Or en Afrique : « Les gouvernements traitent les mineurs artisanaux comme des parias », Alan Martin (LBMA)
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Or en Afrique : « Les gouvernements traitent les mineurs artisanaux comme des parias », Alan Martin (LBMA)
Date de création: 31 octobre 2026 17:18
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(Agence Ecofin) - L’or artisanal représente une part importante de la production africaine, mais une grande partie échappe encore aux circuits officiels et aux exigences des acheteurs internationaux. Pour mieux contrôler ce segment et capter ses revenus, des pays ouest-africains réorganisent la commercialisation et développent le raffinage. Ces efforts se heurtent toutefois aux exigences de traçabilité de la London Bullion Market Association (LBMA), qui définit les standards de référence sur le marché mondial et tient une liste de raffineurs agréés, dite Good Delivery.
Alan Martin, responsable de son programme d’approvisionnement responsable, explique comment rapprocher les producteurs artisanaux africains des circuits internationaux.
Alan Martin, responsable du programme d’approvisionnement responsable de la LBMA
Agence Ecofin : Depuis quelques années, plusieurs Etats africains accélèrent leurs efforts pour mieux intégrer l’exploitation minière artisanale et à petite échelle aux circuits officiels. La London Bullion Market Association dispose d’une initiative mondiale qui contribue à cet objectif. Quels obstacles cherchez-vous à lever ?
Alan Martin : Je pense que, traditionnellement, et c’est particulièrement vrai à l’échelle du continent africain, les gouvernements adoptent une attitude très critique à l’égard des mineurs artisanaux. Ils traitent ces personnes en parias, au lieu de les considérer comme des acteurs susceptibles d’être intégrés au secteur formel. Car en formalisant les activités des mineurs artisanaux, on pourrait faire entrer leur production dans le système légal et résoudre une partie des problèmes qui touchent ce secteur.
Pendant longtemps, les efforts se sont notamment appuyés sur le cadre de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, Ndlr), qui constitue le fondement des lignes directrices sur l’approvisionnement responsable en or. Mais intégrer la production artisanale aux chaînes d’approvisionnement légales s’est révélé très difficile, notamment dans des environnements marqués par les conflits et la faiblesse des institutions publiques. Nous avons donc essayé d’aborder cette question différemment, en nous concentrant sur des pays qui disposent d’une production aurifère importante, sont en paix, et où les autorités sont plus disposées à rechercher des solutions pour formaliser le secteur.
C’est dans cette perspective que la LBMA a lancé, en 2022, son initiative consacrée à l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. Nous avons notamment examiné la situation de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Sénégal. Nous avons également élaboré une boîte à outils adaptée à la production artisanale, l’ASM Toolkit. Je pense qu’avec le temps, sans que cela ait été intentionnel, les normes sont souvent devenues trop exigeantes pour que la plupart des acteurs puissent les appliquer.
Nous essayons de trouver un niveau d’exigence qui garantisse la crédibilité du dispositif, en prenant en compte les enjeux liés aux conflits et aux impacts environnementaux, notamment l’utilisation du mercure. Il s’agit de commencer à travailler avec les mineurs, tout en leur accordant, pour certaines exigences, un délai afin qu’ils puissent les mettre en œuvre. À mon sens, cette approche devrait jouer un rôle déterminant pour lever les obstacles et attirer certains acteurs qui souhaitent exercer leurs activités dans le cadre légal, mais qui, jusqu’à présent, se sont toujours heurtés à des difficultés les empêchant de le faire.
AE : Votre initiative a déjà donné lieu à des actions concrètes au Ghana, et vous échangez également avec d’autres pays ouest-africains. Quelles avancées et quelles difficultés observez-vous dans la sous-région ?
AM : Certains pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana se distinguent par des évolutions encourageantes. Tout n’y est pas parfait, mais je pense qu’il existe davantage d’ouverture et de possibilités pour établir ces liens entre les différents acteurs de la chaîne d’approvisionnement. Au Ghana, par exemple, il y a eu un changement d’administration depuis que nous avons commencé notre collaboration avec le pays. Mais les deux gouvernements successifs ont affiché leur volonté de s'attaquer aux dégâts environnementaux considérables causés par l’ASM.
