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Sécurité : le Niger met fin à la coopération militaire avec les États-Unis, une victoire pour la Russie ? -

(Les Échos du Niger 17 mars) Il s’agit d’un véritable coup de tonnerre diplomatique. La nouvelle fait au Niger, en Afrique et ailleurs, l’effet d’une bombe. Le Niger vient de mettre fin à la coopération sécuritaire avec les États-Unis. C’est dans la soirée de ce samedi 16 mars que le communiqué annonçant cette décision par le CNSP a été lu à la télévision nationale. Le colonel Amadou Abdramane, porte-parole du régime a précisé que cette décision était avec effet immédiat.

Une première question se pose : que s’est-il passé ? Si les autorités de la transition se sont dès le début montrées hostiles à la France, elles semblaient ménager les États-Unis. Les 1 100 militaires américains en poste au Niger avaient quitté sous bonne escorte Niamey pour se redéployer à Agadez peu après le coup d’État. Si leur nombre a diminué de moitié depuis lors, les États-Unis n’ont jamais affiché une volonté de quitter cette partie du Sahel et les soldats américains n’ont jamais été la cible des manifestations de la population.

Au contraire, au mois d’octobre 2023, une proposition de loi déposée par un élu républicain au congrès pour demander le retrait des troupes américaines du Niger a été rejetée y compris par la droite américaine au motif que ce départ permettrait à la Russie de prendre la relève.Pour rester au Niger, les États-Unis n’ont pas hésité à se désolidariser des positions françaises jugées trop radicales. Si le pays a suspendu sa coopération économique avec le Niger, Antony Blinken, le secrétaire d’État américain a déclaré à de nombreuses reprises que la coopération allait reprendre dès que les autorités de la transition auraient dévoilé un calendrier de retour à l’ordre constitutionnel.

Alors qu’est-ce qui a changé en si peu de temps ?Pour trouver des éléments de réponse à cette question, il faut analyser la visite à Niamey en début de semaine d’une délégation conduite par Molly Phee, secrétaire d’Etat adjointe américaine aux Affaires africaines. Cette délégation composée de plusieurs hauts responsables américains dont le commandant en chef de l’Africom et d’un responsable du Pentagone n’a pas pu rencontrer le général Tiani comme convenu malgré un prolongement du séjour d’une journée.Si le premier responsable du pays n’a pas voulu rencontrer ses invités de haut rang, c’est tout simplement parce qu’ils n’étaient pas invités. « L’arrivée de la délégation américaine n’a pas respecté les usages diplomatiques », a expliqué le colonel Abdramane, « le gouvernement américain avait informé Niamey de façon unilatérale de sa date d’arrivée et de la composition de sa délégation ». Le porte-parole du CNSP a également dénoncé l’attitude condescendante de Mme Phee qu’il a qualifié d’attitude susceptible de saper des relations entre les deux pays.

Molly Phee Il a continué la lecture de son communiqué en affirmant que l’accord de coopération militaire passé avec les Etats-Unis en 2012 était illégale et que les autorités d’alors n’avaient été informées que par une simple note verbale. « Le gouvernement nigérien prenant en compte les aspirations et les intérêts de son peuple a décidé en toute responsabilité de dénoncer avec effet immédiat l’accord relatif au statut du personnel militaire des Etats-Unis et des employés civils du département américain de la Défense sur le territoire du Niger » a-t-il déclaré.« La présence militaire américaine est illégale et viole toutes les règles constitutionnelles et démocratiques ». a ajouté le colonel Amadou Abdramane.

Il a également évoqué le retour à l’ordre constitutionnel « Le gouvernement du Niger a réaffirmé sa ferme volonté d’organiser dans les meilleurs délais le retour à une vie constitutionnelle normale … Il s’agit d’engagement solennel du président de la transition tel qu’exprimé dans son adresse à la Nation du 19 août ». Cette décision indique clairement qu’au sein du commandement du CNSP, le camp pro-russe a pris le dessus. La question d’un déploiement de troupes russes dans le pays avait en effet provoqué un désaccord entre le président Tiani qui y était favorable et le chef d’État major, Moussa Salaou Barmou. Ce dernier qui est issu des écoles de formations américaines y était farouchement opposé.

Renforcement de coopération militaire Russie/Niger en décembre 2023 Le général Tiani était soutenu par le ministre de la défense, le général Salifou Mody. Il est difficile de dire pour l’heure si cette décision de dénonciation avec effet immédiat affecte la base administrée par la CIA dans la zone de Dirkou et d’où sont lancées des drones armées en direction entre autres de la Libye. Mais une chose est sûre, dans un proche avenir, les soldats américains devront plier bagages comme leurs homologues français. Ils seront peut-être remplacés par des troupes russes qui sont déjà présentes au Mali et au Burkina-Faso.

Youssouf Seriba


Article publié le mardi 19 mars 2024
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