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Citoyenneté et cohésion sociale : « Être intègre, c'est être d'une droiture absolue, incorruptible et honnête », Ibrahim Traoré, directeur régional des Droits humains des Tannounyan

Citoyenneté et cohésion sociale : « Être intègre, c'est être d'une droiture absolue, incorruptible et honnête », Ibrahim Traoré, directeur régional des Droits humains des Tannounyan

Face aux défis sociaux actuels, Ibrahim Traoré, juriste et directeur régional des Droits humains et de la promotion de la citoyenneté et de la paix des Tannounyan (ex-région des Cascades), rappelle que les valeurs telles que l’intégrité, la tolérance, la solidarité et le patriotisme constituent le socle du vivre-ensemble. Dans cet entretien, il explique pourquoi leur transmission aux jeunes est aujourd’hui une nécessité.


Lefaso.net : Qu’entend-on par valeurs sociales au Burkina ?


Ibrahim Traoré : Alors, il faut dire que valeur sociale, c’est toute fait ou toute pratique sociale ou culturelle conforme à la raison, à la nature de l’homme et qui répond positivement aux besoins fondamentaux des membres d’une communauté humaine par son développement.


Quelles sont les principales valeurs sociales du Burkina Faso ?


Il y en a plusieurs ! Il y a notamment la solidarité et l’entraide. Dans les zones rurales, il y a par exemple l’aide mutuelle dans les champs et lors de cérémonies aussi bien heureuses que malheureuses. Il y a aussi la tolérance et le respect mutuel. La tolérance, c’est tout simplement le fait d’accepter et de respecter l’autre dans sa différence. La différence peut être du point de vue ethnique, du point de vue religieux ou du point de vue social.


La cohabitation pacifique aussi des communautés, le dialogue et le compromis en cas de conflit sont des valeurs de chez nous. Et surtout la tolérance est le ciment du vivre-ensemble. Il y a aussi l’intégrité qui est une valeur reconnue dans nos cultures. C’est avoir le sens de la parole donnée, dire la vérité, quoi qu’il en coûte, et demeurer déterminé face aux défis, comme dans le contexte actuel. Être intègre, c’est être d’une droiture absolue, incorruptible et honnête.


Il y a le respect du bien public, c’est-à-dire tout simplement utiliser rationnellement le matériel public, éviter l’abus, le gaspillage, s’abstenir de tout acte de vandalisme, poser des actes en faveur de la protection, de la restauration et de la réhabilitation en cas d’usure ou de dégradation. Je parlerai aussi du patriotisme qui est le fait d’aimer sa patrie. C’est le dévouement du citoyen envers le pays qu’il considère comme sa patrie, la terre de ses ancêtres. Au Burkina Faso, il y a le pardon. Ce sont des comportements liés également aux valeurs qui permettent de renoncer à toute vengeance en raison d’un tort subi et de surmonter les déchirures liées à un conflit pour une bonne cohésion sociale.


Pourquoi est-il important de transmettre les valeurs sociales aux jeunes générations aujourd’hui ?


Il est important de transmettre ces valeurs, comme vous l’avez si bien dit, surtout à la jeune génération pour plusieurs raisons. D’abord, la raison première, c’est de préserver notre identité culturelle. Vous savez, les valeurs comme le respect des aînés, la solidarité, l’hospitalité permettent de conserver l’héritage culturel du Burkina Faso. Et ça permet aussi de renforcer la cohésion sociale, le vivre-ensemble, la cohabitation pacifique en partageant les mêmes valeurs. Les citoyens vivent plus facilement dans l’entente, le respect mutuel et la paix. Les valeurs traditionnelles encourageant l’honnêteté, le travail, la discipline, le sens des responsabilités qui sont des qualités essentielles pour le développement de notre pays. Ça permet aussi de prévenir les comportements négatifs, qui nuisent à la jeunesse.


