Niger: MEMORANDUM du 21 Octobre 2012 Collectif des Organisations de la Société Civile Nigérienne
La récente évolution politique de notre pays fait apparaître un enchaînement fait de remise en cause du processus démocratique, des luttes citoyennes pour s’opposer à tout recul, de coup d’état et de retour à l’ordre constitutionnel normal.La dernière parenthèse militaire a permis l’arrivée au pouvoir des autorités de la 7ème République avec à leur tête le Président du PNDS-Tarayya, Issoufou Mahamadou, plébiscité par le peuple nigérien après une vingtaine d’années de luttes à l’opposition. Sa consécration à la Présidence de la République avait suscité un immense espoir dans les rangs des démocrates et des masses laborieuses.Malheureusement, moins de deux ans après son accession à la magistrature suprême, le Programme de Renaissance du Niger sur la base duquel il avait été élu reste un paquet de promesse sans suite. Pire, l’homme du peuple, proche du peuple, à l’écoute du peuple, se transforme, sous la houlette, de son précarré, en un Chef inaccessible aux plaintes d’un peuple qui lui a tout donné et qui attend en retour plus de dignité et d’honneur.
Cet espoir des Nigériens était légitimement fondé du moment que l’avènement au pouvoir des « forces démocratiques » avait coïncidé avec l’exploitation et la commercialisation des produits du pétrole brut nigérien raffiné sur notre propre territoire.L’illusion allait être de courte durée puisque sous l’instigation du Fonds Monétaire International, les autorités nigériennes allaient fixer des prix sans aucun rapport avec le vécu quotidien des Nigériens qui se sont mis, individuellement comme collectivement, à demander aux dirigeants du pays à consentir un prix socialement acceptable.Face à cette légitime aspiration du Peuple Nigérien souverain, la réponse du régime dépassa tout entendement. Elle est faite de mutisme, reniement des engagements électoraux, de provocation et de répression.La dernière répression en date est cette brusque et bestiale arrestation dans les rangs des conducteurs de taxi et des transporteurs des hydrocarbures pour avoir juste exercé un droit constitutionnel.Dans le même moment, la rentrée scolaire de cette année a permis à l’opinion de se rendre compte de l’immense pagaille instaurée dans le système éducatif. Pire, les parents d’élèves et d’étudiants ne se font plus d’illusion sur la gratuité promise, sur l’affectation des 25% du budget national à l’éducation, sur les constructions de classe en matériaux définitifs et sur le recrutement d’enseignants contractuels qualifiés.Alors que l’éducation des enfants devient une équation difficile à résoudre pour l’écrasante majorité des ménages vivant en dessous du seuil de la pauvreté, les produits de première nécessité ne font que grimper sans aucune réaction du côté du gouvernement pour adopter des mesures susceptibles de soulager des populations démunies, souvent victimes d’inondations.C’est dans ce contexte que des Organisations de la Société Civile Nigérienne ouvrent le débat sur la situation sociale que vivent les populations et posent les exigences contenues dans le présent mémorandum soumis à l’appréciation du Gouvernement de la 7ème République :Des ressources pétrolières et minièresAu lendemain de la mise en exploitation des produits pétroliers, et de la fixation des prix par les autorités de la 7éme République, les nigériens, dans leur grande majorité, les avaient jugés socialement inacceptables d’où les multiples appels à leur révision à la baisse.Pour le commun de nigériens, la réduction des prix des hydrocarbures participent de la lutte contre la vie chère en ce sens que cela a une incidence sur la chaîne des dépenses des ménages.L’inquiétude des populations est d’autant plus fondée que l’exploitation des autres ressources telles que l’uranium et l’or continue de se faire dans un climat d’opacité et de remise en cause des acquis de la souveraineté de notre peuple.En conséquence, les Organisations de la Société Civile Nigérienne, soucieuse du bien-être des populations que le Chef de l’Etat visitait régulièrement pendant ses années d’opposition, réaffirment : - l’exigence de la réduction sensible des prix de ces hydrocarbures.