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À la veille de la période de soudure, le Nord-Ouest du Nigeria plus que jamais exposé à la malnutrition

À la veille de la période de soudure, le Nord-Ouest du Nigeria plus que jamais exposé à la malnutrition

La région du Nord-Ouest du Nigeria pourrait prochainement connaître un triste record : celui du plus grand nombre de personnes souffrant de malnutrition au monde. Avec une insécurité grandissante et subissant le changement climatique de plein fouet, l’avenir est plus qu’incertain pour cette région où les besoins ne sont que très peu considérés. 


C’est une crise loin des projecteurs, qui pourtant concerne une population égale à celle de certains pays européens. Tensions communautaires, insécurité, changement climatique, augmentation des prix du pétrole et des intrants… Enfants, femmes enceintes, mères allaitantes et familles déplacées, de nombreuses personnes luttent contre les effets d’une crise multidimensionnelle qui limite l’accès des familles aux soins, à l’eau potable ou aux autres services de base, particulièrement dans le Nord-Ouest du Nigeria.  


Les acteurs humanitaires font part de leurs inquiétudes. Selon les projections, près de 34,7 millions de personnes (soit près d’un Nigérian sur 7) souffriront de malnutrition aiguë à l’échelle nationale dans les prochains mois, dont 3 millions d’enfants. Pour beaucoup d’enfants, les séquelles pourraient durer à vie, car la malnutrition entraîne un retard de croissance et des troubles du développement dès le plus jeune âge. La période de juin à août, la « période de soudure », est souvent la plus difficile pour les familles vulnérables. Les prix des denrées augmentent au moment-même ou les revenus des ménages chutent, entrainant un risque de famine, de malnutrition aiguë et de décès évitables. 


« Près de 786 000 personnes enceintes ou allaitantes dans le nord du pays souffrent de malnutrition aiguë. Dans des États comme Zamfara et Katsina, le manque de diversité alimentaire est particulièrement grave, ce qui entraîne des taux élevés d’anémie maternelle et de nouveau-nés présentant une insuffisance pondérale à la naissance », observe Deborah Obise, spécialiste des questions de sécurité alimentaire pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL au Nigeria. Près d’un tiers de ces enfants se trouvent dans les États de Katsinda, Zamfara, Sokoto et Kano de la région Nord-Ouest, la plus touchée par l’insécurité alimentaire. 






Nigéria


Contexte et action


237 millions d'habitants


164ème sur 193 pays pour l'Indice de Développement Humain



303 805 personnes bénéficiaires








Des accès aux champs restreint en raison de l’insécurité 


Depuis des décennies, des conflits d’usage des terres entraînent des violences entre éleveurs et agriculteurs. De petites bandes d’auto-défense communautaire, les « vigilants », communément appelés « bandits » en français, ont évolué et se sont structurées en instrumentalisant les tensions entre différents groupes sociaux. Elles pillent, rançonnent, s’adonnent à de nombreuses violences sexuelles, extorquent ou encore kidnappent dans les champs, forçant ainsi les populations à fuir. Lors de l’année écoulée, une augmentation des attaques contre les agriculteurs a été observée, notamment lors de la saison des récoltes.  


« L’insécurité a considérablement restreint l’accès aux terres. Les bandits et les groupes armés imposent des taxes sur les récoltes ou empêchent tout simplement les agriculteurs d’accéder à leurs terres », observe Deborah Obise. 


Dans une région où la population vit de culture du sorgho, du millet, du maïs ou de différents légumes, les priver de leurs champs, c’est les priver de leurs moyens de subsistance. Dans les États de Sokoto et de Zamfara – où 638 villages ont été attaqués entre 2023 et 2025 – le nombre de personnes ayant dû se déplacer est en constante croissance. Dans l’ensemble de la région, 1,3 million de personnes ont été jetées sur les routes.  82% d’entre elles sont hébergées dans des communautés hôtes, ajoutant ainsi une pression sur des ménages déjà en difficulté.  




Changement climatique et greniers vides 


À l’insécurité s’ajoutent les inondations causées par les fortes pluies, facteur de déplacement de population et de destruction des récoltes et des réserves. En 2025, 403 000 personnes ont été concernées par ces inondations à l’échelle nationale, la plupart ayant eu lieu dans la région du Nord-Ouest. Résultat, les sources d’eau potable s’amenuisent et les distances pour les atteindre s’allongent, renforçant ainsi l’insécurité alimentaire. 


« Il y a une inquiétude profonde concernant la période de soudure prochaine, entre les mois de juin et août » qui correspond au moment où les greniers se vident avant les prochaines récoltes, alerte Deborah Obise. Celles-ci ont souvent été insuffisantes à cause de l’insécurité. Pour la plupart, elles ont aussi pourri en raison des pluies diluviennes.  


Selon les projections, 34,7 millions de personnes pourraient bientôt souffrir de malnutrition aiguë sévère dans le pays, avec, en première ligne, les populations du Nord-Ouest, ce qui en ferait la plus grave crise nutritionnelle dans le monde. Problème, les financements ne répondent déjà pas à l’étendue des besoins et la région n’est pas incluse dans le plan de réponse humanitaire mais dans un plan de réponse opérationnelle sous-financé. Une situation qui ne fait qu’empirer au regard des coupes budgétaires réalisées dans l’aide publique au développement à l’échelle mondiale.  


Pour répondre à cette crise, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL est présente dans les États de Zamfara et Kebbi. Dans le Zamfara, des micro-jardins, des formations aux techniques agricoles respectueuses de l’environnement ou encore des activités génératrices de revenus ont été mises en place, et les équipes mettent également en œuvre des programmes d’eau, assainissement et hygiène afin de réduire les maladies hydriques qui favorisent la malnutrition.  




Photos : © John Peters Anyanwu / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL










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