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L’ONG Global Witness, spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles des pays en développement et la corruption politique, vient de publier un rapport intitulé « Qui achète le coltan de contrebande du Rwanda? ». Celui-ci examine les circuits opaques du commerce du coltan, un minerai stratégique utilisé dans les composants électroniques. Le rapport montre comment la demande mondiale en technologies contribue, par des circuits opaques, à la persistance des conflits dans la région des Grands Lacs. Il appelle à une réforme urgente des pratiques commerciales afin de rompre le lien entre minerais et guerre.
Le coltan constitue une source importante de revenus pour le Rwanda, qui applique une taxe de 5% sur les exportations. Depuis 2023, il représente la deuxième source de recettes d’exportation du pays après l’or.
Contexte général
Le coltan, ou colombo-tantalite, est indispensable à la fabrication des téléphones, ordinateurs et autres appareils électroniques. Selon Global Witness, une part importante du coltan exporté par le Rwanda proviendrait en réalité de la République démocratique du Congo (RDC), en particulier des zones de conflit de l’Est du pays. Les minerais concernés seraient notamment extraits des mines de Rubaya, dans le Nord-Kivu, qui produisent environ 15% du tantale mondial. Ces mines sont devenues une source majeure de financement pour le M23, un groupe armé soutenu par l’armée rwandaise. Appuyé par plusieurs milliers de soldats rwandais et des armes sophistiquées, le M23 a conquis de vastes territoires face à l’armée congolaise et à ses alliés. Il a notamment pris Goma et Bukavu en janvier et février 2025, deux villes qui comptent ensemble plus de trois millions d’habitants.
Le conflit a fait des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes. Pendant un an, Global Witness a suivi le parcours du coltan congolais, depuis les mines jusqu’aux chaînes d’approvisionnement mondiales, en passant par son transfert présumé vers le Rwanda avec la complicité des autorités locales. Dans ce contexte, les exportations rwandaises de coltan ont plus que doublé en trois ans. Une partie de ce minerai pourrait avoir intégré les chaînes de grandes marques internationales, notamment Microsoft, Vodafone, Sony, Amazon, Nvidia, LG Display, Ericsson, Toyota et Apple, et se retrouver dans des produits utilisés au quotidien.
Liens entre exploitation minière et conflits
Dans l’Est de la RDC, l’exploitation du coltan finance des groupes armés et des milices, ce qui entretient les violences et l’instabilité régionale. Les chaînes d’approvisionnement internationales y contribuent souvent malgré elles : le minerai est mélangé à d’autres lots puis exporté comme s’il était d’origine rwandaise. Selon des experts de l’ONU, plus de 120 tonnes de coltan par mois auraient été introduites frauduleusement au Rwanda entre mai et octobre 2024. Cette contrebande aurait provoqué la plus importante contamination des chaînes d’approvisionnement observée dans la région des Grands Lacs depuis dix ans, et elle se serait probablement intensifiée en 2025. Un an après la prise de contrôle de certaines zones par le M23, au moins 1.400 tonnes de coltan, voire davantage, auraient été transférées illégalement de la RDC vers le Rwanda. Aujourd’hui, ces minerais transiteraient souvent par Goma, ville contrôlée par le M23, avant de franchir la frontière.
Acteurs économiques et responsabilités
Entre janvier 2023 et septembre 2025, sept entreprises rwandaises assuraient à elles seules près de 85% des exportations de coltan du Rwanda. Une fois sorti du pays, le minerai est acheminé vers les ports de Dar es Salaam, en Tanzanie, ou de Mombasa, au Kenya, avant d’être expédié vers la Chine, les Émirats arabes unis, Hong Kong et le Luxembourg. Il est ensuite vendu à des fonderies et affineries, qui extraient et purifient le tantale pour le transformer en poudre, fil ou lingots, utilisés notamment dans les condensateurs résistants à la chaleur, les implants chirurgicaux et certains alliages destinés aux réacteurs. Selon Global Witness, huit fonderies auraient traité l’essentiel du coltan exporté du Rwanda sur cette période : six en Chine, une au Kazakhstan et une en Thaïlande.
Des entreprises internationales achèteraient ainsi du coltan sans toujours en vérifier l’origine réelle, ce qui contribuerait indirectement au commerce illicite. L’ONG appelle donc à une traçabilité plus stricte et à des obligations renforcées de diligence raisonnable dans le secteur électronique. L’enquête estime toutefois que les mécanismes existants, comme l’ITSCI ou Better Mining, n’ont pas empêché l’entrée de coltan lié au conflit dans les chaînes d’approvisionnement. Elle souligne aussi que les audits de la Responsible Minerals Initiative (RMI) n’auraient pas permis d’identifier ce minerai dans les circuits des fonderies.
Recommandation
Global Witness préconise d’accroître la transparence des chaînes d’approvisionnement en minerais, de sanctionner les acteurs impliqués dans le commerce de minerais de conflit et d’appuyer les initiatives locales et internationales visant une exploitation responsable et pacifique des ressources naturelles.
Gaston Mutamba Lukusa
Article publié le dimanche 21 juin 2026
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