Evènements du 17 Octobre 1961 à Béjaïa: Le devoir de mémoire intergénérationnel
A Béjaïa comme à travers tout le territoire national, une minute de silence a été solennellement observée hier, samedi 17 octobre 2026, à 11h00, en hommage aux martyrs de la tragique répression des manifestations pacifiques d’Algériens à Paris, marquant l’une des pages les plus sombres de l’histoire contemporaine du pays. Les autorités locales se sont rassemblées dès les premières heures de la matinée pour marquer cette date instituée en hommage national annuel. Présidée par Mohamed Mehdi, secrétaire général de la wilaya et chargé de la gestion des affaires locales, une cérémonie a été organisée à l’occasion, réunissant les membres de la commission de sécurité, les élus locaux, ainsi que des figures de la famille révolutionnaire et de l’Organisation nationale des moudjahidine. Placée sous le slogan évocateur «Des profondeurs de la mémoire vers les horizons de l’avenir», cette journée de commémoration a replongé la mémoire collective dans l’une des dates les plus sombres de la guerre d’Algérie. Le soir du 17 octobre 1961, la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN) avait appelé à une manifestation pacifique à Paris pour protester contre le couvre-feu discriminatoire imposé exclusivement aux «Français musulmans d’Algérie» (FMA) par le préfet de police Maurice Papon. Des dizaines de milliers d’Algériens, familles, femmes et enfants compris, étaient descendus dans le calme sur les Grands Boulevards, près de Saint-Michel et de la Concorde. La réponse des forces de l’ordre fut d’une violence inouïe : charges à coups de matraque, milliers d’arrestations suivies d’internements massifs dans des stades, et manifestants jetés dans la Seine, grièvement blessés ou déjà inertes. Pendant de longues décennies, l’ampleur de ce massacre a été étouffée par les autorités françaises avant que le travail rigoureux des historiens et la mobilisation des associations ne révèlent un bilan estimé à plusieurs dizaines, voire centaines de morts et de disparus. A Béjaïa, le programme commémoratif a alterné entre hommages institutionnels et passages de témoin intergénérationnels. Au sanctuaire et au Musée du moudjahid ont eu lieu la levée des couleurs nationales et le dépôt d’une gerbe de fleurs, suivis de la lecture de la Fatiha. Ces moments forts ont été couronnés par une visite guidée des expositions documentaires mettant en lumière la contribution immortelle de la diaspora algérienne. Sur le plan culturel, une série d’activités a été organisée, comprenant notamment la projection de films documentaires et l’interprétation de chants patriotiques par les élèves de l’école «Chahid Soummari». Un hommage appuyé a ensuite été rendu au moudjahid Bakouri Khelaf, ancien membre de la Fédération du FLN en France et acteur clé de la préservation de la mémoire nationale. A Akbou, un colloque national baptisé du nom de Abderrahmane Farès
(«Trajectoire d’un homme d’État entre engagement, gouvernance et dialogue») a réuni des universitaires de renom, à l’instar d’Ali Battache et du professeur Outtmane Settar, pour décortiquer le parcours du militant et ancien dirigeant.
Hocine Cherfa
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