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Économie tunisienne : Mohamed Salah Souilem appelle à sortir de la gestion de crise et à rouvrir le dossier du FMI

Économie tunisienne : Mohamed Salah Souilem appelle à sortir de la gestion de crise et à rouvrir le dossier du FMI

Croissance insuffisante, investissement public en berne, marges budgétaires réduites et chômage toujours élevé : pour Mohamed Salah Souilem, la Tunisie ne peut plus se contenter de gérer les déséquilibres au fil de l’eau. Quinze ans après la révolution, l’ancien directeur général des politiques monétaires à la Banque centrale de Tunisie (BCT) appelle à dresser un bilan, à remettre l’investissement au cœur de la politique économique et à rouvrir, sans tabou, la question du financement, y compris auprès du Fonds monétaire international (FMI). Face à une croissance qui reste insuffisante pour répondre aux besoins du pays, son message est clair : après avoir résisté aux crises, l’économie tunisienne doit retrouver les moyens d’investir et de croître.


Mohamed Salah Souilem est revenu, jeudi 24 septembre 2026, au micro de Wassim Ben Larbi dans l’émission Expresso sur Express FM, sur la situation de l’économie tunisienne. Mais au-delà du diagnostic, il s’est surtout attardé sur les leviers qui permettraient, selon lui, de sortir d’une croissance durablement faible.


Les derniers chiffres donnent la mesure du défi. Selon l’Institut national de la statistique (INS), le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 2,3% au deuxième trimestre 2026 en glissement annuel, après 2,6% au premier trimestre. Sur l’ensemble du premier semestre, la croissance s’est établie à 2,4%, alors que le budget de l’État pour 2026 repose sur une hypothèse de 3,3% pour l’ensemble de l’année.


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Mohamed Salah Souilem estime également qu’il sera difficile de dépasser une croissance de 2,5% en 2027. Il pointe notamment les contraintes qui continuent de peser sur l’activité, dont la rareté de l’eau. Mais pour lui, le problème dépasse largement les performances d’un trimestre ou d’une année : c’est la trajectoire économique suivie depuis quinze ans qu’il faut désormais examiner.


Quinze ans après, Souilem réclame un bilan L’ancien responsable de la BCT appelle à dresser un véritable bilan des quinze dernières années : identifier les secteurs qui ont soutenu la croissance, ceux qui ont perdu du terrain et comprendre pourquoi l’économie tunisienne ne parvient plus à retrouver des rythmes de croissance plus élevés.


Il cite notamment l’énergie, le phosphate, le tourisme ainsi que les industries mécaniques et électriques. Le tourisme a progressivement repris, relève-t-il, mais sans encore exploiter pleinement son potentiel. Plus largement, il s’inquiète du recul de la position tunisienne sur les marchés extérieurs.


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S’appuyant sur des données figurant, selon lui, dans le rapport annuel de la BCT, Mohamed Salah Souilem indique ainsi que la part de marché de la Tunisie serait passée d’environ 0,6% en 2010 à 0,5% aujourd’hui, alors que certains pays concurrents ont amélioré leur position sur la même période. Pour lui, l’enjeu n’est donc plus seulement de constater la faiblesse de la croissance, mais de comprendre ce qui l’a provoquée et de déterminer les secteurs sur lesquels le pays peut réellement s’appuyer.


Il plaide, dans cette perspective, pour une structure capable de réfléchir à une stratégie de développement sur le long terme, évoquant notamment l’idée d’un Conseil supérieur du développement. L’objectif serait de dépasser la gestion des urgences pour définir une vision économique et les moyens de la mettre en œuvre.


La question de l’emploi renforce l’urgence de ce bilan. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage s’est établi à 14,9%, contre 15% trois mois auparavant. Mais cette légère baisse s’est accompagnée d’une contraction de la population active et du nombre de personnes occupées. Plus préoccupant encore, le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur a grimpé de 24,2% à 26,6% en trois mois.


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Pour Mohamed Salah Souilem, retrouver une croissance plus élevée conditionne à la fois la création d’emplois et la capacité de l’État à générer davantage de ressources.


Remettre l’investissement au centre de la machine C’est précisément là que se situe le cœur de son raisonnement. Une croissance trop faible limite les recettes fiscales alors que les dépenses publiques continuent de peser lourdement sur le budget. Les déficits doivent ensuite être financés, alimentant à leur tour l’endettement.


Mohamed Salah Souilem rappelle que la dette publique représentait environ 40% du PIB en 2010 et la situe aujourd’hui autour de 82%. Il évoque, sur la base des projections qu’il cite, un niveau susceptible d’atteindre environ 85% du PIB en 2026.


