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En Afghanistan, écouter celles qui savent

Elles gèrent l’eau, l’hygiène et la santé des familles, mais restent trop souvent invisibles dans les décisions humanitaires. En Afghanistan, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL défend une conviction simple : sans les femmes, l’aide passe à côté de l’essentiel. L’initiative Women in WASH¹ en apporte une démonstration concrète. 


L’eau, l’hygiène, la survie : une affaire de femmes


En Afghanistan, ce sont les femmes qui portent le quotidien. Elles vont chercher l’eau, gèrent son usage, s’occupent de l’hygiène du foyer, des enfants, des malades. Pourtant, lorsqu’un programme humanitaire est conçu, leur parole est encore trop rarement prise en compte. 


Les conséquences sont immédiates : des points d’eau trop éloignés, des latrines mal éclairées, dangereuses la nuit. Des espaces sans intimité, inadaptés à la vie des femmes. En période de déplacement forcé ou de crise, ces manques exposent davantage les femmes et les filles à l’insécurité et à la perte de dignité. 


Même en situation d’urgence, intégrer les femmes n’est pas une option. C’est une nécessité non négociable. 


Rayhana Karim, responsable de programme pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL


« L’eau est une ressource indispensable aux femmes dans toutes leurs activités quotidiennes, explique Sameera Noori, directrice de COAR, une importante ONG afghane. Leurs difficultés d’accès à l’eau pourraient être résolues en les impliquant dans la conception des programmes humanitaires, comme c’était le cas avant l’arrivée des talibans. » 






Afghanistan


Contexte et action


44,3 millions d'habitants


180ème sur 193 pays pour l'Indice de Développement Humain



220 407 personnes bénéficiaires








Des disparités sociales et régionales fortes 


Effectivement, le retour des Talibans au pouvoir en 2021 a signifié l’adoption progressive de décrets répressifs menant à une discrimination institutionalisée des femmes. Depuis, la réalité de leur vie dépend de la volonté des familles, communautés et autorités locales d’appliquer, strictement ou non, les lois talibanes. Leurs vies sont donc soumises à l’arbitraire, en fonction des régions, des revenus et du niveau d’éducation des communautés. Ainsi, à Kaboul et dans quelques provinces, certaines femmes peuvent jouir de droits, comme celui d’avoir accès aux services essentiels et à une éducation primaire, ou d’ouvrir une entreprise. Dans d’autres provinces, notamment celles du sud–ouest du pays, les femmes n’ont aucun droit et ne sont pas en mesure de demander quoique ce soit à leur mari. Il n’est pas rare que dans certaines familles, les femmes ne puissent même pas faire valoir leur besoin de serviettes hygiéniques.  




Santé menstruelle : un tabou particulièrement fort


Dans de nombreuses zones rurales, par manque de moyens, tabou et absence d’information, la majorité des femmes utilisent des morceaux de tissu. Certaines, sur des croyances infondées, n’osent pas se laver ni prendre d’antidouleur pendant leurs règles. Les conséquences sont sans surprise : infections, douleurs chroniques, complications gynécologiques, qui ajoutent de l’absentéisme à des parcours scolaires déjà fragiles. 


Face à cela, les Afghanes qui le peuvent agissent. Zala Ahmad a ainsi co-fondé une entreprise sociale, SafePath Prosperity, qui fabrique des serviettes hygiéniques lavables à Kaboul et Kandahar. Elle offre ainsi une sécurité économique à ses 200 employées, et elle agit en partenariat avec SOLIDARITÉS INTERNATIONAL pour faire parvenir ces produits essentiels aux femmes qui en sont privées. Elle développe aussi des formations pour lever les tabous, car : « Ne rien faire, sous prétexte que le sujet des menstruations est sensible, aggrave les souffrances. » 




Des femmes afghanes organisées, mais insuffisamment soutenues


Tout comme Zala et Sameera, de nombreuses femmes afghanes sont dans l’action. « Les femmes afghanes ne sont pas passives, explique Sameera. Elles s’organisent, en collectifs formels ou informels, négocient, trouvent des solutions.” Et tout ce travail paie, car à force de négociations, de pédagogie et d’efforts quotidiens, des victoires existent. Ici, les autorités d’abord réticentes finissent par accepter la tenue d’une formation pour les femmes. Là, un mollah vient équiper sa fille en serviettes hygiéniques. Ces avancées ne sont rendues possibles que par le travail incessant des femmes afghanes pour conquérir des espaces de liberté.  




Women in WASH : remettre les femmes au cœur des solutions


C’est dans cette logique qu’est née l’initiative Women in WASH portée par SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. Elle vise à replacer les femmes comme expertes au centre des programmes d’aide humanitaire en eau, hygiène et assainissement, une première en Afghanistan. Des professionnelles, comme Zala et Sameera, s’associent donc pour mieux cibler les besoins des femmes. 


Comment faire participer les femmes aux décisions communautaires ? Dans les secteurs où les femmes ne sont pas autorisées à travailler dans les ONG, comment accéder aux femmes ? Quels sont les sujets que les hommes n’abordent pas lorsqu’ils définissent entre eux les besoins en eau, hygiène et assainissement ? Avec cette initiative, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL vise à faire durablement évoluer les pratiques.  


“Intégrer les femmes dans les programmes humanitaires n’est ni un luxe ni un combat abstrait, martèle Rayhana Karim. C’est une condition essentielle pour une aide plus efficace, plus digne et plus durable.” Parce qu’écouter celles qui savent, c’est déjà mieux agir. 




Avec la participation du Centre de crise et de soutien du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. 




Photos : © Oriane Zerah / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL




¹ WASH : Eau, hygiène et assainissement










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Article publié le mercredi 3 juin 2026
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