Lorsque les centres internationaux de commerce appliquent des normes différentes en matière d’approvisionnement, l’or va là où les acteurs posent le moins de questions. L'absence d’harmonisation crée des conditions favorables aux activités illicites.
Il reste néanmoins certaines questions à régler avec le GoldBod [organisme public créé en 2025 pour encadrer l’achat, la commercialisation et l’exportation de l’or artisanal, Ndlr]. Nous devons notamment le convaincre que nos raffineurs ont besoin d’une visibilité complète sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Le GoldBod cherche encore à garder le contrôle sur les vérifications préalables, ainsi que sur le degré d’accès aux informations permettant de retracer la chaîne d’approvisionnement.
En Côte d’Ivoire, je pense qu’il existe aussi de bons exemples de partenariats entre des compagnies minières industrielles et des mineurs artisanaux dont les activités se situent à proximité de leurs concessions respectives. Ces acteurs essaient de trouver des moyens de coopérer et de travailler ensemble. Ces initiatives présentent encore beaucoup de faiblesses, mais je pense que la volonté de coopérer est bien présente.
AE : Une fois extrait, une part importante de l’or artisanal produit en Afrique se retrouve sur les marchés internationaux sans passer par les circuits officiels. Comment limiter les possibilités pour l’or d’origine non vérifiée de rejoindre ces marchés ?
AM : La LBMA mène depuis plusieurs années une initiative consacrée aux grands centres internationaux du commerce de l’or, l’International Bullion Centre Initiative. Son objectif est de favoriser les discussions et les partenariats entre des places comme Dubaï, Hong Kong ou la Turquie, afin de trouver des moyens d’harmoniser leurs politiques et leurs pratiques.
Lorsque ces centres appliquent des normes différentes en matière d’approvisionnement, l’or emprunte le chemin de moindre résistance : il va là où les acteurs posent le moins de questions. Cette absence d’harmonisation crée des conditions favorables aux activités illicites, voire les encourage. Nous avons eu cette année des discussions assez productives sur ce sujet, avec l’objectif de trouver de meilleurs moyens de coopérer.
Les échanges pourraient notamment porter sur les flux d’or artisanal. Comment cet or entre-t-il dans les différents pays ? Comment les transactions sont-elles réglées ? Les paiements en espèces constituent, par exemple, un problème. Nous essayons de trouver des solutions permettant de répondre ensemble à ces difficultés.
AE : Parallèlement au renforcement des contrôles sur l’or artisanal, plusieurs pays ouest-africains cherchent à développer le raffinage local. Après la construction des usines, quelles conditions doivent-ils réunir pour gagner la confiance des acheteurs internationaux ?
AM : Sur le plan matériel, construire une raffinerie est avant tout une question de capital. Il faut trouver les financements nécessaires. Mais l’un des problèmes qui affectent depuis longtemps le secteur africain est que l’or échappe souvent aux mécanismes de gouvernance appropriés. Il peut transiter par des marchés secondaires et être déclaré, à tort, comme de l’or recyclé.
Cela complique considérablement les vérifications sur son origine. Les raffineries figurant sur la liste Good Delivery de la LBMA doivent être en mesure de rendre compte de l’origine des matières qu’elles traitent. Lorsque l’or passe successivement par des marchés secondaires, cela compromet cette capacité de vérification. Ceux qui se contentent de dire « Nous pouvons simplement construire une raffinerie » passent donc à côté de l’essentiel. L’approvisionnement responsable doit constituer le fondement même de leurs pratiques commerciales.
Il faut aussi comprendre que les raffineries figurant sur la liste Good Delivery de la LBMA doivent respecter certaines exigences minimales concernant les volumes d’or qu’elles traitent chaque année. Pour qu’une telle activité soit commercialement viable, il faut disposer de plusieurs partenaires et de différentes sources d’approvisionnement. On ne peut pas simplement se contenter de traiter de l’or provenant de sources dont on ne connaît pas nécessairement l’origine.
AE : Le Ghana affiche justement son ambition de se rapprocher de l’agrément Good Delivery de la LBMA. En dehors du GoldBod qui s’occupe de commercialiser l’or des mineurs artisanaux, un partenariat a été noué entre une raffinerie ghanéenne et la raffinerie sud-africaine Rand pour œuvrer à cette fin. Quelles sont les chances du pays ?
