Affaire Chebeya/Bazana: La famille Bazana réclame un nouveau procès
Seize années déjà! Le 1er juin 2010, les défenseurs des droits humains Floribert Chebeya et Fidèle Bazana sont assassinés au siège de l’Inspection générale de la police congolaise où trônait le très méphitique «général» John Numbi Banza. Seize années après, le corps de Bazana reste introuvable. Au nom de la famille Bazana Edadi, Guylain Bazana réclame un nouveau procès sur cette affaire que d’aucuns qualifient de « crime d’Etat ». Au motif que les deux homicides ont eu lieu dans un endroit censé être le plus sécurisant: l’Inspection générale de la police nationale congolaise.
« Nous sommes toujours en deuil », a déclaré « Guylain », lundi 24 août au média « Balobeli ya Peuple ». Vous avez bien entendu: seize années après, la famille Bazana n’a pas encore fait le deuil de la « disparition » de Papa Bazana. « Il faut que cette affaire fasse l’objet d’un nouveau procès », a-t-il ajouté. En droit, la « disparition » est définie comme étant la situation d’une personne dont on a perdu la trace. La dernière fois qu’elle a été vue, elle faisait face à un danger de mort.
Numbi et Chebeya en filigrane Le 2 juin 2010, le corps sans vie du directeur exécutif de « La Voix des Sans Voix » (VSV) est retrouvé sur la banquette arrière de la voiture qui l’avait conduit, la veille, chez John Numbi au QG de la police nationale. C’était à l’époque du « kabilisme triomphant ». Qu’en est-il de la dépouille de Bazana? Mystère! Certaines indiscrétions laissent entendre que les restes de ce militant des droits de l’homme seraient enterrés dans la concession du major Zelwa Katanga alias Djadjidja, un kabiliste pur et dur. Aucun enquêteur n’osa aller fouiller en ce lieu.
Rappel des faits
En 2007 et 2008, des adeptes de BDK (Bundu dia Kongo), accusés de sédition, sont violemment réprimés dans la province du Kongo Central. La Mission onusienne au Congo, dirigée alors par l’Américain William Lacy Swing, préféra étouffer le rapport particulièrement accablant établi par les experts en droit de l’homme. Bilan: plus de 100 morts. Les blessés ne se comptent pas. La répression fut menée par une unité paramilitaire dite « Bataillon Simba », sous le commandement du général John Numbi et du colonel Raüs Chalwe. Ce dernier est de nationalité belge.
Dès 2007, la VSV, sous la direction de Chebeya, se saisit de ce dossier. Objectif: faire traduire Numbi et Raüs devant la justice belge. Et ce dans le cadre de la loi sur la compétence universelle. Celle-ci permet aux instances judiciaires d’un Etat de juger les auteurs de crimes graves. Début mars 2010, « Floribert » demande à l’avocat bruxellois Jean-Claude Ndjakanyi de rédiger la plainte ad hoc.
Double « crime d’Etat »
La VSV était-elle noyautée par les « services »? Chebeya se savait dans le collimateur du pouvoir kabiliste. En février 2010, il avait écrit à l’Inspecteur général de la police lui demandant « d’humaniser les conditions de détention dans les cachots de la police ». Prenant prétexte de cette correspondance, Numbi instruit son bras droit, le colonel Daniel Mukalay, d’inviter Chebeya à venir le rencontrer. Le rendez-vous est fixé au 1er juin 2010 à 17h30. Un piège. « Ce jour-là, mon père n’était pas de service. Le directeur Chebeya le fait venir pour le conduire à ce rendez-vous », explique Guylain Bazana. La suite est connue.
Floribert Chebeya Fidèle Bazana et Floribert Chebeya
« Floribert » est torturé à mort par le major Christian Ngoy Kenga Kenga, un praticien des arts martiaux. Bazana subit le même sort. Qui a commandité ce double meurtre? C’est ici qu’apparait un certain Amisi Mugango, alias Mike Kilo. Il s’agit d’un policier subalterne qui s’appelait en réalité Jacques Mugabo.
Crime contre l’humanité
De Kampala où il a trouvé le refuge, « Amisi Mugango » vide son sac au téléphone avec l’auteur de ces lignes. Selon lui, l’ordre d’exécuter Chebeya venait de la « haute hiérarchie », autrement dit de « Joseph Kabila ». L’exécution de cette opération fut confiée à Daniel Mukalay. Quid du mobile? « Chebeya faisait des rapports contre le régime Kabila », dira le policier fugitif.
Le 11 juin 2025, le colonel Mukalay est sorti de prison après 15 années passées à Makala. Le « général » John Numbi Banza, lui, est toujours en cavale. Pour la famille Chebeya et Bazana, l’ancien inspecteur général de la police nationale congolaise reste le « suspect n°1 ». Une certitude: « Joseph Kabila » est le commanditaire de ce double homicide digne de la mafia sicilienne. « Les familles Chebeya et Bazana ont fait l’objet d’une surveillance qui nous a poussé à prendre le chemin de l’exil ». La famille Bazana attend de connaitre la vérité sur la destination donnée au corps de « Papa Bazana ».
Osons espérer que le ministre de la Justice Guillaume Ngefa aura à cœur d’instruire le procureur général près la Cour de cassation de réexaminer la possibilité de rouvrir ce dossier judiciaire. Un dossier qui n’est ni plus ni moins qu’un crime contre l’humanité. Une infraction imprescriptible.
Baudoui Amba Wetshi
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