Kérouané : à 120 ans, Yanka Bréma Camara raconte l’histoire et les origines de la sous-préfecture de Linko
Située à 45 kilomètres du chef-lieu de la préfecture de Kérouané, Linko est une sous-préfecture qui compte aujourd’hui 42 villages et une population estimée à 17 767 habitants. Mais derrière cette organisation administrative se cache une histoire ancienne, transmise de génération en génération. À 120 ans, Yanka Bréma Camara, doyen de la localité, raconte avec une mémoire impressionnante les origines de Linko, l’installation de son grand-père, les premières activités de chasse et d’agriculture, ainsi que les traditions qui ont marqué la naissance et l’évolution du village, a constaté Guineematin.com à travers son envoyé spécial.
Bien avant son statut administratif actuel, Linko était un espace couvert de végétation, notamment par les animaux sauvages. C’est dans cet environnement que le grand-père de Yanka Bréma Camara a décidé de s’installer, après avoir quitté son village d’origine, Woussoudou, à la recherche d’un endroit où il pourrait construire sa vie.
À 120 ans, le vieux Yanka Bréma Camara replonge dans les souvenirs transmis par ses ancêtres. Son récit, profondément ancré dans la tradition orale, permet de comprendre comment ce qui n’était au départ qu’un espace sauvage est progressivement devenu un village, puis une sous-préfecture.
« Notre grand-père est venu de Woussoudou, non loin d’ici. Il y avait trois frères de même mère et notre grand-père était le plus jeune. Il a d’abord cultivé pour l’un de ses grands frères. Lorsque le fils aîné de celui-ci s’est marié, son frère l’a libéré. Notre grand-père s’est alors rendu chez un autre grand frère. Là également, il a travaillé avec lui jusqu’au mariage du fils aîné de ce dernier. Après cela, il a décidé d’aller voir son frère aîné qui se trouvait à Köyöla pour lui expliquer que ses deux autres frères avaient trouvé des femmes pour leurs enfants et qu’ils l’avaient donc libéré », explique-t-il.
Selon le récit du doyen, son grand-père était également chasseur. Après avoir échangé avec son frère aîné, il lui a fait partie de son souhait de partir « se promener », avec l’espoir de trouver un endroit où il pourrait s’installer et bâtir son avenir.
« Notre grand-père a proposé à son frère, puisqu’il était chasseur, qu’il voulait aller se promener. Son frère lui a donné sa bénédiction. Après cela, il a réuni ses frères pour leur dire qu’après sa mort, ils devraient donner tout son héritage à Sadigbè Camara, qui était notre grand-père. Notre grand-père s’est ensuite rendu à Kissadou, où se retrouve certains de nos parents. Il leur a dit : mes frères, je pars me promener dans l’espoir de trouver les moyens de me marier », raconte-t-il.
C’est au cours de cette quête que Sadigbè est arrivé sur le territoire correspondant aujourd’hui à Linko. À cette époque, raconte Yanka Bréma Camara, l’endroit était loin de ressembler au village actuel. Il n’y avait ni habitations, ni routes, ni infrastructures. La végétation dominante et les animaux sauvages fréquentaient les lieux.
« Il est venu ici et, à ce moment-là, il n’y avait que des herbes. C’étaient les buffles qui ensuite manger ces herbes. Il est allé dire à ses frères qu’il avait trouvé un endroit où il pouvait s’installer. Comme il y avait beaucoup d’affection entre les anciens parents, ceux-ci lui ont demandé de laisser l’un de leurs esclaves venir cultiver ici pendant une saison, afin de s’assurer qu’il ne lui arriverait rien de mal. Celui-ci est venu cultiver et rien ne lui est arrivé », at-il indiqué.
Rassuré par cette première expérience, le grand-père de Yanka Bréma Camara a poursuivi son installation. La chasse occupeait alors une place importante dans son quotidien. Il parcourait les environs à la recherche de gibier et réussissait à abattre de nombreux animaux.
