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Point Santé : le virus Ebola Bundibugyo circulait depuis plusieurs mois sans être signalé, selon l'OMS

Point Santé : le virus Ebola Bundibugyo circulait depuis plusieurs mois sans être signalé, selon l'OMS

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- --> Date de création: 15 août 2026 11:03






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(Agence Ecofin) - Cette semaine en Afrique, l'épidémie de maladie à virus Ebola Bundibugyo en République démocratique du Congo franchit le seuil des 2 000 décès et menace de surpasser le bilan de l'épidémie ouest-africaine de 2014-2016, qui demeure la plus meurtrière de l'histoire. L'OMS confirme que le virus circulait probablement depuis février, soit trois mois avant sa déclaration officielle, et pointe le délitement des systèmes de surveillance comme facteur aggravant. Un vaccin existant, Ervebo, entre en évaluation pour un essai clinique de phase 3. Le choléra s'étend simultanément dans six pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre : l'UNICEF lance un appel d'urgence de 15 millions de dollars. En Ouganda, deux cas de fièvre hémorragique de Crimée-Congo sont détectés dans le district de Yumbe, dont un décès.


Ebola en RDC : plus de 2 061 décès, l'OMS alerte sur un dépassement du record de 2014-2016


L'épidémie de maladie à virus Ebola Bundibugyo en RDC compte désormais plus de 4 400 cas confirmés et plus de 2 000 décès, selon l'OMS. Elle est la deuxième épidémie d'Ebola la plus meurtrière jamais enregistrée. « Au rythme actuel, cette épidémie d'Ebola est en passe de dépasser celle qui a frappé l'Afrique de l'Ouest de 2014 à 2016 », a déclaré le 12 août le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, lors d'une conférence de presse à Genève après sa visite en RDC. L'épidémie de 2014-2016 avait causé plus de 28 000 cas et 11 000 morts en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.


#Ebola en #RDC: L’épidémie est en passe de devenir la plus importante jamais enregistrée. En moins de trois mois, le virus Bundibugyo, cette souche d’Ebola particulièrement létale, s’est propagé dans cinq provinces & 53 zones de santé, avertit l'#OMS/@WHOhttps://t.co/mB0HOd8k8m pic.twitter.com/kmJkhVRG3i


— ONU Genève (@ONUGeneve) August 15, 2026


La flambée couvre cinq provinces et 53 zones de santé, avec l'Ituri concentrant environ 90 % des cas et 80 % des décès. Les chaînes de transmission restent en partie inconnues : 60 à 70 % des décès surviennent dans les communautés, hors des centres de traitement et hors des listes de contacts identifiés. Le taux de suivi des contacts a progressé à 80 %, mais doit atteindre 95 % pour enrayer la progression. L'OMS prévoit de tripler les capacités de prise en charge pour atteindre 3 000 lits dans les douze prochaines semaines. Aucune mutation du virus n'a été détectée à ce stade : la propagation s'explique par les facteurs contextuels, notamment le conflit, les déplacements de population et les obstacles à l'accès aux soins, selon Sylvie Briand, cheffe scientifique de l'OMS. Selon le scénario modéré de l'institution, le pic épidémique pourrait intervenir dans six mois ; un scénario défavorable envisage une persistance de neuf à douze mois.


Un virus en circulation depuis février : surveillance affaiblie, souveraineté sanitaire en question


L'OMS a officiellement confirmé, lundi 11 août, que l'épidémie avait « probablement débuté en février », soit trois mois avant sa déclaration officielle du 15 mai. Les premiers cas auraient été attribués à tort au paludisme et à la typhoïde, tandis que les tests initiaux ciblaient la souche Zaïre, plus commune. Une étude de terrain financée par l'agence onusienne a retrouvé plus de 500 cas suspects entre la mi-janvier et la déclaration officielle. Selon le Dr Mohamed Janabi, directeur régional de l'OMS pour l'Afrique : « Nous courons après le virus, mais celui-ci a une longueur d'avance sur nous. »


Ce retard de détection de deux à trois mois n'est pas sans lien avec le démantèlement des systèmes de surveillance épidémiologique financés par les États-Unis. L'organisation Physicians for Human Rights a publié dès le 21 mai 2026 le témoignage d'un médecin congolais de la zone affectée : « Cette épidémie survient à un moment où nous ne sommes plus vraiment en mesure d'assurer une surveillance épidémiologique correcte en raison des perturbations du financement de l'USAID. Pour poursuivre cette surveillance, nous sommes contraints d'utiliser nos propres ressources personnelles. » Les CDC américains et l'USAID avaient investi pendant des décennies dans les capacités de détection précoce en RDC : formation d'épidémiologistes de terrain (FETP), séquençage génomique à l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), réseau de renseignement sanitaire. La mission USAID en RDC a été fermée en 2025. Ces coupes ont « sérieusement affaibli l'architecture de détection et de surveillance des maladies », selon Jeremy Konyndyk, ancien haut responsable de l'USAID, interrogé par NPR.


