to start in Niger: Minister », novembre 2025
- The Gecko Project / Associated Press, « Cyanide River », 30 janvier 2026
- Pulitzer Center, « Takeaways From AP Report on Toxic Spills From Gold Mining in Liberia », 30 janvier 2026
- Koaci, « Burkina Faso : Retrait des permis d'exploitation industrielle d'or et de manganèse d'une société turque », 21 mars 2024

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