La santé des sols, nouveau front de la souveraineté alimentaire africaine
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04 octobre 2026
Actualités
La santé des sols, nouveau front de la souveraineté alimentaire africaine
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- --> Date de création: 03 octobre 2026 16:51
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(Agence Ecofin) - La restauration des terres et la résilience à la sécheresse gagne de l’importance dans l’agenda mondial. En Afrique, il s’agit d’un enjeu majeur pour l’agriculture et la sécurité alimentaire.
Du 17 au 28 août 2026, la 17e Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) s’est tenue à Oulan-Bator en Mongolie, sous le thème « Restaurer les terres, restaurer l’espoir ». La communauté internationale a voulu faire de la restauration des terres, de son financement, ainsi que des questions de la dégradation, de la sécheresse et des parcours pastoraux, des priorités économiques autant qu’environnementales.
Quelques jours plus tard, début septembre, au Forum africain sur les systèmes alimentaires (AFSF) organisé à Kigali au Rwanda, le programme Soil Values a fait entendre une voix plus directement ancrée dans les systèmes de production ouest-africains : sans sols en bonne santé, il n’y aura ni sécurité alimentaire durable, ni revenus agricoles solides, ni résilience crédible face au climat.
Le rapprochement entre les deux événements n’est pas seulement symbolique. Longtemps traitée comme une question technique, renvoyée aux agronomes, aux chercheurs ou aux programmes de conservation, la santé des sols est désormais présentée comme une variable économique, alimentaire et climatique. Sur le continent africain promis à une croissance démographique importante, elle conditionne la capacité de nombreux pays à produire davantage, mais aussi à produire mieux, à stabiliser les rendements et soutenir les revenus ruraux.
Dans la capitale rwandaise, le mot d’ordre du programme « Soil Values » était : « Investing Below Ground: Growing Africa from the Soil Up » — investir sous terre pour bâtir la croissance de l’Afrique à partir de la santé de ses sols. Derrière la formule, le programme défend l’idée que la restauration des terres ne peut pas se limiter à une recommandation agronomique ou à un appel général à « mieux gérer les terres ».
Restaurer les sols, mais surtout rendre l’adoption possible
Dans les couloirs du Centre de conventions de Kigali (KCC), le débat n’a pas opposé les fertilisants minéraux aux pratiques agro-écologiques. L’enjeu était plutôt de mettre plutôt l’accent sur la gestion intégrée de la fertilité des sols. Cette approche consiste à combiner, selon les réalités locales, les apports organiques et minéraux, les pratiques de conservation, une meilleure gestion de l’eau, les rotations et associations culturales, le conseil agricole et l’accès à des intrants adaptés.
Les solutions mises en avant comprennent notamment la cartographie numérique des sols, les recommandations agronomiques adaptées aux cultures, aux terroirs et aux conditions climatiques, les modèles de distribution groupée — les « bundle-box delivery models » — ainsi que les technologies et services de dernier kilomètre. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de disposer de connaissances sur la santé des sols, mais de faire parvenir au producteur, au bon moment et à un coût supportable, l’information, les intrants, les équipements et l’accompagnement nécessaires.
Si dans de nombreux territoires agricoles africains, l’épuisement des sols est un problème bien identifié, les obstacles restent nombreux pour l’adoption de pratiques plus durables, entre manque de liquidités, accès limité à des engrais ou amendements de qualité, insuffisance des services de conseil agricole, contraintes logistiques et insécurité foncière. Résultat, de bonnes innovations restent confinées à quelques projets pilotes, visibles lors des conférences mais marginales à l’échelle des bassins de production.
Le Sahel comme laboratoire pour une restauration productive
Face à cette situation, le programme « Soil Values » promeut surtout le renforcement des investissements, des partenariats et des dispositifs de diffusion afin que les solutions éprouvées passent du stade de l’expérimentation à celui de l’adoption massive.
Couvrant la période 2024-2033, il est conduit par l’International Fertilizer Development Center (IFDC), avec l’Organisation néerlandaise de développement (SNV) et Wageningen University & Research. AGRA, CIFOR-ICRAF, l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), ISRIC – World Soil Information et l’International Water Management Institute (IWMI) font partie de son réseau de partenaires techniques.
Le programme concentre ses interventions au Burkina Faso, au Mali, au Niger et dans le nord du Nigeria, avec une attention aux corridors d’échanges avec le Ghana et la Côte d’Ivoire. Son ambition est d’améliorer la fertilité et la capacité productive de 2 millions d’hectares de terres agricoles, tout en renforçant la résilience et le bien-être de 1,5 million de producteurs, dont 800 000 femmes. Plus de 40 bassins versants et paysages agricoles doivent également être gérés de manière durable, avec un usage plus équitable de l’eau.
Les premiers jalons sont déjà posés. En 2024, le programme a formalisé des partenariats avec des acteurs nationaux et régionaux, sélectionné 9 bassins versants pilotes selon des critères agro-écologiques, sécuritaires et institutionnels, lancé des études de référence et recensé 57 innovations technologiques. Il a aussi identifié 501 fournisseurs de services agricoles dans le Niger et le Nigeria pour organiser une offre de services intégrée reposant sur des partenariats public-privé.
Pour le compte de l’année 2025, Soil Values indique avoir formé 120 919 producteurs aux pratiques agro-écologiques, à la gestion durable des sols et à l’intensification résiliente au climat et engagé des travaux de cartographie des sols, de recherche sur l’inclusion sociale et le genre, de cartographie des acteurs et des services, ainsi que le développement de plateformes numériques.
Ces différentes interventions du programme s’inscrivent dans le cadre de la Déclaration de Nairobi, adoptée lors du Sommet africain sur les engrais et la santé des sols de 2024. Celle-ci a posé un agenda continental visant notamment à renforcer la production et la distribution d’intrants de qualité, à fournir des recommandations agronomiques ciblées à au moins 70 % des petits producteurs, à élargir l’accès au conseil agricole et à bâtir des cadres politiques et réglementaires adaptés.
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