Education : L’affaire dite du « lycée de Nsam » ou l’échec de l’éducation parentale ?
Objet : À propos du drame du Lycée technique de Nsam
Mesdames,
Messieurs,
C’est avec une immense tristesse que j’ai appris ce matin le décès tragique de deux jeunes compatriotes.
Deux jeunes qui, pour s’auto-scolariser, faisaient la moto-taxi le week-end et pendant les congés. Le propriétaire de la moto quittait Mbalmayo tous les matins à 4h pour venir chercher le savoir au Lycée Technique de Nsam. Au lieu de se retrouver dans une salle de classe, ils ont été renvoyés dehors pour aller se faire beaux au goût de Madame le Proviseur.
Sapristi !
Tout en m’inclinant devant la mémoire des disparus et en compatissant avec les familles éplorées, je condamne avec la dernière énergie l’escalade qui a suivi : jets de pierres sur les enseignants, affrontements avec les forces de l’ordre, destruction d’édifices.
L’école n’est pas le refuge des délinquants. Ce n’est pas non plus un terrain de pillage pour badauds profitant d’un relâchement sécuritaire. Ceux qui se sont rendus coupables d’actes infractionnels doivent être sévèrement punis. On ne s’enrichit pas sur le sang de ses camarades.
*Mais posons les vraies questions.*
Il m’est rapporté que certains Proviseurs nouvellement nommés font dans la gesticulation. On les décrit comme très agités, voulant tout faire et être partout, estimant que les Surveillants Généraux ne font pas bien leur travail. J’espère que ce n’est pas le cas au Lycée Technique de Nsam.
Chers acteurs du système éducatif,
Comment un enfant peut-il être renvoyé à la maison juste pour une coiffure ? Le lycée est-il devenu une agence de mannequinat ? Quand bien même la coiffure ne serait pas conforme, vous pouviez simplement tailler quelques centimètres avec des ciseaux, comme le faisaient les établissements confessionnels privés, pour interpeller les parents.
J’ai toujours été contre le fait de raser les enfants. L’école n’est pas un camp militaire. Ce n’est pas une caserne de police. Et ce n’est pas un podium.
Le paradoxe est cruel : la plupart des parents rigoristes, enseignants et Proviseurs qui jouent les gendarmes de la coiffure, envoient leurs propres enfants dans les écoles françaises et américaines où les longues coiffures, les locks et les tresses sont autorisées. Ces mêmes enfants reviennent au Cameroun faire la pluie et le beau temps dans nos grandes écoles, dans les recrutements des sociétés publiques et parapubliques. Ils deviennent subitement plus intelligents que tous les autres. Leurs mentions sont d’ailleurs toujours « spéciales ».
Comment devient-on Proviseur, Censeur, Surveillant Général dans nos lycées publics ?
Quand on atteint ce niveau sans trajectoire objective ni traçabilité effective, on ne peut que se comporter en bourreau, en baron, en fouettard.
Je suis désolé de décevoir les zélateurs du système éducatif répressif, ceux qui croient encore que « le cerveau du Noir est aux fesses ». Je suis horripilé de constater qu’au 21ème siècle, on croit encore qu’il faut fouetter, dissuader, opprimer, humilier et brimer pour éduquer.
Sachez ceci : à l’école aujourd’hui, il n’y a plus seulement des mineurs. Il y a des adultes qui reviennent chercher le savoir. On ne peut plus les gérer avec la pédagogie, science de l’enseignement aux enfants. Les adultes obéissent à une autre science : l’andragogie.
Les jeunes morts sur la route de Nsam étaient certes des élèves, mais c’étaient des adultes responsables qui avaient décidé de payer eux-mêmes leurs études avec la moto. Le propriétaire quittait Mbalmayo à 4h du matin pour apprendre. Un tel jeune ne méritait-il pas de vivre ?
À cause des caprices d’une éducatrice restée prisonnière des geôles du Moyen Âge, avec des pratiques héritées de la traite négrière, on envoie des enfants qui devraient être en classe dans la rue pour aller se faire beaux. Voilà ce que les primates appellent la discipline dans les pays pauvres et très endettés.
Triste. Bien triste. Bien dommage.
Et il s’en trouve encore pour justifier cette insalubrité mentale !
LE CAMEROUN SE RÉVEILLERA UN JOUR DE SON COMA PROFOND.
PROFITONS ENCORE DE LA DICTATURE ET DE LA MÉDIOCRITÉ POUR AVOIR DROIT AU CHAPITRE DANS CETTE TERRE DE MISÈRE, MUSÉE DES DÉCOMBRES.
« Il pleut dans mon cœur », disait le philosophe Jean-Baptiste Obama.
J’espère que cette lettre convaincra certains que tout n’est pas perdu. Je sais aussi que plusieurs seront en colère, qu’ils me haïront et m’insulteront. J’aurai ainsi atteint ma cible.
Énervez-vous, mais changez. Voilà ce qui m’intéresse.
Très cordialement.
LE MPODOL
Stéphane Edzigui – La Sentinelle
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