- Le respect strict du protocole d’accord signé entre le Gouvernement et le syndicat des transporteurs des hydrocarbures ;- la renégociation des contrats miniers et pétroliers ;- la nigerisation de certains postes de responsabilité stratégiques et de sous-traitance au niveau du secteur des industries extractives De la situation de l’école nigérienneLe dernier Forum de l’éducation, tenu à Niamey du 07 au 08 octobre 2012, a relevé une situation dramatique. A titre illustratif, l’année scolaire passée a consacré un renvoi massif de plus de 52.000 élèves dans les cycles secondaires et plus de 9.000 autres admis au BEPC n’ont pas été orientés.Cette situation est aggravée par la prépondérance des classes sous paillotes dont le Chef de l’Etat est passé aux aveux quant à l’impossibilité de leur résorption au cours de son quinquennat.La massification des effectifs au primaire s’accompagne d’une pléthore d’enseignants sans motivation et souvent sans formation initiale. Les promesses électorales liées au secteur de l’éducation se sont transformées en un mirage qui ne laisse plus aux parents d’élèves et d’étudiants quant au vrai devenir de l’école nigérienne. La marchandisation de l’école publique s’accompagne d’une forte imposition du privé. Dès lors, les frais de scolarité déjà en augmentation dans le public pourraient connaître le même sort dans le privé. Pour arrêter l’hémorragie dans le système éducatif nigérien et promouvoir la stabilité dans le secteur, pour permettre aux enfants du Peuple de s’inscrire dans les filières de formation professionnelle à des coûts relativement supportables, le Collectif des Organisations de la Société Civile Nigérienne exige :- Le respect de tous les engagements électoraux concernant l’éducation pris par le Président de la République et déclinés dans la Déclaration de Politique Générale du Premier ministre, Chef du Gouvernement ;- Le respect des engagements souscrits dans des protocoles d’accord signés entre le Gouvernement et les partenaires sociaux ;- Le respect du protocole d’accord signé entre le Gouvernement et la coalition Equité / Qualité contre la vie chère en 2007 sur la réduction des frais de scolarité de certains établissements publics professionnels ;- L’ouverture des négociations entre le Gouvernement et les promoteurs des écoles privées en vue de déterminer la nature d’imposition applicable dans ce secteur ;De la vie chèreLa politique de libéralisation promue par les différents régimes qui se sont succédé grève dangereusement le pouvoir d’achat déjà faible des populations nigériennes. Il résulte que les prix des denrées de première nécessité grimpent à telle enseigne qu’un grand nombre de ménages ne peuvent plus s’assurer les trois repas par jour.Cette situation est exacerbée par la hausse des prix des services essentiels de base tels que l’eau, l’électricité et le logement.En conséquence, les Organisations de la Société Civile Nigérienne exigent des autorités de la 7ème République :- La prise des décisions courageuses en vue de lutter contre la cherté de la vie notamment en promulguant la loi en la matière ;- La révision à la baisse des prix du kW et du m3 d’eau ;- L’adoption par l’Assemblée Nationale du code de baux et loyers.De la situation sécuritaireLa situation née de l’occupation d’une partie du territoire malien par des islamistes et la dernière prise d’otages au Niger plus précisément à Dakono doit nous interpeller à plus de vigilance et de cohésion en vue de sécuriser notre peuple qui n’aspire qu’à la paix.C’est pourquoi le collectif de la société civile nigérienne exige du gouvernement :- un soutien sans faille à nos forces de défenses et de sécurité,- un contrôle effectif de toutes nos frontières en vue de contrecarrer toute velléité de nuire à notre peuple;- le retour d’un climat politique et social apaisé entre tous les fils et toutes les filles du Niger, dans l’esprit de l’appel lancé par le Président de la République, Chef de l’Etat le mardi 16 Octobre 2012Vive la Société civile nigérienne unie et forte !!!Fait à Niamey, le 21 Octobre 2012
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