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Pourquoi les légumes sont devenus si chers à Ouagadougou

Pourquoi les légumes sont devenus si chers à Ouagadougou

5 petites tomates à 500 F ? Un piment à 50 F ? Dans les marchés de Ouagadougou, la flambée des prix des légumes bouleverse le quotidien des ménages. Derrière cette pénurie se cachent plusieurs facteurs que producteurs et commerçants tentent d’expliquer.


Ambiance coutumière et matinale à tolls-yaar, au quartier Kalgodin de Ouagadougou. Dans la partie du marché réservée aux légumes et autres condiments, l’ambiance n’est pas celle des grands jours. Les allées sont clairsemées. Assises devant leurs étals, des femmes, généralement âgées, proposent des légumes. Elles hèlent les rares potentiels clients qui passent par là.


Gisèle, une jeune dame, après avoir franchi l’une des nombreuses portes du marché, marque un arrêt chez une vendeuse. Elle observe, touche des légumes, discute et s’en va. 200 mètres plus loin, elle marque encore un arrêt. Cette fois, elle se résout à acheter, comme si elle avait compris que c’est partout pareil. « On parle de la cherté des prix des légumes, mais je n’y croyais pas jusqu’à ce que je vienne faire le marché. Sincèrement, c’est devenu très cher », résume la jeune dame qui explique avoir duré avant de venir au marché.


Lire aussi : « Tout est cher, on va mourir de faim »Aujourd’hui, c’est sauce pâte d’arachide au menu en famille. Une recette qui habituellement demande beaucoup de légumes. Gisèle crie presque à tout moment qu’on lui donne le prix d’un légume. « Tomate qu’on achetait à 100 F est devenue 500. Vous voyez non ? », nous lance-t-il comme pour nous prendre à témoin.


Les légumes sont rares sur les étales des marchés de la capitale, Ouaga, juillet 2026, Studio Yafa« Le piment là, c’est combien ? », 100 F répond la vendeuse, en même temps qu’elle se saisit d’une unité. « Je veux ce qui est gros », avertit Gisèle. « Tu n’as pas dit que tu aimes discuter ? », lui rétorque la vendeuse, dans une ambiance de plaisanterie. « Avant je payais deux piments à 25 F CFA. A 100 même je pouvais avoir 10 piments », rappelle la cliente avec un regard empreint d’impuissance.


Quand Gisèle demande le prix de la tomate, elle tombe des nues. 5 petites boules de tomate, pas belle allure, à 500 F. « Je ne vais pas acheter de tomate aujourd’hui. Je vais aller acheter de la pâte de tomates », dit-elle en précisant qu’elle a déjà de la pâte d’arachide, du sel, du cube magie et d’autre petits condiments à la maison, sans quoi, 10 000 F CFA ne lui aurait pas suffi pour faire le marché du jour.


Partout pareil « Regarder le chou à 500, avant on achetait ça à 100 ou 150 F (…) Tu achètes courgette aussi à 500. Les 1000 F que j’avais sont finis. Je prépare avec quoi ? Il n’y a pas de charbon, ni de tomate, huile. Je ne parle même pas de mettre du poisson dont les prix ont aussi grimpé, 1800 le kg et on ne vend plus demi », une autre complainte d’une cliente. Bernadette Kaboré, toujours à Tolls-yaar se plaint en même temps qu’elle achète.


Selon elle, depuis quelques mois, c’est le même calvaire. « Finalement on rentre souvent du marché avec des crédits de 100 ou 200 F », confesse Bernadette, avant d’émettre un vœu, presque commun à toutes les femmes rencontrées. « Je souhaite que les hommes viennent souvent au marché. Ils comprendront la situation. Sinon actuellement, ils pensent qu’on prend l’argent de la popote pour faire cauris d’or (Ndlr. une sorte d’épargne quotidienne) ».


Les femmes plaident pour l’augmentation de la popote, Ouaga, juillet 2026, Studio YafaA Larlé, un autre quartier de la capitale, Hamed Gambo est venu faire des emplettes. Restaurateur, depuis près de 40 ans, il connaît bien le marché et le cours des légumes en fonction des saisons. Mais il avoue n’avoir jamais connu pareille cherté des légumes. « Je me demande comment les femmes se débrouillent », dit-il. Même s’il reconnaît n’avoir pas augmenté le prix de ses plats à cause de la situation, le restaurateur admet toutefois que la qualité a nettement diminué.


Comme Hamed, la vieille Tipoko (nom d’emprunt) qui vend au marché de Tolls-Yaar constate une situation inédite. Certes, chaque année à une certaine période, les légumes se font rares et leurs prix connaissent une hausse. « 5 tomates à 5 00 F ? je n’ai jamais vu ça, depuis plus de 30 ans que je vends des légumes. Depuis 4 à 5 mois, nous sommes dans cette situation », dit-elle, impuissante. Elle ne manque pas de plaider pour que les hommes augmentent le prix de la popote.


Pourquoi une telle situation ?« Franchement je ne connais pas la raison. On dit qu’il n’y en a pas. Effectivement, quand nous-même nous partons, on constate qu’il y a manque », poursuit la vieille Tipoko qusnd on lui demande la raison de cette hausse des prix.


Pour Théodore Tiemtoré, le curage des barrages et le retard des pluies expliquent la hausse du prix des légumesA Larlé, peu avant 11 h, une moto vient de stationner à l’entrée du marché. De gros sacs sont attachés à l’arrière. C’est Théodore Tiemtoré, jardinier et grossiste, qui est venu livrer du gombo frais et des cornichons à ses client.es. Installé au barrage de Boulmiougou, sortie ouest de la capitale, depuis des années, il semble avoir une explication sur ce qui crée la pénurie. «La pluie n’est pas vite tombée cette année. Par exemple, s’il pleuvait, on allait avoir déjà certains légumes comme le gombo à petit prix », explique-t-il.


Le deuxième argument qu’il avance, ce sont les travaux de curage des barrages lancés ces derniers mois par le gouvernement. « Ceux qui produisaient sur les lits des barrages ont été déguerpis. Même mon périmètre a été réduit », justifie le producteur.


Pluie tardive et travaux de curage du barrage, des raisons qui suffisent à justifier la hausse du prix des légumes dans la capitale ? Demain, nous verrons ce qu’il en est dans certaines villes à l’intérieur du pays.


Tiga Cheick Sawadogo



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