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André Voufack: La corruption, enjeu de politique internationale

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 :En une thèse de doctorat sur Transparency international, ce diplomate analyse les fondements de son action. Pourquoi avez-vous cherché à solutionner la problématique de la légalité et de la légitimité de l'action de Transparency international ?

Les relations internationales sont fondées sur les rapports entre États. Nous nous sommes posés la question de savoir comment une Ong qui est une institution privée, pouvait influencer autant les rapports entre les Etats et le reste des acteurs des relations internationales. Par exemple, le classement de Transparency du tableau d'indice de perception de la corruption, les institutions internationales et les investisseurs en tiennent compte et désignent tel ou tel pays comme pays à risque.

Transparency international mène-t-elle donc une action légale et légitime?

La corruption, il faut d'abord le dire, est un enjeu de politique internationale. Nous avons démontré que Transparency a fondé son action sur un certain nombre d'instruments juridiques reconnus par les Etats. En Afrique par exemple, il y a la convention de l'Union africaine contre la corruption et les infractions assimilées adoptée en 2003. Le Cameroun n'en est pas signataire, mais à partir du moment où il est membre de l'Union, il est d'office concerné. Il y a également la convention des Nations unies contre la corruption qui date de 1997. Transparency se fonde sur ces textes comme sur les lois nationales contre la corruption. C'est le cas de l'article 66 de la Constitution camerounaise. Il y a d'abord qu'aucun pays ne refuse la lutte contre la corruption. Au Cameroun, nous avons l'Observatoire de lutte contre la corruption, et des cellules dans les administrations et les ministères. Transparency agit comme Amnesty international, sauf que pour les dessous de table, on ne peut pas observer la matérialité du phénomène. La légitimité vient finalement de la manière de travailler. Sinon comment expliquer la réaction après la publication.

Quelle est la démarche qui conduit au classement?

Transparency a mis sur pied une méthode qui prend en compte, entre autres, des indicateurs économiques qui sont fournis par les opérateurs économiques. Si par exemple il faut 10 milliards pour construire un hôtel au Caïre, et qu'il en faut 22 pour le même travail à Yaoundé, c'est qu'il y a problème. Ce sont des éléments que fournissent des instituts tels que Gallup international et que Transparency exploite.

La perception rend-elle finalement compte de l'origine des fonds de la corruption?

En réalité, Transparency se fonde sur la corruption active, celle qui touche les investissements étrangers qui soudoient pour obtenir une licence, dans les travaux publics, l'exploitation forestière par exemple, qui génère la petite corruption, celle des fonctionnaires véreux. L'Ong classe aussi les pays exportateurs de la corruption tel la Chine, etc.

Est-ce que l'action de Transparency au final fait effectivement reculer la corruption?

Dans le domaine des relations internationales, le classement pose aux Etats des problèmes de crédibilité qui font fuir les investisseurs. Ce qui les oblige, au niveau national, à se battre pour juguler le phénomène. Aucun organisme ne peut dire qu'il ne collabore pas, ou n'investit pas dans un pays à cause des informations publiées par Transparency, mais face à leur défection, les Etats sécurisent le système des investissements. Dans le cas du Cameroun, la réaction de l'Etat a évolué. Après un rejet et une accusation de ternir l'image du pays, les autorités ont accueilli en 2000 Peter Eigen, le président de Transparency international. A l'avenir on peut penser que beaucoup d'acteurs privés vont influencer ainsi les relations internationales. Mais Transparency gagnerait à associer les Etats dans le processus, pour que les résultats soient acceptés par tous.

Au risque de se faire corrompre...

Peut être, mais la démarche doit être participative.

Jean Baptiste Ketchateng, Mutations
Article publié le mardi 11 janvier 2005
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