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Jacky Toto : l'art de la manière

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 :Il a produit des tas d'artistes, mais affirme n'en avoir tiré la moindre gloire ni le moindre argent : défendre Manu Dibango lui donne la foi pour faire valoir des principes.

Il est arrivé sous une fine pluie hivernale et a pénétré dans ce bar de bord de rue, coeur du 9ème arrondissement de Paris. Quelques hommes à l'apparence mesquine buvaient des bières et des thés froids, accoudés, sous des mines frigorifiées, à ce comptoir en bois massif d'où le serveur des lieux les couvrait d'un regard indifférent et sinistre. Il a donc tiré la chaise en face de lui, s'est assis en ôtant son par-dessus de vieil inspecteur de police, a embrassé tout la salle de sa curiosité, avant de voir le garçon de service lui passer à proximité du visage: "Monsieur, je vous sers quoi ?". Il est quelque chose comme 18h 30. Dehors, cette nuit que le temps de saison va chercher dans l'ensoleillement du jour; et dedans, ces bruits de voix qui s'élèvent vers le ciel, avec le retentissement frugal des personnes que le bonheur fuit. Il se passe alors dans la mémoire de Jacky Toto comme une rencontre de petites créatures extranaturelles qui filtrent les émotions externes comme po ur mieux le prémunir contre toute anomalie d'un monde animal en pleine dégénérescence.

C'est en effet peu de dire que le personnage a quelque chose de minéral ; sérénité régulière qu'il tire certainement de la nature, de sa culture parentale, mais aussi de quelques fréquentations élitistes et bourgeoises que d'aucuns décrivent comme pourvoyeuses de sagesse et de distinction sociale: il parle d'une voix assise et d'un timbre quelque peu astral, qui s'évanouit dans la profondeur ambrée de ses yeux, comme pour dessiner toute l'étendue des confidences qu'il est prêt à dérouler ou pas. On peut encore y lire la vigueur de la colère qu'il n'a pas eu de cesse de ruminer, depuis que Ferdinand Léopold Oyono "et sa clique" ont accompli le "crime" inestimable de l'éviction de Manu Dibango de la Cameroon music corporation (Cmc). Le sujet lui est à la fois d'une douleur sincère et d'une obscurité sans fin. "Les Camerounais ne se rendent pas compte de ce qui s'est passé dans cette affaire, dit-il. Et peut-être même ne se rendront-ils jamais complètement compte que dans un pay s comme le nôtre, on en soit à jeter la pierre, à humilier un homme de la trempe de Manu, alors même que tout le monde nous l'envie de partout, alors même que ce qu'il a fait pour le nom et la gloire de notre pays, partout à l'étranger, ne pourra jamais être mesuré".

Retour donc, tout en cascade sur une affaire qui lui est autant restée en indigestion, simplement parce qu'il fait bien partie de ceux qui se sont le plus investis dans la tentative de (re)contruction d'une armature institutionnelle du droit d'auteurs au Cameroun. Problématique au coeur d'un environnement dont la dégénérescence, depuis la fin des années 80, a fait de ce secteur, comme de nombreux autres dans ce pays, du reste, le point culminant d'une série de dérives mafieuses et de bien de mystifications. On y a souvent parlé de corruption comme dans des comptes des fey, autant qu'on a tissé la farandole d'incroyables détournements de deniers publics, d'alliances imprévisibles et de coups fourrés que d'aucuns alignaient sur le dos d'une paupérisation soutenue de l'Homo artisticus. Jacky Toto dit avoir construit son envie de "faire quelque chose" pour la situation camerounaise, sur une morale personnelle, presque calviniste, qui le rend intrinsèquement solidaire de tous ceux qui souffrent, de ceux qui ont une générosité en attente, ceux dont les jours qui passent ne constituent souvent qu'un insipide alignement de micro-événements souvent largement dénués du moindre intérêt. Manu n'était, à cet égard, pour lui, qu'une sorte de porte-flambeau, la figure totémique, porteuse de symbole et d'adhésion, à la mesure d'une statue bouddhiste, autour de laquelle tous ceux qui croient en quelque chose se retrouvent pour exalter l'avenir.

"La seule chose, affirme


Article publié le vendredi 21 avril 2006
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