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Koupéla : le commerce des pattes et peaux de bœufs frappé par l’insécurité

Koupéla : le commerce des pattes et peaux de bœufs frappé par l’insécurité

A Koupéla, dans la province du Kouritenga, la peau, les pattes et les queues de ruminants constituent une véritable source de revenus pour plusieurs jeunes et chefs de famille. Ils se ravitaillent principalement à l’abattoir de la ville et dans les localités environnantes. Mais depuis quelques années, cette activité connaît des difficultés. En cause : la baisse du nombre d’animaux disponibles, une situation que les commerçants expliquent notamment par la crise sécuritaire.


Assis sous un hangar au secteur 3 de Koupéla, Charles Bouda s’active autour d’un grand feu. Il grille des pattes, des queues et des peaux de bœufs. La fumée lui fait parfois couler les larmes, mais l’homme reste concentré sur son travail. Voilà une vingtaine d’années qu’il vit de ce commerce.


Charles vend ses produits à Koupéla. Cependant, ils trouvent également des clients dans d’autres villes du Burkina Faso et jusque dans certains pays voisins. « Nous, on part seulement à l’abattoir prendre puis on vient arranger et vendre. Ceux des pays voisins viennent lancer des commandes, nous on fait fumer et ils viennent prendre pour repartir au Ghana, au Togo et au Benin souvent. Ceux qui partent en Côte d’Ivoire, c’est chaque jeudi et lundi qu’ils viennent payer ça pour aller revendre », raconte-t-il.


Des prix qui augmententMais depuis quelque temps, Charles Bouda constate une baisse de l’activité. Selon lui, l’insécurité rend les animaux plus difficiles à trouver. Cette rareté se ressent directement sur les prix. « Trois mois en arrière, on vendait 4 pattes a 6000 c’est-à-dire une patte a 1500 mais maintenant, on vend une patte à 2000f », explique Charles.


A quelques encablures de son lieu de travail se trouve le point de vente d’Abel Beré. Depuis 14 ans, cet homme d’une cinquantaine d’années commercialise de la soupe faite à base de pattes, de peaux et de queues de bœufs.


Lire aussi: A Ouaga, Bouzout Yaar ou le marché où tout est viande, des pattes aux peauxA l’approche de son restaurant, l’odeur des parties de bovins grillées se mêle à celle des produits placés sur des séchoirs de fortune. Cette activité permet à Abel Beré de nourrir sa famille. Mais lui aussi ressent les effets du ralentissement du marché. « Aujourd’hui, le marché a beaucoup ralenti. Il n’y a plus de bœuf sur le marché. Je n’arrive même plus à avoir une grande quantité. Tout cela est lié à l’insécurité », regrette ce monsieur. Il précise d’ailleurs qu’il faisait des bénéfices d’au moins 15 mille francs CFA par jour. Beaucoup d’argent pour lui.


Fumer les produits pour mieux les conserverLes peaux de ruminants ont plusieurs usages. Elles peuvent notamment servir à la confection de vêtements traditionnels, de chaussures, de sacs et d’autres objets artisanaux. Elles sont vendues sur les marchés locaux, mais aussi envoyées vers certains pays voisins.


A Koupéla, les commerçants utilisent également le fumage pour conserver plus longtemps les pattes, les queues et les peaux. Charles Bouda explique que cette technique est particulièrement importante pour les clients qui doivent parcourir de longues distances.


« On fume ça un peu un peu pour que ça deviennent sec. Parce que beaucoup de nos clients sont des voyageurs. Il y a d’autres aussi qui aiment la viande fumée. Souvent, la conservation à la maison n’est pas facile. C’est pour cela que nous fumons », précise le jeune homme. Ainsi, certains clients peuvent réaliser de deux à quatre jours de voyage. C’est pourquoi, il faut prendre toutes les précautions pour ne pas décevoir la clientèle.


Lire aussi: Sur les traces du polpogué, spécialité culinaire de Koupéla« Si c’est fumé comme ça, normalement, ça peut arriver une semaine, deux semaines même. Ce qui se décompose vite, c’est la queue là. Mais si ce sont les pâtes là, ça peut arriver même 20 jours si c’est sec. Mais si c’est la peau là, ça même c’est un an », assure-t-il.


Des conditions d’hygiène à améliorerSi ce commerce fait vivre plusieurs familles, les conditions dans lesquelles les produits sont parfois préparés et conservés posent toutefois des questions d’hygiène et d’assainissement. Sur certains sites, l’insalubrité est visible et les moyens de conservation restent rudimentaires.


Pour les acteurs de cette filière, l’amélioration de la situation sécuritaire pourrait permettre de retrouver davantage d’animaux sur le marché et de relancer leurs activités. Ils espèrent ainsi continuer à vivre de ce commerce qui, depuis des années, fait partie du quotidien de plusieurs familles à Koupéla.


Cécile Traoré



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