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À Ouagadougou, Mamoudou Kiemtoré sauvegarde la mémoire de l’image

À Ouagadougou, Mamoudou Kiemtoré sauvegarde la mémoire de l’image

Dans un atelier discret de la Zone 1 à Ouagadougou, des appareils photo centenaires, des caméras argentiques et des lecteurs de vinyles reprennent vie entre les mains de Mamoudou Kiemtoré. Depuis plus de trente ans, ce maintenancier audiovisuel collectionne et restaure ces témoins de l’histoire, avec un rêve. Préserver la mémoire des technologies de l’image.


Derrière une porte anodine du quartier Zone 1, Mamoudou Kiemtoré tient dans ses mains, un appareil photo défectueux. Il l’inspecte soigneusement pour repérer la panne. « C’est un particulier qui est venu me remettre cet appareil. Il m’a dit qu’il avait un souci avec le curseur. Le bouton qui sélectionne la luminosité refusait de fonctionner. Je vais devoir le démonter pour faire un diagnostic afin d’entamer la réparation », dit-il.


Depuis plus de trois décennies, le quotidien de Mamoudou Kiemtoré se résume à démonter, inspecter et réparer des appareils audiovisuels. Sur des étagères qui occupent les quatre murs de la pièce, des centaines d’appareils photo, de caméras, de projecteurs et d’équipements audiovisuels racontent plus d’un siècle d’histoire. Certains datent du début des années 1900, d’autres ont accompagné l’arrivée du numérique. Maintenancier audiovisuel de métier, il les présente avec passion.


« Ici, vous avez des appareils de 1903, 1904, 1905… Cette rangée couvre pratiquement la période de 1900 à 1930. C’est presque le début de la photographie », explique-t-il en montrant de vieux appareils soigneusement alignés. On peut également voir des bandes magnétiques, des lecteurs de vinyles, des caméras argentiques et des objectifs. Des appareils qui rappellent les différentes évolutions de l’image.


Un travail de longue dateLa passion de Mamoudou Kiemtoré pour les boîtiers et les objectifs commence à Abidjan en Côte d’Ivoire. Au début des années 1990, son oncle tient un studio photo à Abidjan. Il est également spécialisé dans la maintenance d’appareils audiovisuels. « C’est là que j’ai appris à réparer les appareils photographiques. J’ai connu les appareils argentiques avant de suivre toute l’évolution jusqu’au numérique », poursuit Mamoudou d’une voix calme.


Des appareils d’une certaine époque retrouve une seconde vie, Ph : Studio YafaAu fil des années, il s’est constitué une vaste collection. Son dernier inventaire, réalisé en 2025, recensait plus de 1 200 appareils, acquis lors de ventes aux enchères, grâce à des dons ou à des legs. À certains grands rendez-vous internationaux comme au FESPACO, c’est avec fierté que Mamoudou expose sa collection. En dehors de ces expositions, il reçoit régulièrement des curieux, il reçoit en permanence des curieux, des passionnés de l’image ou des étudiants venus remonter le temps au travers des appareils audiovisuels.


Un savoir-faire reconnu


Si sa collection impressionne les visiteurs, c’est la réparation qui fait vivre son atelier. A Ouagadougou, son atelier est une adresse bien connue des mordus de l’image. Son professionnalisme lui vaut une clientèle fidèle. Depuis plus de 10 ans, Laya Ouédraogo fréquente les lieux. Il dit avoir été marqué par la maîtrise et la passion du maître des lieux, alors qu’il y était allé sur recommandation quand il voulait réparer un appareil. « Si vous êtes pressé, il ne faut pas venir chez lui. Il prend le temps de diagnostiquer chaque appareil avant d’intervenir. Ensuite, il explique ce qui ne va pas et donne des conseils pour mieux entretenir le matériel », se souvient Laya.


Mamoudou Kiemtoré diagnostique un appareil, Ph : Studio YafaC’est toujours avec surprise que certains connaisseurs s’étonnent qu’un Burkinabè puisse se passionner pour la photographie au point de disposer de certains appareils centenaires. Selon Mamoudou Kiemtoré, cet étonnement a souvent suscité des reportages des médias anglophones du Nigéria ou de l’Afrique du Sud. Son rêve est maintenant de faire grandir son musée, de le rendre aux standards internationaux.


Son ambition est de faire de ce futur musée un lieu où les générations pourront découvrir l’histoire des technologies de l’image et de l’audiovisuel. En attendant de voir son musée prendre forme, Mamoudou Kiemtoré continue de réparer, de collectionner et de transmettre son savoir. Pour lui, préserver ces objets, c’est aussi préserver une partie de notre mémoire collective.


Toussaint Zongo



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