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Un certain souci de l’image de l’Afrique… - 27avril.com


Le chef de la junte guinéenne Mamady Doumbouya | Photo: AFP Le cénacle des Nations unies est fait pour l’Histoire, pour les esprits brillants, et l’Afrique en compte suffisamment, pour ne pas s’offrir en spectacle à son désavantage.

Avec l’affluence africaine, cette année, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, on peut dire que le continent pouvait difficilement ne pas être audible. Quels points de vue de l’Afrique peut-on, selon vous, retenir comme ayant, concrètement, marqué cette 78e session, à New York ?

En prenant, ici et là, un extrait de quelques-uns des discours prononcés par certains dirigeants du continent, peut-être pourrait-on reconstituer quelque peu ce qui constitue l’essentiel des préoccupations de l’Afrique, aujourd’hui. Mais, l’exercice serait fastidieux. Car, s’ils ont beaucoup parlé, c’était, souvent, pour se glorifier, ressasser les mêmes frustrations à la face du monde, ou citer sans cesse la charte du 26 juin 1945, croyant instruire le monde. Quant au siège permanent pour l’Afrique au Conseil de sécurité, l’on attend toujours de savoir ce que l’Afrique compte en faire, par qui elle le fera incarner, pour porter exactement quelle voix.

En 2019, lors de la promotion de ses mémoires, « Tough Love », la diplomate américaine Susan Rice s’était permis, dans un de ces shows humoristiques qu’affectionnent ses concitoyens, quelques plaisanteries sur le défilé des dirigeants africains et leurs suites à New York, chaque année, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies.

Elle assimilait alors cela à un folklore grotesque, dispendieux, comme on dit, au Québec. Si Susan Rice n’avait pas été noire, d’aucuns auraient assimilé cette description peu charitable à du racisme. Mais comment l’en accuser, lorsque l’on sait que, du temps où elle était sous-Secrétaire d’État aux Affaires africaines, elle vouait une grande admiration et un profond respect à certains dirigeants africains, ne tarissant par exemple pas d’éloges sur le Botswanais Festus Mogae !

Les dirigeants africains ne méritent donc pas de telles railleries, selon vous ?

Ils devraient, en tout cas, savoir à quel point ils peuvent être des proies faciles pour certains esprits moqueurs, et pas seulement en Occident. Et donc, bien se tenir dans ces grands rendez-vous, au lieu de prendre le Palais de verre de Manhattan pour un théâtre où se donner en spectacle. Évidemment, la plupart des dirigeants tiennent leur rang. Mais il suffit, parfois, que deux ou trois se distinguent tristement, pour que les moqueurs ricanent, en chuchotant que la troupe est de sortie. C’est d’autant plus triste qu’il fut une époque où, dans cette même ville de New York, certains chefs d’État africains étaient célébrés avec grand respect. Quelques-uns avaient même droit, au début des années 60, à la Ticker-Tape Parade, sur Broadway… Rien à voir avec Tintin en Amérique ou quelque autre folklore. De la déférence ! Et ces leaders, c’étaient les Haïlé Selassié, Félix Houphouët-Boigny et autres Sylvanus Olympio… Même lorsque, après l’assassinat de John Kennedy, en novembre 1963, ces parades se sont raréfiées, New York a continué à en faire l’honneur à ceux qui le méritaient vraiment. Comme à Nelson Mandela, en juin 1990.

Avec autant de prestigieux chefs d’État africains passés à New York, autant de brillants orateurs à l’Onu, l’Afrique ne devrait-elle pas considérer les carences actuelles comme passagères ?

Encore, aujourd’hui, on relève de très bons discours, prononcés par des Africains respectés. Le seul drame de ce continent est que, plus que tout autre, il est toujours jugé à partir des insuffisances des médiocres, sinon des cancres. Un seul bouffon suffit à éclipser des dizaines de femmes et d’hommes de qualité. Voilà pourquoi certains devraient juste se faire discrets, s’ils ne peuvent, par leur tenue et leur discours, rehausser l’image de leur pays et du continent. Et ne pas risquer inutilement la réputation de leur peuple et de l’Afrique, en s’aventurant dans un exercice mal maîtrisé. Après tout, la plupart des nations du monde envoient les meilleurs de leurs diplomates aux Nations unies. Car, ce cénacle est fait pour l’Histoire. Pour les esprits brillants, et l’Afrique en compte suffisamment, pour ne pas s’offrir en spectacle à son désavantage.

Jean-Baptiste Placca

Jean Baptiste Placca | Photo: RFI



Article publié le mardi 26 septembre 2023
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