Sécurité communautaire: une journée avec les Koglweogo de Tanghin
Une journée avec des « kolgweogos » de Tanghin, un quartier périphérique de la ville de Ouagadougou : c’est bien plus que de simples postes d’observation ou de surveillance. Ces structures, souvent rudimentaires mais chargées de signification, incarnent la volonté des populations locales de contribuer activement à la sécurisation du territoire national au Burkina Faso. Une immersion au cœur de ces efforts révèle la détermination, le courage et le sens du devoir qui animent ces citoyens.
Une journée typique d’un kolgweogo commence tôt le matin, souvent avant même le lever du soleil, souligne Mahamoudou Yaogo, porte-parole des kolgweogo de Tanghin. Après quelques appels téléphoniques pour prendre des nouvelles, ils se retrouvent dès 9 h au siège. Vêtus d’habits ordinaires, mais laissant entrevoir des amulettes mystiques autour des avant-bras et des doigts, ces hommes entretiennent une véritable histoire d’amour avec leurs gris-gris. « Nous les portons toujours », affirme un des leurs, pressé de connaître sa mission du jour.
Ce 31 juillet, quatre individus sont avec eux. Ils ont été pris la veille pour des cas de vols de moutons et de téléphones. Désignant un petit garçon, le porte-parole informe qu’il lui est reproché d’avoir volé des moutons qu’il tuait et revendait à des commerçants complices.
Lire aussi: Burkina : De koglwéogo à VDP, même détermination à KaïboLes échanges vont être interrompus par la venue de deux dames. Elles sont là pour procéder au paiement du prix des deux téléphones volés par leur fille. Et c’est au secrétariat improvisé, disposant d’une table, de cahiers de transmission et de sorties, où les plaintes sont reçues, que les dames procèdent au paiement. La somme est ainsi remise, mais le chef-kolgweogo décide du maintien des présumés pour encore une nuit. « Elles ne seront pas libérés de sitôt. Il faut les maintenir pour une séance de sensibilisation et d’éducation », a-t-il enjoint.
Le présumé voleur de moutons, quant à lui, est âgé d’environ 16 ans. Assis loin des échanges, il réclame à manger. Le regard sévère, le porte-parole le menace et lui demande de se taire. « Ne vous fiez pas à aux comportements des enfants dits sages, ils sont parfois nuisibles », dit-il.
Le maintien de la sécurité oui, la survie aussiLes kolgweogo, faut-il le rappeler, sont des bénévoles de la sécurité. Engagés certes, mais ils sont aussi occupés à d’autres activités comme l’agriculture, l’élevage, l’artisanat, etc. D’où l’initiative de se relayer. « Nous nous relayons par programme afin que chacun puisse mener ces activités de survie », informe-t-il.
Le manque de moyens matériels rend également le travail de sécurisation difficile. Des jumelles, des talkies-walkies, des couteaux, etc. : ce sont, entre autres, les matériels dont disposent ces bénévoles de la sécurité. Ils essaient tant bien que mal de communiquer avec les autorités locales ou les autres postes en cas de besoin. « Nous n’avons pratiquement rien comme armes pour faire le travail alors que les délinquants sont parfois bien armés », informe le porte-parole, qui espère un accompagnement de l’État, mais aussi des bonnes volontés.
En attendant, ces bénévoles de la sécurité se sont donné pour mission d’observer tous les mouvements suspects aux alentours et de signaler toute présence inhabituelle, qu’il s’agisse de groupes armés, de réseaux de trafiquants ou de tout autre élément susceptible de menacer la quiétude de la population et l’intégrité territoriale. Chaque information collectée est précieuse et transmise sans délai aux autorités compétentes, jouant un rôle crucial dans la prévention et la réaction face aux menaces.
Au-delà de la surveillance, un cadre de cohésion socialeAu siège ou sur le terrain, les kolgweogo ont développé des liens forts entre eux. Le siège, indique le porte-parole, est un lieu d’échange, de solidarité et de renforcement du lien social. Ils se partagent parfois « leurs maigres rations », échangent des nouvelles et se soutiennent mutuellement face à la tension et à la fatigue. Le travail n’étant pas sans risque, les volontaires sont exposés à des dangers considérables, notamment lors de confrontations directes ou en devenant eux-mêmes des cibles potentielles de délinquants ou de toute autre menace.
Un jour, se rappelle M. Yaogo, « nous sommes sortis pour une patrouille et nous avons rencontré des individus armés qui ont tirés sur nous ». Pourtant, rappelle et insiste M. Yaogo, la mort n’arrêtera pas leur motivation et leur engagement à servir la Nation. « Nous sommes animés d’un profond patriotisme et nous nous sentons responsable du bien-être de la communauté. L’Etat ne peut pas tout faire. Nous devons tous agir », dit-il fièrement.
La journée d’un kolgweogo finit à 18 h. « Tacitement », dit-il, parce que, conclut M. Yaogo : « Nous pouvons être sollicité à tout moment et nous sommes prêts et préparer à ces sollicitation ».
Moussonews avec Studio Yafa
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