Dans le même temps, la structure du budget laisse peu de marges pour investir. L’ancien responsable de la BCT pointe notamment le poids de la masse salariale, du service de la dette et des subventions. Une fois ces grandes dépenses absorbées, les ressources disponibles pour l’investissement public se réduisent fortement.


Les conséquences sont, selon lui, déjà visibles dans l’état des routes, des établissements scolaires et, plus largement, des infrastructures et institutions publiques. Mais le problème ne s’arrête pas à leur dégradation : un État qui investit insuffisamment perd également une partie de sa capacité à entraîner l’investissement privé.


Mohamed Salah Souilem juge ainsi insuffisant un investissement public cantonné à des niveaux de cinq à sept milliards de dinars. Il appelle à le relever afin que la dépense publique productive puisse entraîner l’investissement privé, soutenir la croissance et permettre, à terme, d’améliorer les ressources fiscales.


Cette logique suppose également, selon lui, de disposer d’un système bancaire solide. Mohamed Salah Souilem met en garde contre les lectures consistant à considérer les bénéfices des banques comme nécessairement problématiques. Pour lui, des établissements bancaires rentables et solides sont nécessaires à une économie qui veut investir, puisqu’ils doivent pouvoir accorder des crédits et financer l’activité.


Il revient également sur le financement de l’État par les banques, estimant que celui-ci doit être apprécié dans le cadre plus large du financement de l’économie.


FMI et dette : Souilem appelle à regarder le coût du financement Reste alors la question centrale : où trouver les ressources nécessaires ?


Sur ce point, Mohamed Salah Souilem appelle à rouvrir le débat sur les sources de financement. Il conteste l’idée selon laquelle l’endettement serait nécessairement mauvais en soi. Tout dépend, explique-t-il, du coût auquel l’argent est emprunté et du rendement de l’investissement qu’il permet de financer.


Si un financement coûte moins cher que ce que rapporte le projet auquel il est destiné, l’emprunt peut ainsi, selon son raisonnement, être économiquement justifié.


C’est dans ce cadre qu’il remet explicitement le Fonds monétaire international dans l’équation. La Tunisie étant membre du FMI, Mohamed Salah Souilem s’interroge sur les raisons qui conduiraient le pays à se priver de possibilités de financement à des conditions moins coûteuses alors qu’il peut être amené à rechercher ailleurs des ressources plus chères.


Son raisonnement ne consiste donc pas à emprunter pour repousser les difficultés, mais à rechercher les financements permettant de remettre l’investissement en mouvement et à en comparer les coûts.


La question du FMI dépasse d’ailleurs celle d’un éventuel financement. En septembre 2025, l’ambassadeur du Japon en Tunisie, Takeshi Osuga, avait indiqué que le retard de 39 mois dans la tenue de la consultation au titre de l’article IV – le mécanisme de surveillance économique et financière du FMI – constituait un facteur de blocage régulièrement soulevé par les investisseurs japonais.


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Ce constat rejoint un autre axe développé par Mohamed Salah Souilem : la confiance. Il insiste sur la nécessité d’améliorer le climat d’investissement et de donner davantage de visibilité aux opérateurs économiques. Pour attirer les investisseurs tunisiens comme étrangers, estime-t-il, le pays doit aussi envoyer des signaux susceptibles de restaurer cette confiance.


L’urgence est d’autant plus grande que plusieurs paramètres pourraient compliquer davantage l’équation budgétaire. Mohamed Salah Souilem rappelle que les prévisions du budget reposent notamment sur des hypothèses de croissance, de prix du pétrole et de taux de change. L’évolution de ces paramètres pourrait, selon lui, imposer des ajustements et il évoque, dans ce contexte, l’éventualité d’une loi de finances complémentaire.


Il attire également l’attention sur le déficit commercial, proche de 18 milliards de dinars après environ huit mois selon les chiffres qu’il cite. Si le même rythme devait se maintenir jusqu’à la fin de l’année, il estime qu’il pourrait atteindre environ 26 milliards de dinars, dépassant alors le niveau record enregistré en 2022. Une telle évolution accroîtrait encore les besoins en devises nécessaires pour financer les importations sans entamer les réserves.


Malgré ces déséquilibres, Mohamed Salah Souilem insiste sur la résilience dont l’économie tunisienne a fait preuve face aux nombreux chocs traversés depuis quinze ans, des crises politiques et sociales à la pandémie de Covid-19 et aux perturbations internationales.


Mais son diagnostic conduit précisément à dépasser cette logique de résistance. Faire le bilan des quinze dernières années, retrouver une capacité d’investissement, rechercher les financements aux meilleures conditions et restaurer la confiance : pour Mohamed Salah Souilem, l’enjeu est désormais de permettre à une économie qui a appris à tenir de retrouver les moyens d’avancer.






I.N.


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