Feurat Alani et Nora Hamadi, deux récits sur la réalité des banlieues françaises
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À Nanterre comme à Longjumeau, Feurat Alani et Nora Hamadi choisissent de regarder la banlieue à travers deux récits, une BD-reportage et un texte autobiographique, qui restituent des territoires trop souvent réduits à leurs crises. La banlieue surgit souvent dans l’actualité à travers une mort, une émeute, un fait divers ou une polémique. Puis les caméras repartent. Restent les habitants, leurs trajectoires, leurs souvenirs et des territoires dont l’histoire se raconte rarement depuis l’intérieur. C’est précisément ce que font Feurat Alani avec Nanterre avant l’orage, publié en mai 2026 chez Steinkis, et Nora Hamadi dans La Maison des rêves, paru un an plus tôt chez Flammarion. Deux démarches différentes qui se rejoignent autour d’une même volonté : reprendre possession du récit.
Nanterre avant que les caméras n’arrivent Dans Nanterre avant l’orage, Feurat Alani et le dessinateur Ulysse Gry prennent pour point de départ le quartier Pablo-Picasso et le 27 juin 2023. Ce jour-là, Nahel, 17 ans, est tué par un policier lors d’un contrôle routier à Nanterre. Sa mort provoque plusieurs nuits d’émeutes en France et place brutalement son quartier sous les projecteurs.
Mais le livre refuse de commencer et de finir avec l’embrasement. Il remonte en amont, vers ceux qui vivent dans ces immeubles devenus en quelques heures un décor de chaînes d’information. Les auteurs s’intéressent aux familles, aux jeunes, aux solidarités et aux frustrations accumulées. Le quartier cesse alors d’être simplement le lieu où « quelque chose s’est passé » pour redevenir un espace habité. Publiée le 28 mai 2026, la BD compte 128 pages.
Cette manière de raconter prolonge le travail de Feurat Alani sur la mémoire et les territoires traversés par la violence. Né à Paris en 1980 de parents irakiens, le journaliste a longtemps travaillé sur l’Irak et notamment Falloujah. Son roman graphique Le Parfum d’Irak lui a valu le prix Albert-Londres en 2019. En 2023, son premier roman, Je me souviens de Falloujah, a reçu le Prix de la littérature arabe créé par l’Institut du monde arabe et la Fondation Jean-Luc Lagardère. À Nanterre, cependant, il ne regarde plus une guerre lointaine. Il observe une fracture française et s’attache à montrer ce que le fracas médiatique laisse généralement hors champ.
Longjumeau, le retour aux rêves perdus Nora Hamadi emprunte une autre voie. Dans La Maison des rêves, elle revient à Longjumeau, dans l’Essonne, au quartier de la Rocade où elle a grandi avec sa grand-mère. Le titre désigne un modeste local au pied des immeubles où les enfants pouvaient faire leurs devoirs, pratiquer le théâtre, écouter de la musique et, surtout, imaginer un avenir.
Des années plus tard, après la mort de sa grand-mère, la journaliste retourne dans cette cité construite dans les années 1960 entre champs, autoroutes et nationales. Les bâtiments sont encore là, mais beaucoup de ce qui structurait la vie collective a disparu. Elle retrouve d’anciens voisins, interroge sa famille, consulte les archives et cherche à comprendre ce qui s’est défait.
Le livre ne se réduit donc pas au récit nostalgique d’une enfance populaire. Il interroge aussi la disparition progressive des associations, des services publics et des espaces qui permettaient aux habitants de ne pas être laissés seuls face aux difficultés. Hamadi relie ainsi mémoire personnelle et histoire sociale, jusqu’à poser la question du contrat passé entre la République et ses périphéries.
Feurat Anali Journaliste spécialiste des questions européennes, passée notamment par Arte et France Culture, Nora Hamadi assure depuis 2025 la revue de presse de la matinale de France Inter. Avec ce premier récit, elle déplace son regard journalistique vers un territoire qu’elle connaît autrement : non comme observatrice, mais comme ancienne habitante.
Alani travaille depuis le présent brûlant de Nanterre ; Hamadi depuis la mémoire de Longjumeau. L’un part d’un événement qui a fait irruption dans l’actualité nationale, l’autre d’un lieu presque invisible qui disparaît lentement de la mémoire collective. Entre les deux livres se dessine pourtant une même conviction : une banlieue ne se résume ni à ses tours, ni à ses statistiques, ni aux crises qui lui valent soudain une place dans les journaux. Elle est aussi faite de vies ordinaires, de transmission, de solidarités et de rêves.
Informations pratiques : rencontre croisée Feurat Alani–Nora Hamadi, samedi 3 octobre 2026 à 16 h 30, bibliothèque de l’Institut du monde arabe, Paris. Rencontre animée par Ouafa Mameche. Entrée libre sur réservation, dans la limite des places disponibles.
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