Niger : 21 morts à Doukou-Doukou, les compagnies de transport sont-elles suffisamment contrôlées ?
(Échos du Niger 8 août)Vingt et un morts et 37 blessés. Le bilan provisoire de la collision entre deux bus survenue vendredi 7 août à Doukou-Doukou, sur l’axe Maradi-Madaoua, vient rappeler, une nouvelle fois, la lourde facture humaine des accidents de la route au Niger.Selon les autorités locales, les deux véhicules, l’un de la SONITRAV, en provenance de Maradi, et l’autre de la STM, circulant en sens inverse, se sont violemment percutés avant de quitter leur trajectoire.
Parmi les passagers du bus de la SONITRAV figuraient notamment des militaires. Les dépouilles ont été transférées à l’hôpital de district de Madaoua et les blessés évacués vers Madaoua et Maradi.
Une enquête de gendarmerie doit désormais déterminer les circonstances précises de la collision. Sur place, le gouverneur de Tahoua, Souleymane Amadou Moussa, est venu présenter les condoléances de l’État et appeler les usagers à davantage de prudence. Mais au-delà de l’émotion, le drame pose une question récurrente : comment expliquer que les bus, censés offrir un mode de transport collectif plus encadré, soient régulièrement impliqués dans des accidents meurtriers ? Les statistiques nationales donnent la mesure du problème.
En 2025, le Niger a enregistré 7 116 accidents corporels, 1 245 morts, 4 439 blessés graves et 7 876 blessés légers, selon l’Agence nigérienne de la sécurité routière (ANISER). En mai 2026 seulement, la Police nationale a recensé 1 198 accidents, contre 1 103 en avril, soit une progression de 8,61 %. Elle attribue notamment ces accidents à l’imprudence, au refus de priorité, à l’inattention et à l’excès de vitesse.
Les compagnies de transport voyageurs ne sont pas épargnées. En février 2026, une collision entre un bus de Nizar et un autre de SONITRAV près de Tabalak avait fait trois morts. L’excès de vitesse et une tentative de dépassement figuraient parmi les premières explications avancées. En août 2025, un bus de la STM avait chuté dans le fleuve Ouémé, au Bénin, faisant 43 morts.Ces précédents interrogent la chaîne entière de responsabilité : état mécanique des bus, contrôle technique, formation et fatigue des chauffeurs, respect des limitations de vitesse, pression commerciale, temps de conduite ou encore supervision des compagnies.
Car une question demeure : combien d’accidents impliquant les compagnies de transport voyageurs sont-ils recensés chaque année au Niger, et quelles sanctions ou mesures correctives sont prises après chaque drame ? Les statistiques nationales disponibles ne publient pas, à ce jour, une ventilation suffisamment détaillée par compagnie. Pourtant, une telle transparence permettrait d’identifier les transporteurs ou les pratiques les plus à risque.Le gouvernement multiplie les mesures de prévention.
Mais après Doukou Doukou, l’enjeu n’est plus seulement de sensibiliser. Il s’agit désormais de savoir si les règles sont réellement contrôlées, appliquées et, lorsqu’elles sont violées, sanctionnées.
Sur les grands axes nigériens, la sécurité des voyageurs ne peut rester une promesse : elle doit devenir une obligation vérifiable.
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