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Afrique : le commerce du bois de rose sous surveillance
Afrique : le commerce du bois de rose sous surveillance
Le Nigeria a rapatrié en Chine, le 16 septembre 2026, Zhang Shijie, recherché depuis 2021 pour la contrebande présumée de 1 400 tonnes de bois de rose africain. L’affaire remet en lumière le poids du marché chinois dans l’exploitation d’une ressource déjà sous forte pression en Afrique de l’Ouest.
Recherché depuis 2021
Zhang Shijie a été arrêté le 10 septembre à Ogere, dans l’État d’Ogun, par le Bureau central national d’INTERPOL à Abuja. Selon la police nigériane, un mandat d’arrêt avait été émis en Chine le 7 janvier 2021 pour des faits présumés commis entre novembre 2020 et janvier 2021.
Il est soupçonné d’avoir participé à la contrebande d’environ 1 400 tonnes de Pterocarpus erinaceus, une essence plus connue sous le nom de kosso ou bois de rose africain. La cargaison était évaluée à 15,7 millions de yuans, soit environ 2,34 millions de dollars. Le suspect a été rapatrié à Guangzhou le 16 septembre.
Le marché chinois absorbe l’essentiel du bois
Le kosso est particulièrement recherché en Chine pour la fabrication de meubles hongmu, un mobilier haut de gamme utilisant différentes essences de bois rouge.
La demande a explosé au début des années 2010. Selon la CITES, les importations chinoises de grumes de Pterocarpus erinaceus sont passées d’environ 3 000 m³ en 2009 à 700 000 m³ en 2014. En 2017, 99 % des exportations de cette essence déclarées à la CITES avaient pour destination la Chine, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime.
Cette concentration du marché donne aux acheteurs chinois un poids considérable dans la filière. Lorsque les contrôles sont faibles ou contournés dans les pays producteurs, la forte valeur du bois favorise les coupes clandestines, la contrebande et les exportations dissimulées.
La Côte d’Ivoire également touchée
Le phénomène concerne directement la Côte d’Ivoire, où le Pterocarpus erinaceus pousse naturellement.
Une étude réalisée dans le cadre du programme CITES estime que plus de 150 000 m³ de grumes ivoiriennes ont été exportées vers la Chine en 2014. Ces flux sont intervenus alors que la Côte d’Ivoire avait interdit, dès 2013, l’exploitation, le transport, la commercialisation et l’exportation de cette essence.
Le rapport relève aussi un écart important entre les volumes déclarés en Côte d’Ivoire et ceux enregistrés dans les statistiques internationales. Un décalage qui témoigne de l’ampleur du commerce échappant aux circuits officiels.
Du bois à l’or, la pression s’étend
Le bois de rose n’est pas le seul secteur concerné. Dans certaines régions forestières africaines, exploitation du bois et extraction minière progressent parfois dans les mêmes espaces, avec des conséquences directes sur la végétation, les cours d’eau et les sols.
Au Gabon, une enquête de l’Environmental Investigation Agency a documenté des pratiques d’abattage illégal, de dépassement des quotas et de corruption impliquant des sociétés liées au groupe chinois Dejia.
En juin 2026, les autorités gabonaises ont également mené l’opération « Ekoura » contre un réseau d’orpaillage clandestin à Punga, dans la province de la Ngounié. Cinquante-cinq personnes ont été interpellées, dont 28 ressortissants chinois.
Ces activités s’ajoutent aux multiples causes de recul des forêts. Entre 2010 et 2020, l’Afrique de l’Ouest a perdu en moyenne près de 53 000 hectares de forêts par an, selon la FAO.
Le rapatriement de Zhang Shijie montre que les autorités chinoises peuvent poursuivre leurs propres ressortissants. Mais les arrestations seules ne régleront pas le problème. Tant que la Chine restera l’un des principaux débouchés de ces ressources, le contrôle des importateurs et la traçabilité des chaînes d’approvisionnement pèseront autant que la surveillance des forêts africaines.
F. Kouadio
Cap'Ivoire Info / @CapIvoire_Info
Sources :
- Premium Times, « Police repatriate Chinese fugitive wanted over African rosewood smuggling », 18 septembre 2026
- CITES, CoP17 Inf. 11, 2016 ; Office des Nations unies contre la drogue et le crime, World Wildlife Crime Report 2020
- Autorité scientifique CITES de Côte d’Ivoire, Avis de Commerce Non Préjudiciable de Pterocarpus erinaceus en Côte d’Ivoire, 2022
- Environmental Investigation Agency, Double Impact: Exposing the Links Between Forest Crime and Violent Conflict, 2020
- Gabon Media Time, « Etéké : 55 individus interpellés lors d’un coup de filet majeur contre l’orpaillage clandestin », 22 juin 2026
- FAO, « Global Transformation of Forests in West Africa », 27 mai 2022
Recherché depuis 2021
Zhang Shijie a été arrêté le 10 septembre à Ogere, dans l’État d’Ogun, par le Bureau central national d’INTERPOL à Abuja. Selon la police nigériane, un mandat d’arrêt avait été émis en Chine le 7 janvier 2021 pour des faits présumés commis entre novembre 2020 et janvier 2021.