AM : Le Ghana est sur la bonne voie. Ce partenariat entre Rand Refinery et Gold Coast Refinery constitue un moyen d’assurer un accompagnement et un transfert de compétences entre une raffinerie figurant déjà sur la liste Good Delivery et un nouvel acteur. Il s’agit de lui montrer quelles sont les bonnes pratiques, ce que le marché international attend en matière d’approvisionnement et de raffinage de l’or, et surtout, ce qu’implique concrètement une procédure de diligence raisonnable correctement menée.
L’un des problèmes qui affectent depuis longtemps le secteur en Afrique est que l’or échappe souvent aux mécanismes de gouvernance appropriés.
J’espère donc que ce partenariat avec Rand Refinery pourra être reproduit avec d’autres raffineries qui ont la même ambition d’obtenir, à terme, le statut Good Delivery. Mais il faut que cet accompagnement leur permette d’être réellement préparées, au moment de déposer leur candidature, aux exigences rigoureuses auxquelles leurs activités seront soumises. Car je pense que certains acteurs peuvent parfois faire preuve d’une ambition excessive en déposant une candidature avant d’être véritablement prêts. Ils veulent, en quelque sorte, courir avant de savoir marcher.
C’est précisément sur cet aspect que nous espérons intervenir à travers ce partenariat, en soutenant Rand Refinery dans son rôle d’accompagnement de Gold Coast Refinery.
AE : Au-delà du Ghana, quelles mesures les gouvernements ouest-africains devraient-ils prendre pour développer des chaînes d’approvisionnement en or artisanal responsables ?
AM : C’est une question difficile. J’aimerais qu’il suffise d’une, deux ou trois mesures pour résoudre tous les problèmes du secteur minier artisanal. Mais je pense que la situation est plus complexe que cela. Néanmoins, si je devais formuler quelques recommandations, je dirais certainement que les pays devraient chercher à faire des raffineries figurant sur la liste Good Delivery, la destination finale de leur or. C’est ce qui permettra de renforcer la crédibilité de leur pays et de leur marché aurifère.
L’un des moyens d’y parvenir serait de mettre en œuvre notre boîte à outils consacrée à l’exploitation minière artisanale, en faisant une sorte de norme minimale obligatoire pour la traçabilité et la commercialisation de l’or. Les gouvernements pourraient ainsi exercer un meilleur contrôle sur leur chaîne d’approvisionnement, et faciliter les vérifications nécessaires aux raffineries Good Delivery qui souhaitent s’approvisionner dans leurs pays.
Il y a aussi le recours aux agrégateurs, qui regroupent les achats auprès de plusieurs producteurs. Ils peuvent acheminer l’or vers des partenaires nationaux capables de le raffiner et de le traiter, avant de le transférer aux raffineries figurant sur la liste Good Delivery. Cela permettrait de fournir des volumes plus importants et des livraisons plus régulières. L’un des problèmes de l’or artisanal est en effet l’irrégularité de l’approvisionnement, avec de petites quantités provenant de sources dispersées. Un fournisseur peut livrer de l’or un mois, puis ne rien fournir le mois suivant, par exemple en raison de la saison des pluies. En regroupant plusieurs sources, les agrégateurs donnent aux raffineurs une plus grande prévisibilité.
Ces raffineries intermédiaires et ces agrégateurs disposent aussi de meilleures capacités pour effectuer les vérifications attendues par les partenaires situés plus en aval de la chaîne. Jusqu’à présent, une grande partie de cette responsabilité a été imposée directement aux mineurs, qui font partie des acteurs les plus vulnérables de la filière. Si l’on transfère davantage cette responsabilité vers les partenaires disposant des moyens financiers et des compétences nécessaires, cela pourrait changer la manière dont l’or africain est perçu et accueilli sur le marché international.
Propos recueillis par Emiliano Tossou
Edité par : Feriol Bewa
Lire aussi : 06/07/2026 - Raffineries d’or : pourquoi le succès des Etats ouest-africains dépend d’une bourse anglaise
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