Le discours de Sébastien Lecornu au Maroc qui réduit à néant les promesses faites en Algérie
Par Mehenna H. – «Nous en tirerons toutes les conséquences.» Derrière cette formule à peine voilée, prononcée à Rabat, Sébastien Lecornu s’adressait-il en réalité à l’Algérie ? Depuis le protectorat français qui ne dit pas son nom, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, n’a fait que réaffirmer la ligne immuable de Paris en faveur du prétendu plan d’autonomie marocain, présenté comme l’unique issue au conflit du Sahara Occidental. Une position que la diplomatie française tente d’imposer à la communauté internationale au mépris du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, tandis que les immenses richesses de ce territoire continuent d’aiguiser les convoitises.
La menace de «tirer toutes les conséquences» a le mérite de la franchise. Elle signifie, en creux, que Paris se soucie fort peu de la réaction d’Alger et qu’il n’entend nullement infléchir une politique dictée par d’autres considérations. Les envolées lyriques sur l’amitié franco-algérienne, les déclarations d’estime mutuelle et les appels du pied adressés à l’Algérie ne sont, au fond, qu’un exercice de communication destiné à masquer une réalité autrement plus prosaïque. Les mots changent, la ligne demeure.
Le contraste est d’autant plus saisissant que cette déclaration intervient au lendemain d’un entretien de l’ambassadeur de France à Alger, lequel s’est abandonné à une avalanche de louanges, d’éloges et de formules convenues dans une langue de bois trop policée pour être crédible. A écouter les représentants français, une nouvelle page serait sur le point de s’écrire entre l’Algérie et la France. A observer les actes, c’est toujours le même scénario qui se répète, avec les mêmes acteurs et le même dénouement.
Car les faits sont têtus. Rien, absolument rien, ne laisse penser que la France soit prête à s’affranchir de son tropisme marocain. Comment pourrait-il en être autrement ? Le royaume demeure le prolongement naturel d’une influence française jalousement entretenue depuis le protectorat. La monarchie alaouite, solidement installée sous l’autorité du maréchal Lyautey, reste l’un des piliers d’une relation dont les symboles n’ont jamais disparu. La statue de Lyautey, qui continue de dominer Casablanca, rappelle à qui voudrait l’oublier que certaines pages de l’histoire coloniale française ne semblent jamais avoir été définitivement tournées.
Les gestes de circonstance, les déclarations d’intention et les formules soigneusement calibrées ne sauraient, à eux seuls, dissiper une défiance qui s’est installée au fil des années. A Alger, nombreux sont ceux qui considèrent que les signaux envoyés par Paris relèvent davantage de la communication diplomatique que d’une réelle volonté de rééquilibrer une politique régionale dont les constantes demeurent inchangées. Les inflexions de langage ne valent que si elles s’accompagnent d’actes, et c’est précisément sur ce terrain que le fossé reste béant.
Les danses du ventre auxquelles se livrent périodiquement les dirigeants français, alternant déclarations chaleureuses à l’égard de l’Algérie et réaffirmation de leurs engagements envers Rabat, ne suffisent plus à convaincre les Algériens de la bonne foi du gouvernement français. A chaque tentative de rapprochement succède un rappel des choix fondamentaux de Paris, mettant à nu une diplomatie à deux discours, où les promesses adressées à Alger s’effacent dès lors qu’il s’agit de préserver des intérêts jugés prioritaires.
Ce manque de cohérence nourrit inévitablement le scepticisme, d’autant que le contexte est marqué par le retour dans l’actualité de l’affaire Pegasus. Un nouvel épisode de ce dossier, qui avait déjà provoqué une onde de choc internationale en raison de l’utilisation du logiciel espion contre des responsables politiques français, a récemment ravivé les interrogations de l’opinion publique. Dans un tel climat, les professions de foi diplomatiques peinent à emporter l’adhésion et alimentent, au contraire, le soupçon d’une communication destinée avant tout à contenir les effets politiques d’affaires embarrassantes.
La relation entre l’Algérie et la France ne pourra durablement retrouver de la crédibilité que si elle repose sur une ligne claire, assumée et cohérente. Les ambiguïtés entretenues autour du Sahara Occidental, les déclarations successives qui se contredisent et les gestes symboliques sans traduction concrète ne font qu’approfondir un déficit de confiance déjà considérable.
En diplomatie, les mots peuvent ouvrir des portes, mais ils ne remplacent jamais les actes. Or, c’est précisément sur ce terrain que Paris continue d’être attendu.
M. H.
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