Il est soupçonné d’avoir participé à la contrebande d’environ 1 400 tonnes de Pterocarpus erinaceus, une essence plus connue sous le nom de kosso ou bois de rose africain. La cargaison était évaluée à 15,7 millions de yuans, soit environ 2,34 millions de dollars. Le suspect a été rapatrié à Guangzhou le 16 septembre.
Le marché chinois absorbe l’essentiel du bois
Le kosso est particulièrement recherché en Chine pour la fabrication de meubles hongmu, un mobilier haut de gamme utilisant différentes essences de bois rouge.
La demande a explosé au début des années 2010. Selon la CITES, les importations chinoises de grumes de Pterocarpus erinaceus sont passées d’environ 3 000 m³ en 2009 à 700 000 m³ en 2014. En 2017, 99 % des exportations de cette essence déclarées à la CITES avaient pour destination la Chine, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime.
Cette concentration du marché donne aux acheteurs chinois un poids considérable dans la filière. Lorsque les contrôles sont faibles ou contournés dans les pays producteurs, la forte valeur du bois favorise les coupes clandestines, la contrebande et les exportations dissimulées.
La Côte d’Ivoire également touchée
Le phénomène concerne directement la Côte d’Ivoire, où le Pterocarpus erinaceus pousse naturellement.
Une étude réalisée dans le cadre du programme CITES estime que plus de 150 000 m³ de grumes ivoiriennes ont été exportées vers la Chine en 2014. Ces flux sont intervenus alors que la Côte d’Ivoire avait interdit, dès 2013, l’exploitation, le transport, la commercialisation et l’exportation de cette essence.
Le rapport relève aussi un écart important entre les volumes déclarés en Côte d’Ivoire et ceux enregistrés dans les statistiques internationales. Un décalage qui témoigne de l’ampleur du commerce échappant aux circuits officiels.
Du bois à l’or, la pression s’étend
Le bois de rose n’est pas le seul secteur concerné. Dans certaines régions forestières africaines, exploitation du bois et extraction minière progressent parfois dans les mêmes espaces, avec des conséquences directes sur la végétation, les cours d’eau et les sols.
Au Gabon, une enquête de l’Environmental Investigation Agency a documenté des pratiques d’abattage illégal, de dépassement des quotas et de corruption impliquant des sociétés liées au groupe chinois Dejia.
En juin 2026, les autorités gabonaises ont également mené l’opération « Ekoura » contre un réseau d’orpaillage clandestin à Punga, dans la province de la Ngounié. Cinquante-cinq personnes ont été interpellées, dont 28 ressortissants chinois.
Ces activités s’ajoutent aux multiples causes de recul des forêts. Entre 2010 et 2020, l’Afrique de l’Ouest a perdu en moyenne près de 53 000 hectares de forêts par an, selon la FAO.
Le rapatriement de Zhang Shijie montre que les autorités chinoises peuvent poursuivre leurs propres ressortissants. Mais les arrestations seules ne régleront pas le problème. Tant que la Chine restera l’un des principaux débouchés de ces ressources, le contrôle des importateurs et la traçabilité des chaînes d’approvisionnement pèseront autant que la surveillance des forêts africaines.
F. Kouadio
Cap'Ivoire Info / @CapIvoire_Info
Sources :
- Premium Times, « Police repatriate Chinese fugitive wanted over African rosewood smuggling », 18 septembre 2026
- CITES, CoP17 Inf. 11, 2016 ; Office des Nations unies contre la drogue et le crime, World Wildlife Crime Report 2020
- Autorité scientifique CITES de Côte d’Ivoire, Avis de Commerce Non Préjudiciable de Pterocarpus erinaceus en Côte d’Ivoire, 2022
- Environmental Investigation Agency, Double Impact: Exposing the Links Between Forest Crime and Violent Conflict, 2020
- Gabon Media Time, « Etéké : 55 individus interpellés lors d’un coup de filet majeur contre l’orpaillage clandestin », 22 juin 2026
- FAO, « Global Transformation of Forests in West Africa », 27 mai 2022
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