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Aéroport d'Abidjan Le trafic est en chute libre

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 :La crise mondiale frappe de plein fouet la destination Côte d’Ivoire. L’aéroport Félix Houphouët-Boigny de Port-Bouet perd du terrain. Affluence modeste, taux de remplissage étroit, tarmac clairsemé, personnel oisif… Le trafic à l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny est en baisse. Le rapport établi par l'Association internationale de transport aérien (Iata) annonce une chute d’environ 35 %. La balance des services présente un déficit structurel imputable au fret. Selon le même organe, ce déficit s'est sensiblement alourdi par les départs massifs, dégradant ainsi le solde du poste «voyages». L'on note également que la chute des transferts courant reste élevée malgré toutes les actions commerciales des agences de voyages. Le compte du capital enregistre une baisse continue des investissements dans un environnement marqué par une morosité grandissante du climat des affaires. Le nombre de passagers locaux (hors transit) a connu une baisse de 34 %, en passant de 20.485 passagers au troisième trimestre 2008 à 12.810 passagers au 1er trimestre de cette année. Les difficultés d'exploitation d'Air Ivoire, dues au manque d'aéronefs et la baisse des passagers de la plupart des compagnies régulières expliquent cette diminution. Heureusement que la compagnie nationale, en raison du retour des pèlerins de La Mecque, a boosté un tant soit peu ses chiffres. Mais cela n'a pas permis de contrebalancer la baisse générale. En effet, la destination Côte d'Ivoire n'attire plus. «Les avions arrivent presque vides à l'aéroport d'Abidjan. Tous les passagers en provenance de l'extérieur descendent à Accra», confesse le responsable local d’une compagnie basée à Abidjan, incriminant par ailleurs la non certification de l'aéroport ivoirien. «Nous ressentons directement les contrecoup du désintérêt de la destination Côte d'Ivoire. Les agences de voyages vivotent aujourd'hui», renchérit Viviane Anewa, une voyagiste. Elle envisage de plus en plus de délocaliser vers des cieux plus cléments, probablement vers Accra. La capitale ghanéenne est en plein boom économique et offre les meilleures opportunités aux hommes d'affaires. «C'est peut-être sadique mais la crise ivoirienne nous profite beaucoup », ironise Morgan Achempong, gérant d'hôtel à Accra qui ajoute que les chiffres du tourisme ont flambé ces derniers mois. Sur les causes endogènes, la morosité est liée à la baisse du pouvoir d'achat des populations, conjuguée à la chute de la consommation intérieure. Le trou d'air sur la destination ivoirienne est déprimant, mais la conjoncture est mondiale. L'Iata, qui s'attendait à 2,5 milliards de dollars de pertes, a revu sa copie à la baisse et table désormais sur un chiffre de 4,7 milliards. Le Directeur général de l'association, Giovanni Bisignani déclare que 2009 va être «l'année la plus dure que les compagnies aériennes aient connue jusqu'ici». L'organisme qui représente 230 compagnies soit 93% du trafic aérien international, estime que le trafic de fret devrait reculer de 13 pour cent tandis que le trafic de passager risque de baisser de 5,7 pour cent. Pour ce qui est du chiffre d'affaires global des compagnies aériennes, il est attendu une baisse de 12 pour cent, à 467 milliards de dollars. «Avec le ralentissement économique, la demande s'est détériorée bien plus rapidement que ce qui avait pu être anticipé» précise le Directeur général. Du fait de la baisse de la demande et donc du trafic aérien, les deux constructeurs d'avions Airbus et Boeing, font face à une forte baisse des livraisons pour l'année en cours. Seule bonne nouvelle : la baisse du prix du pétrole qui «aide à compenser des pertes toujours plus importantes» explique-t-il. Une chute à 35 pour cent degré Giovanni Bisignani n'en est pas pour autant confiant : il estime que s'attendre à «une reprise significative en 2010 tient plus de l'optimisme que du réalisme». Si les compagnies sont en première ligne face à la chute du trafic aérien, les grands aéroports ne sont pas mieux lotis. Réunis en congrès à Londres, en Angleterre en fin de semaine dernière, les membres de l'Association des aéroports internationaux (Aci), qui représente 65 pour cent du trafic mondial, ont dressé un tableau plutôt sombre de la situation. A quelques exceptions près, tous ont vu leur activité piquer du nez dès le troisième trimestre 2008, avec un trafic passager en baisse de 2 pour cent en moyenne. Le plongeon s'est accentué en décembre, marqué par un recul de 5,6 % pour les passagers et de 19,7 pour cent pour le fret. La chute atteint même 24,5 pour cent pour le seul trafic cargo international. La seule exception reste le Proche-Orient, où le trafic passager a encore augmenté de 6,5 pour cent en décembre (+ 5 pour cent à Dubaï). Mais même ces aéroports du Golfe enregistrent une forte diminution du fret (- 8 pour cent). Quant aux perspectives pour les prochains mois, elles n'ont rien d'encourageant. L'Aci a revu ses prévisions à la baisse et table désormais sur un recul de 4 pour cent du trafic passager, avec une aggravation de la crise au premier semestre « et une lente stabilisation du trafic durant le reste de l'année », selon son Directeur général, Angel Gittens. « Nous prévoyons une croissance irrégulière en 2010, le véritable rebond n'arrivant pas avant 2011», ajoute-t-il. Comme les compagnies aériennes, les aéroports vont donc devoir s'adapter à une baisse de leurs recettes, directement liées au nombre de passagers à travers les redevances et les achats sur place. Mais, contrairement aux transporteurs, ils n'ont pas la possibilité de réduire leur offre. « Quelle que soit la baisse du trafic, nous devrons continuer à rembourser nos dettes et à faire fonctionner les pistes et les aérogares au plus haut niveau de sécurité », souligne le directeur de l'Aci. Les aéroports ne pourront pas non plus se rattraper sur les redevances acquittées par les compagnies aériennes. Les seules véritables économies risquent donc de se faire sur les investissements. Ce qui ne va pas sans soulever d'autres problèmes. Selon l'Aci, les dépenses d'investissement déjà engagées par les aéroports internationaux s'élèveraient au total à 50 milliards de dollars à fin 2008. Mais tailler dans ces programmes reviendrait à réduire la capacité future des grandes plates-formes. Or, selon les chiffres d'Eurocontrol, les investissements actuels des grands aéroports européens ne seraient déjà pas suffisants pour faire face au doublement prévu du trafic européen d'ici à 2020. Une hypothèse que la crise actuelle n'a pas encore remise en question. D'où la volonté affichée par certains, comme Aéroports de Paris, de maintenir leur effort d'investissement malgré la conjoncture. Le groupe prévoit d'investir 2,54 milliards d'euros d'ici à 2013. Mais ses redevances continueront à augmenter. Lanciné Bakayoko


Article publié le lundi 13 avril 2009
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