Jean Kaseya, directeur général d'Africa CDC, a traduit l'enjeu de la souveraineté sanitaire africaine en impératif politique : « La sécurité sanitaire de l'Afrique doit d'abord être construite sur le sol africain, avec des capacités africaines pérennes financées par les gouvernements africains, leurs partenaires et le secteur privé. »


Vaccin Ervebo en phase 3, Wellcome finance les données communautaires


En l'absence de vaccin spécifique contre la souche Bundibugyo, le groupe consultatif technique de l'OMS (TAG-CVP) a recommandé le 7 août de prioriser le vaccin Ervebo (rVSV-ZEBOV, Merck), homologué contre la souche Zaïre, dans un essai clinique de phase 3 en RDC. Des données précliniques publiées dans le New England Journal of Medicine suggèrent une protection croisée contre le virus Bundibugyo ; aucun problème de sécurité majeur n'a été observé.


Africa CDC supports the immediate implementation of the DRC Government's decision to deploy the Ervebo vaccine as a countermeasure against the 2026 Bundibugyo Ebola outbreak.


This approach allows us to protect people now while simultaneously generating the rigorous evidence… pic.twitter.com/7iRlVnzEGz


— Africa CDC (@AfricaCDC) August 13, 2026


Gavi, l'Alliance du Vaccin, a confirmé sa contribution de 40 millions de dollars et la mise à disposition de doses depuis le stock mondial d'Ebola qu'elle finance. Parallèlement, des essais de phase 1 sont en cours au Canada (Moderna) et au Royaume-Uni (université d'Oxford) sur des candidats ciblant spécifiquement la souche Bundibugyo. « Nous ne savons pas si ce vaccin est efficace contre la maladie à virus Bundibugyo chez l'homme », a rappelé Tedros lors de la conférence du 12 août, insistant sur le fait qu'un vaccin spécifique reste l'objectif prioritaire. L'essai PARTNERS, parrainé par l'OMS et l'INRB, évalue la sécurité et l'efficacité de traitements curatifs pour réduire la mortalité : il teste principalement le MBP134, un cocktail d'anticorps monoclonaux pan-ebolavirus, seul ou en combinaison avec le remdésivir. Il a franchi le cap des 100 patients.


Choléra : l'UNICEF lance un appel de 15 millions de dollars sur six pays


L'UNICEF a lancé le 12 août 2026 un appel d'urgence de 15 millions de dollars pour intensifier la riposte au choléra en Afrique de l'Ouest et du Centre, où six pays sont simultanément touchés : RDC, République du Congo, Nigéria, Tchad, Cameroun et République centrafricaine. Les pluies saisonnières, les inondations, les déplacements de population et la transmission transfrontalière le long du bassin du lac Tchad et du bassin du fleuve Congo accélèrent la propagation. Les enfants sont particulièrement exposés : en RCA, les moins de 10 ans représentent 44 % des cas ; au Tchad, près des deux tiers des infections concernent des enfants de moins de 15 ans ; au Cameroun, l'âge médian des patients est de 10 ans.


Le Nigéria enregistre la flambée la plus importante de la région : plus de 50 000 cas cumulés et 338 décès depuis le 1er janvier 2026, avec une concentration dans l'État de Borno. En RDC, la province de Kwilu recense 419 cas et 30 décès depuis début juin dans quatre zones de santé, la consommation d'eau non traitée du fleuve Kasaï étant identifiée comme principal facteur de transmission. Depuis le début de 2026, Africa CDC comptabilise plus de 33 000 cas de choléra et 943 décès sur l'ensemble du continent. « Cette épidémie ne connaît plus de frontières. Elle se propage le long des fleuves partagés, des routes commerciales et des flux de population », a déclaré Gilles Fagninou, directeur régional de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre.


Ouganda : fièvre hémorragique de Crimée-Congo dans le district de Yumbe


Les autorités sanitaires de l'Ouganda ont rapporté deux cas confirmés de fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC) dans le district de Yumbe, dans le nord du pays. L'un des cas, un garçon de 9 ans, est décédé ; l'autre, un jeune homme de 18 ans, est en cours de prise en charge. La FHCC est une maladie virale transmise par les tiques ou par contact avec le sang d'animaux infectés, pouvant également se transmettre de personne à personne par les liquides biologiques. Son taux de létalité dans les cas hospitalisés varie de 9 à 50 %. Des flambées sporadiques sont signalées chaque année en Ouganda. Le district de Yumbe est situé à proximité de la frontière avec le Soudan du Sud, dans une zone de forte mobilité pastorale et commerciale. Cette détection intervient alors que l'Ouganda venait de clore, le 29 juillet, son foyer Ebola (20 cas, 2 décès) et maintient une surveillance renforcée à ses frontières avec la RDC.


Nigéria : Lagos accélère sa couverture santé universelle


L'État de Lagos a franchi le cap de 1,5 million d'affiliés à son dispositif de couverture maladie obligatoire Ilera Eko. Le gouvernement local a annoncé le lancement de la plateforme EasyPay, permettant le paiement échelonné des cotisations, et la création d'un fonds d'équité destiné aux ménages vulnérables. Un système de santé numérique intégré (Smart Health Information Platform, SHIP) centralise désormais les dossiers médicaux et facilite le suivi épidémiologique. Cette expansion intervient dans un contexte où l'OMS a salué, la semaine du 11 août, les progrès du Nigéria en matière de financement de la santé dans la perspective de la couverture universelle. Lagos, avec plus de 20 millions d'habitants, représente le plus grand bassin urbain d'Afrique subsaharienne ; l'extension de sa couverture constitue un signal pour les grandes métropoles du continent.


Ayi Renaud Dossavi




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