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Textile africain : la concurrence chinoise fragilise les filières locales
Des marchés de Lomé aux anciennes usines du Nigeria, les acteurs africains du textile reculent face aux produits chinois à bas prix. Une concurrence qui répond au pouvoir d’achat des consommateurs, mais qui s’accompagne aussi de copies de motifs locaux et d’une dépendance croissante aux importations.
Les Nana-Benz bousculées à Lomé À Lomé, les Nana-Benz ont longtemps dominé le commerce du wax en Afrique de l’Ouest. Ce surnom désigne de puissantes commerçantes togolaises qui ont bâti leur fortune, à partir des années 1960, sur l’importation et la distribution de pagnes, certaines circulant alors en Mercedes-Benz, symbole de leur réussite.
Elles vendaient notamment le wax hollandais, un tissu de coton imprimé à la cire, fabriqué industriellement aux Pays-Bas à partir du XIXe siècle selon une technique inspirée du batik indonésien. Adopté et réinterprété en Afrique de l’Ouest, il est devenu un élément majeur de la mode régionale, d’où son appellation liée à son origine de fabrication néerlandaise.
Leur influence s’est érodée avec la montée des tissus produits en Chine. En 2019, environ 90 % des importations de tissus imprimés africains arrivant au port de Lomé provenaient de Chine. Pour environ 5,5 mètres de tissu, le produit chinois se vendait autour de 9 000 FCFA, contre près de 50 000 FCFA pour du wax hollandais.
Au Nigeria, les copies aggravent le déclin Le Nigeria comptait environ 175 usines textiles et 250 000 emplois directs dans les années 1980. En 2007, il ne restait plus que 26 entreprises et environ 24 000 emplois. L’électricité coûteuse, les infrastructures déficientes et la contrebande ont participé à cet effondrement. Les importations chinoises bon marché ont accentué la pression.
La concurrence franchit une autre limite lorsque des producteurs chinois reprennent les créations locales. L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle a documenté des tissus principalement fabriqués en Chine reproduisant des motifs nigérians et portant frauduleusement la mention « Made in Nigeria ». Le produit importé ne concurrence alors plus seulement la filière locale : il s’approprie aussi son identité commerciale.
Shein et Temu gagnent du terrain En Afrique du Sud, Shein et Temu ont réalisé 7,3 milliards de rands de ventes en 2024, soit 37 % du commerce en ligne du secteur habillement-textile-chaussure-cuir. Le Localisation Support Fund estime que leur progression a déplacé plus de 8 000 emplois entre 2020 et 2024.
Du pagne au commerce numérique, le rapport de force se durcit. Sans industrie locale plus compétitive et mieux protégée contre les pratiques déloyales, les marchés africains risquent de devenir toujours davantage des débouchés pour les industriels chinois, tandis que la production, les emplois et une part de la valeur quittent progressivement le continent.
F. Kouadio
Cap'Ivoire Info / @CapIvoire_Info
Sources :
- Fidèle Ebia et Rory Horner, « Colonial threads to made in China: Togo and the restructuring of African print textiles value chains », Geoforum, vol. 163, juillet 2025
- Oxford Academic, The Political Economy of China’s Investment in Nigeria: Prometheus or Leviathan?, données historiques sur l’industrie textile nigériane
- Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), « The Modern Tale of Nigerian Wax-Resist Textiles »
- Localisation Support Fund, Offshore E-commerce Disruption in South Africa, données 2020-2024 et projections à 2030
Les Nana-Benz bousculées à Lomé À Lomé, les Nana-Benz ont longtemps dominé le commerce du wax en Afrique de l’Ouest. Ce surnom désigne de puissantes commerçantes togolaises qui ont bâti leur fortune, à partir des années 1960, sur l’importation et la distribution de pagnes, certaines circulant alors en Mercedes-Benz, symbole de leur réussite.
Elles vendaient notamment le wax hollandais, un tissu de coton imprimé à la cire, fabriqué industriellement aux Pays-Bas à partir du XIXe siècle selon une technique inspirée du batik indonésien. Adopté et réinterprété en Afrique de l’Ouest, il est devenu un élément majeur de la mode régionale, d’où son appellation liée à son origine de fabrication néerlandaise.
Leur influence s’est érodée avec la montée des tissus produits en Chine. En 2019, environ 90 % des importations de tissus imprimés africains arrivant au port de Lomé provenaient de Chine. Pour environ 5,5 mètres de tissu, le produit chinois se vendait autour de 9 000 FCFA, contre près de 50 000 FCFA pour du wax hollandais.
Au Nigeria, les copies aggravent le déclin Le Nigeria comptait environ 175 usines textiles et 250 000 emplois directs dans les années 1980. En 2007, il ne restait plus que 26 entreprises et environ 24 000 emplois. L’électricité coûteuse, les infrastructures déficientes et la contrebande ont participé à cet effondrement. Les importations chinoises bon marché ont accentué la pression.
La concurrence franchit une autre limite lorsque des producteurs chinois reprennent les créations locales. L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle a documenté des tissus principalement fabriqués en Chine reproduisant des motifs nigérians et portant frauduleusement la mention « Made in Nigeria ». Le produit importé ne concurrence alors plus seulement la filière locale : il s’approprie aussi son identité commerciale.
Shein et Temu gagnent du terrain En Afrique du Sud, Shein et Temu ont réalisé 7,3 milliards de rands de ventes en 2024, soit 37 % du commerce en ligne du secteur habillement-textile-chaussure-cuir. Le Localisation Support Fund estime que leur progression a déplacé plus de 8 000 emplois entre 2020 et 2024.
Du pagne au commerce numérique, le rapport de force se durcit. Sans industrie locale plus compétitive et mieux protégée contre les pratiques déloyales, les marchés africains risquent de devenir toujours davantage des débouchés pour les industriels chinois, tandis que la production, les emplois et une part de la valeur quittent progressivement le continent.
F. Kouadio
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Sources :
- Fidèle Ebia et Rory Horner, « Colonial threads to made in China: Togo and the restructuring of African print textiles value chains », Geoforum, vol. 163, juillet 2025
- Oxford Academic, The Political Economy of China’s Investment in Nigeria: Prometheus or Leviathan?, données historiques sur l’industrie textile nigériane
- Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), « The Modern Tale of Nigerian Wax-Resist Textiles »
- Localisation Support Fund, Offshore E-commerce Disruption in South Africa, données 2020-2024 et projections à 2030
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