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Le Congrès du PCT ou la chasse au Mvouba

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Il n’est un secret pour personne à Brazzaville que le 6e congrès ordinaire du PCT qui se tient du 3 au 7 juillet 2011 dans la capitale du Congo ne poursuit qu’un but : écarter de la direction du parti Isidore Mvouba, secrétaire général par intérim depuis la disparition d’Ambroise Noumazalaye. Les barons survivants du PCT n’ont pas la mémoire courte : ils conservent le souvenir vivace de l’assassinat de Marien Ngouabi. Tout préoccupés à organiser le meurtre du chef de l’Etat (1), ils avaient oublié que le secrétaire permanent du parti était un homme originaire du sud du pays, en l’occurrence Tchystère Tchicaya. En effet celui-ci devait, suivant une règle en vigueur à l’époque selon laquelle « le parti dirige l’Etat », succéder au chef de l’Etat défunt. C’est en catastrophe qu’ils avaient dû inventer de toutes pièces un monstre juridique et politique appelé « Comité militaire du parti » lequel  permit à Yhombi et à Sassou de garder le pouvoir dans le giron régional de la Cuvette.


C’est afin d’éviter le renouvellement d'un tel scénario que les officines tribales se sont réunies et l'ont décidé nuitamment : il faut à tout prix empêcher l’intrus Mvouba de nourrir quelque prétention à diriger le parti, même s'il est le plus légitime. Le risque est trop grand, un jour, qu'il ne s'impose comme le candidat du PCT à des élections présidentielles, en cas de vacance du pouvoir.


L'homme est pourtant un apparatchik de toujours de ce parti dont il a gravi patiemment les échelons, depuis l’UJSC (Union de la jeunesse socialiste congolaise, le mouvement de la jeunesse du parti, dont il a longtemps été le chef). Mais ce fidèle de Sassou est affligé d’un lourd handicap, une tare rédhibitoire aux yeux du clan d’Oyo : il est originaire du Sud et, pire, du Pool, ce qui en soi suffit à le disqualifier irrémédiablement.


Emmanuel Yoka, oncle du chef de l’Etat, son ennemi intime bat depuis très longtemps la campagne de dénigrement du personnage. Lorsque Mvouba fut « Premier ministre », un poste non prévu par la Constitution bref un « fantôme constitutionnel » Yoka, simple ministre (mais il est vrai également directeur du cabinet du chef de l’Etat) ignorait superbement ce dernier, lui signifiant qu’il n’avait aucun compte à lui rendre. Le problème de la suprématie de Mvouba au gouvernement a, depuis, été réglé par une autre trouvaille : celle de la création des « pôles » ministériels, qui fait d’une demi-douzaine de ministres, les référents d’autres ministres de moindre calibre… C’est dire que le processus qui consiste à écarter Mvouba du sommet du pouvoir, est en marche depuis longtemps. Ces derniers mois la disgrâce se serait même traduite par le refus catégorique du pouvoir de le voir être décoré de la Légion d’honneur, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance du Congo, alors qu’il aurait été pressenti par la France en lieu et place d’Okemba que le palais de Mpila lui aurait préféré…


Autant de déboires qui ne chagrinent d’ailleurs pas grand-monde y compris dans sa région d’origine où nul n’en a versé une larme. C’est que le personnage a des « réflexes » (sa marque de fabrique) et un positionnement illisibles dans cette contrée où, malgré quelques sacs de riz offerts ici ou là, peu de monde se reconnaît en lui…


Le processus d’éviction de Mvouba au secrétariat général du PCT étant d’ores et déjà acté dans les officines de Talangaï, la course au contrôle du PCT se résume, comme du reste la vie politique au Congo, en une lutte intestine entre clans rivaux de la famille du président, avec quelques alliés pour spectateurs. Car même si le PCT n’a plus son influence d’antan, supplanté qu’il est par la loge maçonnique du président, il reste, par son maillage du territoire une force qui peut compter dans la perspective de la succession à Sassou, lequel va allègrement sur ses soixante-dix ans d’âge.


De ce point de vue Sassou va devoir, en l’absence de Lekoundzou Itihy Ossétoumba, affaibli et mis hors-jeu par l’administration d’un violent poison (selon son propre témoignage), départager entre l'écurie de Jean Dominique Okemba et celle de Michel Ngakala, avec comme outsiders - en réalité des porteurs d’eau - les Henri Djombo, Okombi Salissa, Zacharie Bowao…Emmanuel Yoka pencherait pour la solution d’un idéologue « inoffensif » pour le clan d’Oyo comme Zacharie Bowao, histoire de répandre de la poudre aux yeux de ceux qui pourraient crier à la confiscation du pouvoir par ledit clan. Sassou, lui, ne s’encombrerait pas de ce genre de scrupule et souhaiterait - selon " La Lettre du Continent "  (9/6) - confier  les clés de la maison au fidèle Rodolphe Adada, un Mbochi pure souche de Boundji, quitte à compenser sa relative inexpérience des intrigues politiciennes en le cornaquant par un Camille Bongou encore sur le retour. Ce serait là, dans l’esprit du chef de l’Etat un signe d’ouverture : celle d’un Mbochi d’Oyo vers un Mbochi de Boundji, lui qui considérerait à présent qu’un poste tel celui-là, comme celui de directeur de la SNPC d'ailleurs, ne doit plus échapper à un riverain de l’Alima…


Mvouba, comme Thystère Tchicaya ?


Mise à part la chasse au Mvouba, le congrès du PCT règlera quelques autres problèmes familiaux et donc d’ordre national : persuader les cousins et les neveux qui ont créé des partis et associations de ne pas éparpiller les forces et de rejoindre la famille politique de Tonton. Ainsi Willy Nguesso et son Club 2002 PUR, Edgar Nguesso et son « Agir pour le Congo », Serge Blanchard Oba et son Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD) seront priés d’être gentils et d’écouter pour une fois leur aîné.Pour le reste si (ne riez pas) la social démocratie sera dorénavant l'idéologie du parti, à la place du marxisme léninisme, il n’est pas prévu que le PCT change de devise et de slogans. Ce sera toujours « Tout pour le peuple, rien que pour le peuple ! » ; « Vaincre ou mourir ! » ; « Le pouvoir au bout du fusil » ; « Ebonga, ébonga té toujours meilleur »… Quant à l'insigne du parti autrefois fabriqué en Corée du nord, la Chine est aujourd'hui bien placée pour ravitailler " le parti de Marien ", même si peu de militants en sont demandeurs, bien conscients que le pouvoir de nos jours se situe du côté de la loge de la franc-maçonnerie plutôt que dans le port de ces " bouchons de bière ". " C'est la dialectique ", dirait un vieux militant nostalgique diplômé, comme feu Pierre Anga, de l'école supérieure du parti. En effet...


(1) Si l’on en croit la version non officielle des faits donnée par Commission Ad Hoc "Assassinats", de la Conférence nationale.










Article publié le lundi 13 juin 2011
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