« Notre grand-père continuait ses activités de chasse. Il a tué beaucoup d’animaux. Entre-temps, un karamoko est venu lui rendre visite. Lorsque celui-ci était prêt à repartir, notre grand-père lui a donné un esclave et un mouton. Le karamoko lui a alors dit qu’il allait reporter son voyage et s’est mis à écrire beaucoup de choses », soutient-il.
C’est à partir de cet épisode que le récit prend une dimension particulièrement symbolique. Le karamoko a demandé à Sadigbè s’il pouvait lui procurer une tête de buffle. Le chasseur est alors parti derrière sa concession et a tué un jeune buffle.
« Le karamoko a demandé à notre grand-père s’il pouvait avoir une tête de buffle. Notre grand-père s’est rendu derrière la concession, où il a tué un jeune buffle. Il a envoyé sa tête, qui a ensuite été mise sous terre ici, dans le village. Ils ont mis de l’or dans la bouche de la tête du buffle avant de l’entrer au beau milieu du village », at-il dit.
Pour Yanka Bréma Camara, cette histoire fait partie des récits fondateurs transmis par les anciens. Elle rappelle une époque où les décisions importantes de la communauté se prenaient autour de la maison de Fakissadou, située au cœur du village.
« Toutes les réunions du village se tenaient auprès du domicile de Fakissadou, au beau milieu du village. Quand quelqu’un disait que le dossier devait aller chez les sages, ton cœur battait beaucoup. Cela montre toute l’importance qu’on accordait à la parole des anciens et aux décisions prises au sein de la communauté », at-il indiqué.
Le nom de Linko est lui-même lié à un point d’eau qui occupe une place importante dans la vie des premières populations installées sur le territoire.
« Le nom de Linko vient du marigot Lenlenko. C’est là-bas que les femmes allaient puiser de l’eau. C’est comme cela que Linko a été créé », explique-t-il.
Au fil des années, le petit village s’est développé. Les populations se sont installées, les familles se sont agrandies et les activités agricoles et pastorales ont progressivement structuré la vie locale.
De simple espace d’installation pour quelques familles, Linko est devenu un village important, avant d’accéder au statut de sous-préfecture dans les années 1960. Aujourd’hui, la localité compte 42 villages et une population de 17 767 habitants.
Pour le doyen, cette évolution est une source de fierté. Il estime que l’une des principales forces de Linko réside dans son hospitalité et dans la capacité de ses habitants à accueillir les personnes lieux d’ailleurs.
« Dieu merci, le village est aujourd’hui peuplé. Les gens viennent. Nous sommes très ouverts envers les étrangers. Nous avons beaucoup de parents qui vivent aujourd’hui en dehors du village. Ils sont même plus nombreux que nous qui vivons ici aujourd’hui », at-il indiqué.
À 120 ans, Yanka Bréma Camara apparaît ainsi comme une véritable mémoire vivante de Linko. À travers son récit, ce sont plusieurs générations qui se racontent : celle des premiers chasseurs et cultivateurs, celle des anciens gardiens de la tradition et celle des habitants qui ont vu le village se transformer progressivement.
Aujourd’hui, l’agriculture et l’élevage restent au cœur des activités des populations. Mais Linko n’est plus le territoire couvert d’herbes où les buffles autrefois paître. La localité est devenue une sous-préfecture organisée, avec des dizaines de villages et plusieurs milliers d’habitants.
Entre mémoire, tradition orale et transformation sociale, l’histoire racontée par Yanka Bréma Camara rappelle surtout l’importance des anciens dans la conservation de l’identité des communautés. À travers leurs souvenirs, les jeunes générations découvrent les origines de leurs villages et les chemins parcourus par leurs ancêtres pour construire les territoires qu’elles habitent aujourd’hui.
De retour de Linko (Kérouané), Kaïn Naboun Traoré envoyé spécial de Guineematin.com
Tél. : (+224) 621144891
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