Enseignement supérieur : cinq démissions qui secouent le MESRI
Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) est confronté à une crise sans précédent. Cinq des principaux responsables de la Direction générale de l’Enseignement supérieur (DGES) ont simultanément présenté leur démission, invoquant de « profonds désaccords » avec le ministre Boubacar Camara sur les orientations désormais privilégiées dans la conduite des politiques publiques du sous-secteur. Cette décision collective révèle des divergences sur plusieurs réformes engagées ces dernières années et intervient à peine quelques semaines après l’installation du nouveau gouvernement.
Les démissionnaires sont le professeur Abdoul Aziz Diouf, directeur général de l’Enseignement supérieur, le professeur Babou Diène, directeur de l’Enseignement supérieur public, le professeur Mame Penda Ba, directrice du Financement des établissements d’enseignement supérieur, le professeur El Hadji Omar Thiam, directeur des Études et de la Coopération, ainsi que le professeur El Hadji Samba Ndiaye, directeur des Affaires académiques et juridiques.
Dans un communiqué conjoint, les cinq universitaires expliquent que leur décision est motivée par des divergences profondes avec le ministre sur « sa vision des politiques publiques en cours dans notre sous-secteur ». Ils citent notamment le projet ESPOIR-Jeunes, doté d’un financement de 123 milliards de francs CFA, le programme « Un étudiant, un ordinateur », financé à hauteur de six milliards de francs CFA par an, ainsi que les projets de textes relatifs aux allocations d’études et aux organisations estudiantines.
Au centre des désaccords, le projet ESPOIR-Jeunes, présenté par les signataires comme le principal levier de transformation de l’enseignement supérieur professionnel au Sénégal. Selon eux, cette initiative devait offrir une alternative à un modèle universitaire généraliste qu’ils jugent arrivé à ses limites, tout en répondant aux besoins du marché de l’emploi. Ils estiment cependant que cette ambition est aujourd’hui remise en cause par les nouvelles orientations arrêtées par le département de tutelle.
Ces responsables rappellent que ce programme soutient la construction de huit Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP) à Bignona, Kédougou, Kolda, Koungheul, Louga, Richard-Toll, Sédhiou et Tambacounda, tout en intégrant l’extension de l’ISEP de Diamniadio, la réalisation de crèches universitaires et le financement des contrats de performance des universités. De leur point de vue, ces investissements sont l’un des principaux instruments de modernisation des établissements publics d’enseignement supérieur.
Ils soulignent aussi que le projet finance la transformation numérique des universités, favorise l’insertion professionnelle des étudiants et soutient la recherche scientifique à travers un fonds compétitif. La première édition aurait permis, selon eux, de financer cinquante projets de recherche pour un montant global de trois milliards de francs CFA. À cela s’ajoutent le développement de bibliothèques numériques, l’appui aux revues et presses universitaires ainsi que le renforcement des missions de la CINERI.
Les signataires regrettent aussi le changement d’orientation concernant le programme « Un étudiant, un ordinateur ». Ils affirment avoir engagé une réforme destinée à mettre fin à près d’une décennie de fonctionnement en marge des règles de la commande publique, en privilégiant l’installation d’unités d’assemblage d’ordinateurs au sein des universités. Cette option, selon eux, devait renforcer la souveraineté technologique du pays, améliorer l’accès des étudiants aux outils numériques et garantir une gestion plus transparente des ressources publiques.
Dans leur déclaration, les cinq universitaires affirment avoir conduit leur mission avec la volonté d’inscrire l’université sénégalaise dans une dynamique de refondation fondée sur la souveraineté des politiques publiques. Ils rappellent les travaux réalisés dans le cadre de l’Agenda national de transformation de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (ANTESRI), qui a formulé soixante-quinze recommandations, et l’élaboration de trente-quatre projets de lois, de décrets et d’arrêtés destinés à servir de socle juridique à la réforme du secteur.
Avant de quitter leurs fonctions, les cinq responsables adressent leurs remerciements au personnel de la DGES, à l’administration du MESRI, à la communauté universitaire ainsi qu’aux partenaires du secteur.
Ibrahima Diallo
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