L’intérêt de l’Occident pour l’Afrique en ce début du millénaire suscite beaucoup d’interrogations. Il faut dire que le continent regorge de matières premières qui dynamiseraient les économies occidentales en panne. Mais cet intérêt est aussi consécutif à la place et au rôle que joue la Chine depuis une vingtaine d’années dans un marché habituellement consacré au troc des matières premières contre les produits manufacturés.
Pour preuve, les conférences sur le développement de l’Afrique commencent à occuper l’espace médiatique français. L’Institut Montaigne a débattu sur des thèmes distillés. Mais la grande surprise a été la sortie très remarquée de sa retraite de Jean-Louis Borloo qu’on croyait affaibli par la maladie. L’ancien ministre de l’écologie, dans sa verve habituelle, a présenté au cours d’une conférence de presse sa fondation « Énergie pour l’Afrique » qui vise à développer le réseau électrique sur le continent. Jean-Louis Borloo a assuré qu’il avait le soutien total du gouvernement et de François Hollande pour son projet.
Ce discours nous est familier. L’année dernière, le président Barack Obama en parlait. L’électrification de l’Afrique subsaharienne était son projet phare au cours de son dernier mandat. Jean-Louis Borloo s’en est-il inspiré ?
Face à ces enjeux vitaux, quelle sera la contrepartie pour l’Afrique ? Comment paiera-t-elle ces investissements ? Quelles places occuperont l’état et le privé dans ces projets qui changeront la vie monotone du continent ?
L’expérience nous montre que la construction des usines clé en main a été un échec en Afrique. Un volet de ces investissements comportera-t-il un véritable transfert de technologie ? Nous pouvons aussi nous interroger sur les intentions des mécènes et nous assurer que nous n’allons pas assister à un nouvel affrontement entre l’Occident et la Chine pour le contrôle du marché africain et de ses matières premières. Pour une fois, les africains seront-ils enfin maîtres d’œuvre ?
Le développement et le processus démocratique
Le développement économique est étroitement lié au processus démocratique. Pour poursuivre son développement, l’Afrique a besoin de nouvelles têtes, c’est-à-dire des femmes et des hommes libérés du complexe colonial pour participer activement aux projets en cours. Ces projets doivent être pensés et réalisés par des équipes où le rôle des africains est pris en compte.
Dans un système opaque où la corruption règne et où les dirigeants confondent toujours le bien public et le bien privé, il serait temps que le processus démocratique accompagne le développement. Nous pouvons donc saluer la décision du président sénégalais qui a décidé de faire un référendum l’année prochaine pour réduire le mandat présidentiel de sept à cinq ans. Le Sénégal va donc vers une constitution qui permettra deux mandats au maximum pour éviter l’usure du pouvoir qui plombe l’Afrique.
Nous encourageons en conséquence l’action de Barack Obama qui a récemment financé les réunions d’activistes en République démocratique du Congo pour faire émerger de nouveaux dirigeants. Ces actions doivent se poursuivre dans tous les états où règnent des présidents corrompus et accrochés au pouvoir. Voilà qui nous ramène au bon vieux « droit d’ingérence » longtemps décrié et qui s’avère aujourd’hui efficace pour chasser du pouvoir les présidents « naturels ». Blaise Compaoré en sait quelque chose.
L’Union africaine peut-elle garantir la souveraineté du continent ?
Pour se développer, l’Afrique doit se donner des moyens. Prenons le cas le l’Union Africaine qui garantit la souveraineté du continent. Cet organisme est une coquille vide et ne peut faire basculer les accords en faveur du continent.
Quel émoi d’apprendre, de la bouche du zambien Joseph Chilengi, président du Conseil Économique, Social et Culturel (ECOSOCC), de l’Union Africaine au cours d’une conférence de presse à Douala au Cameroun, que l’Union Africaine est financée à hauteur de 93% par l’Occident ! Pour un organisme chargé de défendre la souveraineté de l’Afrique, c’est un comble. Et que dire de ces « présidents pauvres » qui ne paient pas leurs cotisations à l’Union africaine et s’offrent des avions présidentiels de prestige? L’Union Africaine doit pourtant peser sur les projets en cours.
Les dirigeants africains ont-ils conscience du rôle de l’Union Africaine ? Nous pouvons en douter. Si l’union fait la force, l’Afrique doit donner les moyens à cette institution dont le vrai rôle est de défendre les intérêts de tout le continent et éviter ainsi les accords déséquilibrés bilatéraux et régionaux qui pénalisent les plus faibles.
Par Michel Lobé Etamé
Journaliste
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Article publié le vendredi 20 mars 2015
