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Filière coton : Les paysans abandonnent les plantations

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 :A l`instar des autres zones de production, les acteurs du coton de la région du Denguélé assistent, avec impuissance, le démantèlement de leur filière. Marges bénéficiaires dérisoires, charges d`exploitation énormes, inorganisation constituent, entre autres, les raisons de la déchéance de l`or blanc.

«Il n`y pas que le café et le cacao. Il y a aussi le coton qui occupe beaucoup d`Ivoiriens » déclare Laurent Gbagbo, le 26 mai 2001 à l`occasion de l`inauguration de l`usine d`égrenage de coton de M`Bengué, localité située à 70 Km de Korhogo. Ces propos du chef de l`Etat sont aujourd`hui contrariés par la réalité du terrain. Les paysans, qui ont perdu toute confiance à cause de la mévente de leurs produits, s`intéressent de moins en moins en la spéculation. En effet, l`or blanc ne brille plus. On assiste à une véritable désertion au sein des producteurs. Odienné est sans doute la zone où la saignée est ressentie avec acuité. La région est sinistrée.

«J`ai renoncé à la culture du coton au profit de celle du maïs depuis quatre ans», raconte Issouf Koné planteur à Gbanhala, un petit village situé à une dizaine de kilomètres d`Odienné. Pour le paysan, le coton cause aujourd`hui plus de problèmes qu`il n`en résolve.
Mauvaises réformes

Les engrais et autres intrants sont devenus chers. Les producteurs démunis, n`arrivent pas à entretenir les parcelles, faute d`argent. Le système de rémunération en vigueur n`est pas à leur avantage vu qu`ils sont payés plusieurs mois après l`enlèvement du produit par les acheteurs. Ces acheteurs, pour la plupart véreux, ne montrent aucun empressement à reverser les sommes dues. A ce jour, les dettes envers les paysans se chiffrent à des milliards de Fcfa. La quasi-totalité des paysans préfèrent s`engager dans l`agriculture de subsistance qui permet non seulement d`avoir du cash mais surtout de prendre en charge le quotidien de la famille. D`autres paysans, qui gardent encore un petit espoir, ont choisi de réduire momentanément leurs productions. C`est le cas de Lamsa Soro à Tiémé. De 10 hectares en 2002, il ne possède plus que 3 hectares. « Nous sommes déçus parce que le coton nous fatigue pour rien», se plaint-il. Selon un conseiller agricole dans la région, les statistiques en termes de surface cultivée montrent l`ampleur du désistement des masses laborieuses en faveur du coton. La localité de Tiemé réputée être une importante zone de production n`est plus que l`ombre d`elle-même. La bourgade qui consacrait plus de 400 hectares au coton n`a mis en valeur que 27 hectares la saison dernière. En ce qui concerne la zone de Minignan, elle n`a fait que 39 hectares pendant cette campagne contre 600 hectares par le passé. Le chef de zone de Ivoire coton (compagnie cotonnière) d`Odienné affirme que la superficie moyenne cultivée de 2000 à 2005 était de 13.000 hectares. Selon Vassiriki Koné, à partir de 2005, elle a baissé progressivement pour atteindre 1.679 ha en 2008. Soit une baisse de 87% en trois ans. Pour lui, le constat est clair. L`or blanc n`est plus vraiment précieux aux yeux des cotonculteurs du Denguélé. La culture de rente a cessé d`être la locomotive de l`agriculture d`exportation dans la région. «En 2005 Odienné a produit 15.623 tonnes de coton. Mais nous n`avons enregistré que 2.525 tonnes en 2008, soit une baisse de 84% en trois ans, selon les sources de Ivoire coton », explique l`opérateur économique. Quel vent a donc pu pâlir ce qui faisait la fierté du paysan du Nord ? Nombreux sont ceux qui pointent un doigt accusateur sur le conflit armé. «Quand la guerre est arrivée, les paysans, pris de peur, ont cessé toute activité. Cela a fait fléchir la production de 2003 », explique Bertin Koffi, un des responsable de Ivoire coton. Cependant les paysans se sont remobilisés les années suivantes. « En 2005 par exemple, poursuit-il, nous avons enregistré 13.713 ha de surface cultivées contre 11.000 hectares en 2001, avant la survenue de la belligérance», dit-il. Autant dire que si la crise sociopolitique peut justifier la descente aux enfers de la filière, il n`en demeure pas moins que beaucoup d`autres dysfonctionnements contribuent à décourager les cultivateurs. « On a pris mon argent pour rembourser le crédit des autres. C`est pourquoi je ne fais plus de coton», fulmine Issouf Koné de Gbanhala. En effet, certains paysans ont été victimes d`un système de remboursement que le chef de zone Ivoire coton d`Odienné décrit comme découlant des réformes institutionnelles mises en œuvre par l`Etat. C`est un système qui s`inscrivait dans le cadre de la nouvelle loi coopérative où l`on demandait à chaque Groupement à vocation coopérative (Gvc) de faire sa mue pour devenir une coopérative capable de gérer ses propres affaires. Dans ce contexte l`on ne prêtait les intrants qu`aux coopératives. L`objectif était de responsabiliser ces groupements. Ainsi, au moment du remboursement, seules les coopératives assumaient. On prélevait la dette globale accumulée par tous les membres sur les recettes de la coopérative. En d`autres termes, ce système appelé « retenue systématique » consistait à faire une ponction sur l`avoir des bons paysans pour rembourser les dettes des mauvais », explique M. Koffi. Non contents de cette méthode « injuste » beaucoup ont dû raccrocher les houes. En plus de ces difficultés organisationnelles, le faible niveau de rémunération a contribué au recul de la production.


