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Pédophilie à Guider : une mère brise l’omerta

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Depuis plus de deux ans, Dorette Mandoki Ribouem, mère de trois garçons âgés aujourd’hui de 10, 8 et 5 ans, se bat pour que des actes d’une sauvagerie rare soient reconnus. Viols, proxénétisme, complicités occultes : ses fils auraient été livrés à un cercle pédophile structuré autour d’une école publique de Guider, dans le Nord du Cameroun. Les accusés ? Des enseignants, mais aussi plusieurs magistrats, dont le procureur de la République IBRAHIM ABBA. Enquête sur un dossier qui ébranle les fondations de l’institution judiciaire.



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« Ils buvaient le sang qui coulait de l’anus de mes enfants »


Les faits remontent à l’année scolaire 2023-2024. À l’École publique du Camp administratif de Guider, Mickael Ethan (né en 2016), Emeth Nael (2018) et Joël Exousia (2021) – ce dernier n’ayant que deux ans au moment des premiers abus – sont régulièrement sortis de leur classe par leur propre directeur, Adamou David, selon les déclarations des enfants consignées par huissier.


Dans un procès-verbal d’audition établi à Garoua le 16 mai 2025, l’aîné, Mickael, raconte : « Pendant la récréation, le directeur venait me chercher avec mes frères. Il nous emmenait sur sa moto, parfois chez des “grandes personnes”, parfois chez un homme blanc. On nous violait. Si on parlait, ils disaient qu’ils nous tueraient, nous et nos parents. »



Sa mère, Dorette Mandoki, écrit dans une lettre au secrétaire d’État à la Défense chargé de la Gendarmerie


: « Des actes de sodomie pendant lesquels les bourreaux buvaient le sang qui s’écoulait de l’anus de mes enfants. Il arrivait même que du sang et des selles coulent par d’autres orifices de leur corps. » Des certificats médicaux, joints à plusieurs courriers, font état de distension anale et de lésions compatibles avec des viols répétés.


Des enseignants aux magistrats : le réseau s’élargit


La plainte initiale, déposée en juin 2024, visait quelques enseignants. Très vite, les enfants identifient d’autres agresseurs, y compris au sein de l’appareil judiciaire. Dans un courrier du 18 juin 2025 adressé au procureur général près la Cour d’appel du Nord, la mère cite nommément IBRAHIM ABBA, procureur de la République près les tribunaux de Guider, ainsi que Francine TONYE, Yogo Thomas Alian (juge d’instruction) et Ngrassou Robert (juge).


Le jeune Mickael déclare devant huissier : « Un monsieur que j’ai pu identifier comme étant un juge venait me chercher à l’école. Il m’amenait à l’hôtel et dans sa maison. » Concernant une « dame juge », il précise : « Elle m’embrassait sur la bouche, touchait mes tétons, elle mettait mon pénis dans son sexe. Elle m’amenait aussi chez le marabout. »


Par ailleurs, un mandat d’amener (N° 92/CF/SG/PR) a été émis le 21 avril 2025 par le procureur IBRAHIM ABBA à l’encontre du mari de la plaignante, Nyazoke Nezene Eric, douanier, sans que le motif exact ne soit clairement établi. La mère y voit une intimidation : « Ils ont fait interpeller mon mari par des policiers devant nos enfants en pleurs, pour montrer que les violeurs sont intouchables. »


Une justice qui patine, des dossiers qui s’enlisent


Malgré deux ordonnances de renvoi devant le tribunal criminel (notamment contre Adamou David, Guessinsa Todou Cyprien et Wanberbe Benoit, enseignants), aucune audience ne s’est tenue à ce jour. L’affaire concernant les magistrats, déposée au parquet général le 18 juin 2025, serait restée « lettre morte » quatre mois durant, selon une notification d’huissier du 20 octobre 2025.


La plaignante a vainement demandé le dessaisissement du juge Ngrassou Robert – lui-même visé par une plainte pour viol – ainsi que le renvoi de l’ensemble des dossiers devant une autre juridiction (Cour suprême, janvier 2026). « Les magistrats identifiés continuent d’instruire ou de juger les procédures concernant leurs propres victimes », dénonce-t-elle dans une correspondance au ministre de la Justice.


Un appel au plus haut sommet de l’État


Le 15 janvier 2026, Dorette Mandoki a saisi la procureure générale près la Cour suprême contre Clément Ndongo Benty, procureur général près la Cour d’appel du Nord, qu’elle accuse de viol et de complicité de proxénétisme. Elle écrit : « Ce magistrat s’est rendu à plusieurs reprises à Guider pour abuser sexuellement de mes enfants. Son implication a résonné dans toute la ville comme un gage d’impunité. »


La mère a également écrit au président de la République, au ministre de la Justice et au secrétaire d’État à la Défense. Dans sa lettre à ce dernier, datée de 2026, elle résume son calvaire : « Je subis l’acharnement de toute une ville parce que je demande justice. »


Une affaire qui met la justice camerounaise au défi


Les pièces versées au dossier – procès-verbaux d’huissier, certificats médicaux, ordonnances de renvoi, plaintes nominatives – dessinent le portrait d’un réseau pédophile systématique, couvert par des acteurs locaux de l’autorité. Aucune poursuite n’a encore été officiellement engagée contre les magistrats mis en cause.


Contactée par notre rédaction, la chancellerie n’a pas encore répondu. Une chose est sûre : le courage de cette mère, soutenue par quelques huissiers de justice (dont Me Sikaroui Koulède à Garoua), a réussi à sortir du silence ce que beaucoup à Guider qualifient de « secret de polichinelle ». Reste à savoir si les plus hautes autorités camerounaises oseront briser l’omerta.


Note : cet article s’appuie sur des documents judiciaires et des correspondances officielles datés de 2024 à 2026, versés au dossier par la plaignante. Les faits n’ont pas été contradictoirement débattus devant une juridiction de jugement en ce qui concerne les magistrats cités. La présomption d’innocence leur est due.





Article publié le mercredi 3 juin 2026
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