Quels sont les principaux canaux de transmission des valeurs sociales ?


Alors, les principaux canaux de transmission, c’est déjà la famille, parce que tout commence dans la famille. Il y a aussi l’école, les leaders traditionnels, religieux, la communauté, les cérémonies, les pratiques culturelles et les rites traditionnels que nous avons. On peut transmettre ces valeurs tout simplement par l’éducation des enfants. On peut transmettre ces valeurs à travers aussi l’information, la formation et la sensibilisation des populations.


Peut-on dire qu’il y a aujourd’hui une diminution des valeurs sociales ?


Oui, malheureusement, il y a une crise profonde et préoccupante des valeurs sociales à plusieurs niveaux, notamment à travers les manifestations. Par exemple, il y a des propos et discours des jeunes avec des injures, des humiliations sur les médias, les réseaux sociaux contre des citoyens, y compris même malheureusement les personnes âgées. Il y a aussi des attitudes avilissantes envers les citoyens ou les communautés que l’on remarque. Il y a aussi des actes de corruption souvent, ça concerne aussi bien le secteur privé que le secteur public. On voit des actes d’incivisme en milieu scolaire, en circulation routière, sur le plan économique et sur d’autres aspects importants du quotidien.


Quels mécanismes votre direction a-t-elle mis en place pour former des citoyens responsables ?


Alors, il faut dire que la direction régionale en charge de la promotion de la citoyenneté de chaque région a pour attribution la promotion de ces valeurs sociales. Nous passons généralement par le renforcement de l’éducation civique et morale. Nous travaillons aussi à valoriser le rôle de la famille, comme nous l’avons dit un peu plus tôt, et à sensibiliser les parents à leur responsabilité de transmission de ces valeurs.


Et nous encourageons aussi les populations à promouvoir le civisme à travers les médias en diffusant des campagnes de sensibilisation sur la citoyenneté, le civisme et la protection des biens. À la direction, nous travaillons, encourageons le développement de l’éducation numérique, à former les enfants à l’usage responsable des réseaux sociaux afin de lutter contre la désinformation.


À votre avis, quel rôle concret chaque citoyen peut-il jouer dans la transmission des valeurs sociales ?


Chaque citoyen peut jouer plusieurs rôles dans la transmission des bonnes valeurs sociales. Mais l’élément premier, c’est que chacun de nous puisse montrer le bon exemple autour de lui. À travers sa façon de faire et de pratiquer le respect et la tolérance envers les autres. Si vous voulez que l’on vous respecte, il faut aussi rendre le respect aux autres. Il faut éduquer également les plus jeunes dans ce sens pour qu’ils fassent preuve d’intégrité. Aussi éduquer les gens à utiliser les réseaux sociaux de façon très responsable. Chacun de nous peut donc jouer un rôle dans la chaîne de transmission.


Est-ce que vous avez un message à ajouter particulièrement aux gens de la région des Tannounyan ou à l’ensemble des Burkinabè sur la question de la citoyenneté ?


Alors, à tous les Burkinabè et spécifiquement aux populations de notre région des Tannounya, je les exhorte à s’inscrire dans une dynamique de tolérance et de patriotisme. Que chacun soit dans une dynamique d’utilisation responsable des réseaux sociaux en respectant autrui, aussi bien de façon physique qu’en ligne. Savoir que les réseaux sociaux ne sont pas des zones de non-droit.


Ce sont des zones aussi où la loi s’applique rigoureusement et strictement. Et aussi, s’inscrire dans la dynamique d’intégrité parce que le Burkinabè, c’est celui-là qui a le sens de la parole donnée. Le jeune Burkinabè que l’on souhaite est celui qui respecte les personnes âgées. Celui qui se respecte et respecte ses pairs. Et je pense qu’avec ce comportement nous atteindrons les objectifs de valeurs sociales souhaitables pour le Burkina.


Farida Thiombiano Lefaso.net


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