La menace cajou

En effet, au moment où la marge bénéficiaire des paysans s`effondre littéralement, les prix des intrants augmentent régulièrement. A titre d`exemple, le prix du sac d`engrais NPK a grimpé de 12.000 Fcfa en 2000 à 18.250 fcfa en 2008. Sur la même période, le prix du kilogramme bord champ est tombé de 210 Fcfa à 155 Fcfa. Les responsables agricoles reconnaissent que la question des prix est la grande difficulté qui se joue dans les zones de production d`autant que chaque fois que les prix d`achat du kg du coton s`annoncent à la hausse, les surfaces cultivées augmentent. Outre ces facteurs qui expliquent la démobilisation des cotonculteurs, un autre facteur est évoqué. L`anacarde. Les paysans semblent avoir trouvé une alternative à la culture de l`or blanc. « A Odienné, on ne voit désormais que du maïs et de l`anacarde. Point de coton», témoigne un enseignant au collège moderne de Tiemé. Ce désenchantement des producteurs est lourd de conséquence pour Ivoire coton. En effet l`entreprise a fermé la direction régionale d`Odienné et deux de ses quatre zones. Elle y a réduit son personnel d`encadrement qui est passé de 89 à 52 aujourd`hui. Etant directement menacée par cette démotivation des paysans, l`entreprise multiplie les actions pour les stimuler à s`intéresser à nouveau au coton. Il y a deux ans, elle a supprimé le remboursement par la retenue systématique. Malheureusement beaucoup de paysans semblent ne pas le savoir. Aujourd`hui, l`entreprise se rapproche de plus en plus des paysans pour mieux les informer.

Les responsables souhaitent que l`Etat continue de subventionner les intrants comme il l`a fait l`année écoulée. Cette subvention a contribué à alléger le prix des engrais : les quatre sacs d`engrais NPK ont coûté 36.500 Fcfa contre 50.000 Fcfa hors subvention. Celui de l`urée est passé de 15.250 Fcfa à 8.375 Fcfa

« Si la subvention de l`Etat est vite annoncée cette année, Ivoire coton prévoit mettre en valeur au moins 4.000 ha dans le Denguélé », soutient le chef de zone, Koné Vassiriki.

Tenin Bè Ousmane Correspondant régional


Article publié le lundi 20 avril 2009
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